Archives pour avril 2010

Pierre Hadot

Décès de Pierre Hadot

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«La manière de vivre philosophique,c’est tout simplement le comportement
du philosophe dans la vie quotidienne.»
– Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre

Pierre Hadot est décédé à l’âge de 88 ans, dans la nuit du 24 au 25 avril.  Il a été et demeure l’un des grands spécialistes de la philosophie antique.  Professeur au prestigieux Collège de France grâce à la sollicitation du «samouraï» Michel Foucault, Pierre Hadot a infléchi la manière de considérer la philosophie, notamment la philosophie antique, en montrant qu’elle tire son sens, à l’origine, d’apprentissages de manières de vivre, et non pas de visés théoriques ou «moralistes».

Puisqu’il est préférable de laisser la parole à ceux qui pourraient mieux en parler que nous, mentionnons à tout le moins, pour l’instant, ces deux textes :

point26

Le Point, hors-série no 26 (mars-avril 2010) : La pensée des Lumières. Les textes fondamentaux

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Ce numéro hors-série du magazine Le Pointcouvre une période allant de l’empirisme de Berkeley, au début du XVIIIe siècle, jusqu’au célèbre article de Kant publié en 1784 (« Qu’est-ce que les Lumières? »). On y retrouve des extraits de trente-cinq textes fondamentaux, chacun présenté par un spécialiste et accompagné d’une « clef de lecture » traçant le profil de l’auteur et qui explique l’importance de ce texte par rapport au sujet. Enfin, une chronologie, un lexique et une bibliographie complètent l’ensemble.En guise d’introduction, Todorov (« Pourquoi nous avons toujours besoin des Lumières » p. 7 à 9) tente de saisir l’essence de ce mouvement complexe qui fait la synthèse de l’héritage de la Renaissance et du XVIIe siècle et qui articule le rationalisme et l’empirisme. On y retrouve donc plusieurs courants de pensée contradictoires où se confrontent, par exemple, la pluralité des cultures et l’unicité de la civilisation, les arts et les sciences ou encore, le corps et l’esprit. Bien qu’il y ait une forte diversité d’idées durant cette période historique, on peut néanmoins y retrouver une idée directrice, celle de l’autonomie. Cette idée, centrale à cette époque, est celle qui permet le mieux de résumer l’esprit des Lumières, car elle concerne tous les domaines de l’existence : autonomie dans le domaine de la connaissance qui se libère alors de toute tutelle idéologique; autonomie dans le domaine politique par laquelle le peuple souverain sera appelé à formuler ses propres lois; autonomie par rapport à la religion et à sa place dans la société. Enfin, s’il y a effervescence et choc des idées, il subsiste néanmoins un point d’équilibre, aujourd’hui perdu, entre ces différents pôles, d’où la nécessité, selon l’auteur, de retrouver l’idéal des Lumières suite aux nombreuses dérives totalitaires ou ultralibérales que le monde a connu à partir du XIXe siècle.

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Exercice Éthique : Le lock-out au JdeM et l’Utilitarisme

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Exercice de mise en application de l’utilitarisme
Contexte
Le 24 janvier 2009, la direction du Journal de Montréal (propriété de Quebecor Media Inc.) a décrété un lock-out, contre ses 253 employés syndiqués (journalistes, réceptionnistes, commis de comptoir, infographistes, photographes, etc.).  Depuis, les employés en lock-out ont créé RueFrontenac.com, où ils publient pour garder la main et pour montrer que les syndiqués en lock-out sont ouverts aux changements qui affectent le monde des médias, disant espérer une reprise de négociations de bonne foi.  Pour sa part, la direction du Journal de Montréal continue de publier quotidiennement le journal depuis le lock-out.  Les journalistes syndiqués étant en lock-out, pour alimenter en contenu le journal sans contrevenir à la loi anti-briseurs de grève, la direction du Journal de M. a recours essentiellement à trois sources : l’Agence de presse QMI (Quebecor Media Inc.) qui lui permet de reprendre légalement certains des textes publiés sur Internet par d’autres filiales du groupe Quebecor, des textes rédigés par des cadres de l’entreprise, ainsi que les chroniques écrites par les chroniqueurs-vedette non syndiqués qui étaient déjà à l’emploi du Journal de Montréal avant le décret du lock-out.  Par ailleurs, depuis plus d’un an de lock-out, le Journal de Montréal a augmenté son tirage, notamment en distribuant gratuitement leur journal à certains endroits (dans des restaurants, à l’entrée de certains gros blocs appartements, dans le métro de Montréal, etc.), car il faut considérer les effets stratégiques, si les revenus du Journal de Montréal ne proviennent pas tant des frais d’abonnement que des revenus publicitaires (et si, à cet égard, plus le tirage est grand, plus il est possible de tirer de revenus publicitaires).

Dilemme éthique

Dans ce contexte, certains se demandent s’il est éthiquement correct que les chroniqueurs-vedettes continuent d’alimenter en contenu le Journal de Montréal.  Parmi ceux qui déplorent leur collaboration, certains évoquent que ces chroniqueurs y sont à titre de «chroniqueur-vedette» justement parce qu’ils ont d’autres sources principales de revenus et, qu’en restant, ils encourageant nullement l’employeur à chercher de bonne foi à résoudre le conflit de travail, voire qu’ils encouragent Quebecor Media Inc. dans une attitude antisyndicale qui fait son affaire.  Certains de ces chroniqueurs ont quitté par solidarité, d’autres non.  Mais par contre, parmi ceux qui trouvent le maintien de leur collaboration acceptable, certains évoquent que ceux-ci n’étant pas syndiqués, ils n’étaient pas protégés par le syndicat et qu’ils n’ont donc pas d’obligation à être solidaire avec les employés en lock-out ; et que, par ailleurs, si ceux-ci cessent de collaborer avec le Journal de Montréal, ils n’ont pas de «fonds de grève» non plus. 

Perspective utilitariste
Dans une perspective utilitariste, comme celle de John Stuart Mill, est-ce qu’il serait moralement mieux que ces chroniqueurs maintiennent leur collaboration avec le Journal de Montréal malgré le lock-out imposé aux journalistes, ou est-ce qu’il serait moralement mieux qu’ils renoncent à la part de revenus supplémentaires que leur procurent leurs chroniques ?  Et pour les commerçants qui distribuent gratuitement le Journal de Montréal en lock-out, d’un point de vue utilitariste, leur comportement semble-t-il moralement acceptable ou non ?  Et si on considère les effets à long terme pour le journalisme, y compris le journalisme d’enquête, qu’est-ce qui, selon la perspective utilitariste, contribue au «bien commun» et au «bonheur du plus grand nombre», en tenant compte du critère de «qualité/noblesse» des plaisirs ?