Trois éléments distincts, entretenant néanmoins certains liens pour qui s’interroge sur les marges de la question politique.

 

La Maison du pêcheur (film, 2013)

PR FilmPrésentement à l’affiche dans les cinémas du Québec, La Maison du pêcheur est non seulement un bon film cinématographiquement parlant, mais aussi un film qui donne à penser – et cela est précieux.  Co-scénarisé et réalisé par Alain Chartrand, ce film met en scène les militants indépendantistes et de gauche Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard – auxquels se joint Bernard Lortie –, alors qu’ils se rendent à Gaspé à l’été de 1969 pour y ouvrir un lieu «d’animation sociale» (lire : de conscientisation politique – et d’ailleurs, il n’est pas anodin, pour bien saisir le sens de cette expression, de se rappeler que l’UQAM donnait à ses origines des cours programme sous cette appellation).  Bref, ce film convie le spectateur à une exploration de la genèse de la Crise d’Octobre, avant la formation proprement dite de la cellule Chénier du FLQ, au moment où il y a tentative d’animer la Maison du pêcheur à Gaspé (maison qui aurait pu, si les choses avaient tournées autrement, être le prélude à une Maison du bûcheron dans le Nord du Québec, et ainsi de suite pour d’autres régions des sols où les Québécois cohabitent).

 

PR 2 FilmContrairement à ce qui pourrait être présumé par certains dus aux dénouements de la Crise d’Octobre, ce qui marque d’abord dans cette genèse, c’est le calme, la sensibilité et l’approche résolument démocratique en mode bottom-up qui caractérisent la manière d’être de Paul Rose.  À la suite d’autres penseurs qui se sont prononcés sur le sujet, on pourrait se demander si le principal formateur de révolutionnaires, ce n’est pas le pouvoir en place lui-même lorsqu’il franchit, lui aussi, certaines marges.  Si le critique de cinéma à La Presse, Marc Cassivi, a pu reprocher à ce film de «naviguer entre deux registres, le drame et la comédie (aux accents parfois burlesques)», il nous semble pour notre part que le dosage prend sens dans la mesure où il n’y a parfois pas de meilleur moyen de représenter l’absurde que par son absurdité.  D’autant que ce film explore la genèse d’un moment certes historique du Québec, mais à un moment où, justement, la tournure plus dramatique ne s’impose pas encore (contrairement aux moments couverts par Les Ordres de Michel Brault ou Octobre de Pierre Falardeau).  Par ailleurs, ce film est tissé, pour peu que l’on y porte attention, de fines nuances.  Et en cela, il offre beaucoup à penser sur le métissage entre les contingences individuelles et les conjonctures sociales.  Entre l’engagement sincère et l’engagement ostentatoire – c’est, dans ce dernier cas, ce que ne manque pas de mettre en relief vers la fin du film cette jeune hippie plutôt tripeuse, proche de Bernard Lortie dans le film, qui, sans remise en question de soi ni déchirement, quitte à la fin de l’été pour suivre la «mode automnale» d’autres horizons d’expérience miroitant aux États-Unis.

 

Certes, le film prend certaines libertés face aux éléments historiques pour assurer un fil dramatique (notamment en ce qui a trait à Bernard Lortie).  Mais il n’en demeure pas moins qu’en mettant en scène la genèse politique de ces «Nègres blancs d’Amérique» (pour reprendre l’expression titre de l’essai bien connu de Pierre Vallière, évoqué dans le film), il y a dans ce film matière à penser sur les rapports qui peuvent parfois devenir ténus entre les rapports de force et la délibération sur le bien commun.

 

La légitimité de la violence politique en question (livres)

Violences politiquesPar ailleurs, pour qui veux poursuivre ses réflexions sur ce phénomène embarrassant autant que dérangeant qu’est le recours à des formes de violence politique, deux livres parus récemment permettent de nourrir et de nuancer les réflexions.

 

Tout d’abord, mentionnons qu’au printemps 2013 est paru chez Lux Éditeur Violences politiques.  Europe et Amériques 1960-1979 sous la direction de Ivan Carel, Robert Comeau et Jean-Philippe Warren.  Riche de contextualisations factuelles comme de considérations sur les enjeux éthiques, cet ouvrage a pour «but de préciser les enjeux fondamentaux liés à ce phénomène».

Prisonniers politiques au QuébecEt par ailleurs, mentionnons qu’à cet automne 2013 vient aussi de paraître chez VLB Éditeur un ouvrage de Jean-Philippe Warren sur Les prisonniers politiques au Québec, dont l’étude «considère dans la longue durée le traitement réservé aux nationalistes québécois incarcérés pour les crimes politiques violents.»

 

 

 

Conférence de Jean-Philippe Warren

Enfin, puisqu’il en est question, ajoutons que grâce à l’invitation de Stéphanie Beaupied (professeure en histoire au Cégep de Trois-Rivières), notre institution accueillera Jean-Philippe Warren le mardi 26 novembre 2013 à 10h au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières (entrée gratuite et ouverte à tous), où ce dernier présentera une conférence qui aura pour titre «Peut-on parler de terrorisme d’État ?  Le Québec des années 1960 et la montée de la violence».

 

Et voici, pour se mettre en appétit, l’aperçu de cette conférence qui sera présentée le 26 novembre prochain :

«Dans les années 1960, les citoyens qui militent pour renverser l’ordre établi ont l’impression que le pouvoir et la justice se sont ligués pour protéger les privilèges des classes dominantes. Ainsi, Pierre Vallières, le plus célèbre des membres du Front de libération du Québec (FLQ) prétend que la violence n’est pas du côté que l’on croit. «Ce n’est pas moi qui suis terroriste, clame-t-il, mais la justice qui l’est devenue au Québec.»  Ce jugement était-il fondé ?  Est-il possible de parler dans certains contextes de terrorisme d’État ?  La violence des uns est-elle le simple miroir de la violence des autres ?  La personne qui est, pour les uns, un dangereux terroriste peut-elle être, pour les autres, un combattant de la liberté ?  C’est à ces questions (et à quelques autres) que la conférence de Jean-Philippe Warren tente de répondre en revenant à la tumultueuse période des années 1960.»