Archives pour avril 2010
Décès de Pierre Hadot
29/04/10
«La manière de vivre philosophique,c’est tout simplement le comportement
du philosophe dans la vie quotidienne.»
– Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre
Pierre Hadot est décédé à l’âge de 88 ans, dans la nuit du 24 au 25 avril. Il a été et demeure l’un des grands spécialistes de la philosophie antique. Professeur au prestigieux Collège de France grâce à la sollicitation du «samouraï» Michel Foucault, Pierre Hadot a infléchi la manière de considérer la philosophie, notamment la philosophie antique, en montrant qu’elle tire son sens, à l’origine, d’apprentissages de manières de vivre, et non pas de visés théoriques ou «moralistes».
Puisqu’il est préférable de laisser la parole à ceux qui pourraient mieux en parler que nous, mentionnons à tout le moins, pour l’instant, ces deux textes :
- Nestor Romero, «Le philosophe Pierre Hadot, spécialiste de l’Antiquité, est mort», Rue89
- «Disparution du philosophe et historien Pierre hadot», Magazine littéraire
Le Point, hors-série no 26 (mars-avril 2010) : La pensée des Lumières. Les textes fondamentaux
28/04/10
Freud et le cinéma
25/04/10
«Une fois on m’a dit que le meilleur moyen de perdre un poste
précaire à Paris 8, c’était de taper sur Freud.
Je vous dirai si ça a marché.»
– Jean-Noël Lafargue
Jean-Noël Lafargue, qui enseigne les arts et qui a notamment participé à la concrétisation du cd-rom «Moments de Jean-Jacques Rousseau» (Éditions Gallimard, 2000), est maître de conférences associé à l’Université Paris 8 et professeur à l’École Supérieure d’Arts du Havre. Sur son blogue (fil RSS), il publie régulièrement des billets sur le cinéma.
Les personnes s’intéressant aux conceptions philosophiques de l’être humain trouveront sans doute un intérêt à lire son billet intitulé «Le presque ça et le je-ne-sais-rien».
Un extrait :
«[...] C’est à ce stade que je retrouve un des sujets redondants de ce blog : la manière dont la représentation fictionnelle et l’opinion s’influencent mutuellement. Car si Freud a tant d’importance aujourd’hui, ce n’est pas grâce à ses textes (qu’il faudrait avoir lus en allemand, dit-on) ni grâce à la nouveauté ou à la justesse de ses théories. Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’il a su peaufiner une légende que ses héritiers ont perpétuée — cela aurait fini par devenir une faiblesse puisque tout fait incarné par une personnalité fondatrice court le risque d’être emportée avec cette personne dès qu’il est atteint par une révélation scandaleuse. C’est aussi, à mon avis, parce que la psychanalyse, plus encore que Freud lui-même, s’est imposée comme un emblème du XXe siècle, et que cela est passé, notamment, par le cinéma. En effet, si des écrivains ou des artistes ont popularisé la psychanalyse (les surréalistes notamment), les plus spectaculaires succès de Freud se trouvent à mon avis dans deux films de Sir Alfred Hitchcock, deux films que tout le monde a vus ou presque : Spellbound (La maison du docteur Edwardes, 1945) et Marnie (Pas de printemps pour Marnie, 1964) deux fictions qui ont popularisé la notion de souvenir refoulé. [...]» (Lire le billet en entier : Jean-Noël Lafargue, Le presque ça et le je-ne-sais-rien)
Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir : Deux solitudes et un duo
24/04/10
Exercice Éthique : Le lock-out au JdeM et l’Utilitarisme
23/04/10
Le 24 janvier 2009, la direction du Journal de Montréal (propriété de Quebecor Media Inc.) a décrété un lock-out, contre ses 253 employés syndiqués (journalistes, réceptionnistes, commis de comptoir, infographistes, photographes, etc.). Depuis, les employés en lock-out ont créé RueFrontenac.com, où ils publient pour garder la main et pour montrer que les syndiqués en lock-out sont ouverts aux changements qui affectent le monde des médias, disant espérer une reprise de négociations de bonne foi. Pour sa part, la direction du Journal de Montréal continue de publier quotidiennement le journal depuis le lock-out. Les journalistes syndiqués étant en lock-out, pour alimenter en contenu le journal sans contrevenir à la loi anti-briseurs de grève, la direction du Journal de M. a recours essentiellement à trois sources : l’Agence de presse QMI (Quebecor Media Inc.) qui lui permet de reprendre légalement certains des textes publiés sur Internet par d’autres filiales du groupe Quebecor, des textes rédigés par des cadres de l’entreprise, ainsi que les chroniques écrites par les chroniqueurs-vedette non syndiqués qui étaient déjà à l’emploi du Journal de Montréal avant le décret du lock-out. Par ailleurs, depuis plus d’un an de lock-out, le Journal de Montréal a augmenté son tirage, notamment en distribuant gratuitement leur journal à certains endroits (dans des restaurants, à l’entrée de certains gros blocs appartements, dans le métro de Montréal, etc.), car il faut considérer les effets stratégiques, si les revenus du Journal de Montréal ne proviennent pas tant des frais d’abonnement que des revenus publicitaires (et si, à cet égard, plus le tirage est grand, plus il est possible de tirer de revenus publicitaires).
Dilemme éthique
Dans ce contexte, certains se demandent s’il est éthiquement correct que les chroniqueurs-vedettes continuent d’alimenter en contenu le Journal de Montréal. Parmi ceux qui déplorent leur collaboration, certains évoquent que ces chroniqueurs y sont à titre de «chroniqueur-vedette» justement parce qu’ils ont d’autres sources principales de revenus et, qu’en restant, ils encourageant nullement l’employeur à chercher de bonne foi à résoudre le conflit de travail, voire qu’ils encouragent Quebecor Media Inc. dans une attitude antisyndicale qui fait son affaire. Certains de ces chroniqueurs ont quitté par solidarité, d’autres non. Mais par contre, parmi ceux qui trouvent le maintien de leur collaboration acceptable, certains évoquent que ceux-ci n’étant pas syndiqués, ils n’étaient pas protégés par le syndicat et qu’ils n’ont donc pas d’obligation à être solidaire avec les employés en lock-out ; et que, par ailleurs, si ceux-ci cessent de collaborer avec le Journal de Montréal, ils n’ont pas de «fonds de grève» non plus.
Perspective utilitariste
Dans une perspective utilitariste, comme celle de John Stuart Mill, est-ce qu’il serait moralement mieux que ces chroniqueurs maintiennent leur collaboration avec le Journal de Montréal malgré le lock-out imposé aux journalistes, ou est-ce qu’il serait moralement mieux qu’ils renoncent à la part de revenus supplémentaires que leur procurent leurs chroniques ? Et pour les commerçants qui distribuent gratuitement le Journal de Montréal en lock-out, d’un point de vue utilitariste, leur comportement semble-t-il moralement acceptable ou non ? Et si on considère les effets à long terme pour le journalisme, y compris le journalisme d’enquête, qu’est-ce qui, selon la perspective utilitariste, contribue au «bien commun» et au «bonheur du plus grand nombre», en tenant compte du critère de «qualité/noblesse» des plaisirs ?
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