Le 2 septembre 2013 est décédé d`un fulgurant cancer à l`Hôtel-Dieu de Montréal à l`âge de 87 ans, le démographe québécois Jacques Henripin. Il fut un pionnier de la démographie au Québec. Dans le cadre de ses travaux, il s`est notamment intéressé aux questions de la fécondité, aux politiques familiales, au vieillissement de la population et à la langue. Intellectuel engagé, adversaire de la pensée unique, il laisse derrière lui une œuvre majeure, tantôt scientifique, tantôt polémique. Le Prix Jacques-Henripin, décerné au meilleur mémoire de maîtrise en démographie de l`année, est nommé ainsi en son honneur.

Repères biographiques

Il naît le 31 août 1926 à Lachine, municipalité à l`ouest de Montréal. Il est le fils de Donat Henripin et de Béatrice Prescott. En 1951, après son premier cycle en sciences économiques à l`Université de Montréal, il obtient une bourse de la République française pour parfaire ses études en France. Il prépare sa thèse de doctorat à l`Institut national d`études démographiques (INED) à Paris, sous la direction du démographe et historien français Louis Henry (1911-1991). Elle a pour titre La population canadienne au début du XVIIIe siècle et porte sur la nuptialité et la fécondité; elle est publiée aux PUF en 1954. En 1953, il obtient un doctorat en sciences économiques de l`Université de Paris. En 1964, il fonde le Département de démographie de l`Université de Montréal. Dans les années 1960, les études démographiques pilotées par Jacques Henripin éclairent plusieurs débats publics : de la Commission royale d`enquête sur l`enseignement dans la province de Québec (commission Parent) à la Commission royale d`enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (commission Laurendeau-Dunton) en passant par la Commission d`enquête sur la situation de la langue française et des droits linguistiques au Québec (commission Gendron). Ajoutons qu`il fut également l`un des rares hommes à siéger à la Commission royale d`enquête sur la situation de la femme au Canada. En 1968, il devient membre de la Société royale du Canada. En 1971, il reçoit la médaille Innis-Guérin de la Société royale du Canada.

De 1978 à 1981, il est le premier président de la Fédération canadienne de démographie. En 1981, il obtient le Prix Marcel-Vincent de l`Association francophone pour le savoir (Acfas). En 1982, il mérite le Prix Léon-Guérin décerné annuellement par le Gouvernement du Québec. En 1986, grâce à sa notoriété dans les sciences humaines, Jacques Henripin est l`un des rares intellectuels québécois mentionnés dans le film Le déclin de l`empire américain du réalisateur québécois Denys Arcand. À cette époque, il s`intéresse aux questions de la natalité; il étudie d`abord le baby-boom. Pour ensuite suivre de près le faible taux de fécondité au Québec, et s`en inquiète. À cet égard, il est favorable aux politiques visant à encourager la natalité, tels les congés parentaux et les allocations familiales. En 1987, il remporte le Prix Esdras-Minville décerné par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. En 1988, il est Membre de l`Ordre du Canada. En 1989, il publie Naître ou ne pas être (IQRC) dans lequel il décrit l`évolution des Québécois, non seulement avec des statistiques, mais en liaison avec le contexte social et la transformation des mentalités. En 1992, il est Officier de l`Ordre national du Québec. En 1993, il prend sa retraite de l`enseignement. En 1994, il est nommé Professeur émérite du Département de démographie de l`Université de Montréal. En 1997, il reçoit la Médaille Pierre-Chauveau décernée par la Société royale du Canada. En 1998, il publie Souvenirs et réflexions d`un ronchon (Éditions Varia). Cette autobiographie constitue un autre exemple de la contribution d`un intellectuel engagé et critique de sa société. En effet, il y relate des épisodes de l`histoire récente du Québec dont il a été, selon le cas, un acteur privilégié ou un témoin lucide. En 2001, il lance l`idée que le français n`est plus menacé au Québec même si auparavant, il a souvent défendu la position contraire. Sa volte-face s`explique par le fait qu`il a sous-estimé l`exode des anglophones vers le reste du Canada à la suite de l`élection, en 1976, du premier gouvernement péquiste dirigé par René Lévesque. En mai 2011, il publie un dernier livre Ma tribu, un portrait sans totem ni tabou (Éditions Liber), essai dans lequel il juge sévèrement les Québécois, qu`il appelle des Canadiens français. Il y brosse un portrait de ces derniers dont il admire la résilience tout en dénonçant leur mollesse.

Le défunt laisse dans le deuil son épouse Michèle Gervais et leurs trois enfants Mia, Olivier et Alexis; ses filles Sophie, Natalie et Catherine et leur mère Marthe Pinel. Le défunt a été exposé au Complexe Funéraire Mont-Royal, à Outremont. Les funérailles ont eu lieu en la chapelle du Complexe Funéraire, le jeudi 12 septembre 2013, à 12h00.

Publications

Parmi ses publications, signalons les ouvrages suivants : avec Yves Martin, La population du Québec et de ses régions (PUL, 1964); Tendances et facteurs de la fécondité au Canada (Bureau fédéral de la statistique, Ottawa, 1968); avec Jacques Légaré, Évolution démographique du Québec et de ses régions, 1966-1986 (PUL, 1969); en collaboration avec Évelyne Lapierre-Adamcyk, La fin de la revanche des berceaux : qu`en pensent les Québécoises ? (PUM, 1974); en collaboration avec Paul-Marie Huot, Évelyne Lapierre-Adamcyk et Nicole Marcil-Gratton, Les enfants qu`on a plus au Québec (PUM, 1981); la codirection avec Yves Martin d`un collectif de 16 auteurs, La population du Québec d`hier à demain (PUM, 1991); Les Enfants, la pauvreté et la richesse au Canada (Éditions Varia, 2000); La Métamorphose de la population canadienne (Éditions Varia, 2003); Pour une politique de population (Éditions Varia, 2004); une entrevue de Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, Les défis d`une population mondiale en déséquilibre (Éditions Varia, 2006).