Présentoirs1Du 4 au 28 février 2014 sont exposés à la Bibliothèque du Cégep de Trois-Rivières (Bibliothèque Louis Martel) plusieurs tomes de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert (18e siècle), en plus de quelques autres livres rares et anciens.

 

Si l’édition originale et complète des 17 volumes initiaux, 11 volumes de planches et 4 volumes de suppléments de l’Encyclopédie que notre bibliothèque possède est évaluée aux alentours de 150 000$, sa valeur dépasse largement sa valeur monétaire.  Car être en présence de ces objets physiques aide à mieux comprendre tout ce qu’une telle entreprise impliquait.

 

Œuvre emblématique de l’époque des Lumières (.pdf) écrite de 1751 à 1772, les volumes impressionnent de par leur grande taille in-folio.  Ce qui conduit à tenter de comprendre tout ce que ça représentait comme défis pour produire le papier, les planches qui se déplient dans des formats encore plus grands, l’impression sur les presses de l’époque, la reproduction des Alphabet (Inde)nombreux dessins des planches, la reliure du tout (le papier est encore souple et la reliure solide, alors que des livres achetés il y a 6 mois dans la collection tel de Gallimard, par exemple, tendent à se désagréger), etc.  Si l’Encyclopédie contient des articles et planches sur les savoirs-faire, elle en mobilisait elle-même sous de multiples aspects.  Et ce, sans compter la recherche et la rédaction des articles eux-mêmes, et la confection des très nombreux dessins d’une grande précision.  On dit des encyclopédistes qu’ils étaient empiristes : on oublie parfois tout ce que ça représentait concrètement, toutes les visites faites dans des ateliers d’impression, dans des salles de dissection de corps humains, etc.

 

Voltaire évaluait, à juste titre semble-t-il, qu’à l’époque l’entreprise de l’Encyclopédie générait des Livres rareséchanges financiers du même ordre que tout le commerce de la France avec les Indes.  Ça donne déjà une idée de tous les réseaux impliqués, à mettre en place et à entretenir.  De toute la correspondance et de toute la coordination que ça impliquait.  Et cela, c’est sans compter aussi les différentes crises qu’a traversées ce projet, subissant périodiquement la pression de la censure, de l’autocensure, des rapports aux politiques et aux autorités de l’Église.  Et qu’un inspecteur chargé de la censure prenne la peine d’écrire à Diderot pour l’aviser de la date où une perquisition aura lieu dans sa demeure en lui demandant de déménager chez lui pendant la nuit ses livres afin qu’aucune preuve ne puisse être trouvée, cela a dit déjà beaucoup sur le fait que l’entreprise de l’Encyclopédie mobilisait aussi des valeurs et idéaux des Lumières qui ne laissaient pas indifférent.  Voir l’objet physique qu’est l’Encyclopédie, c’est commencer à voir tout ce qu’il fallait de volonté et de convictions en les idéaux des Lumières pour que des centaines de gens travaillent à cette tâche de 1751 à 1772.

 

Planche Chirurgie-1Mais voir cette édition originale du 18e siècle soulève aussi des questionnements.  Comment des exemplaires originaux et complets de l’Encyclopédie, déjà onéreux à l’époque, ont pu être transportés par bateau au Québec, en ce pays que la plume acide de Voltaire désignait comme n’étant que quelques arpents de neige ?  Est-ce vrai que Montcalm était un grand lecteur de l’Encyclopédie ?  Ne sous-estimons-nous pas le rôle des communautés religieuses dans le voyagement et la conservation de l’Encyclopédie malgré la mise à l’index de celle-ci, et en Planche Chirurgie-2particulier au Québec ?  Combien de gens étaient mobilisés pour produire l’Encyclopédie ?  Combien est-ce qu’il en coûtait à l’époque pour se la procurer et supporter le projet ?  Quelles sont les raisons politiques et religieuses des difficultés rencontrées lors de censures ou d’interdits ?  Pourquoi un article sur le capuchon ?  Quelles étaient les relations entre les divers contributeurs de l’Encyclopédie ?  Etc.

 

Aussi, dans le cadre de la 3e édition de la Semaine de la Planche Chirurgie-3philosophie, le mardi 18 février 2014 à 10h50 aura lieu à la bibliothèque du Cégep de Trois-Rivières une présentation de l’exposition de l’Encyclopédie qui fera échos à un certain nombre d’interrogations que l’on pourrait avoir.  Cette présentation sera ouverte à tous, autant aux membres de notre communauté collégiale que le grand public.

 

Si, en tant que coordonnateur du département de Philosophie, j’ai sollicité cette exposition et travaillé à la rendre possible (sollicitations, établissement d’un partenariat avec le Musée québécois de culture populaire pour le prêt de présentoirs sans lesquels cette exposition n’aurait pas été possible, recherche des fonds nécessaires, assurances, etc.), il faut saluer le travail inestimable de Roger Charland (Bibliothécaire professionnel au Cégep de Trois-Rivières) pour tous ses échanges stimulants, ses nombreuses lectures à propos de l’entreprise que fut l’Encyclopédie et son édition, son travail de recherche et de sélection (etc.), de même qu’Éric Désilets (professeur de philosophie) qui a de précieux éclairages sur Diderot.

 

Édition originale Humboldt-2Enfin, notons que cette exposition regroupe aussi d’autres ouvrages originaux et rares que notre bibliothèque possède.  Dont l’atlas en édition originale du père de la géographie moderne Alexander Von Humboldt (1769-1859).  On peut notamment comparer avec un atlas moderne disposant des possibilités de survol en avion et de données satellites, sa cartographie du début des années 1820 de l’île de Cuba.  L’échelle, l’estimation des dimensions et du découpage du territoire, de même que la représentation de la variation des Édition originale Humboldt-4niveaux du sol par rapport au niveau de la mer sont impressionnants !  À voir absolument !

 

L’un de nos souhaits collatéraux, c’est que cette exposition marque le début d’un plus grand accès à toutes les richesses de livres rares et de multiples artéfacts que les institutions de notre région possèdent, en plus de poursuivre les collaborations entre nos divers départements – et ainsi consolider le développement Édition originale Humboldt-3d’une cité éducative.  Trois-Rivières n’est pas un «centre» comme l’est la métropole de Montréal et comme l’est la capitale de Québec, mais nous sommes géographiquement au «centre» du Québec et a priori il y a plusieurs raisons de croire aux possibilités d’un plus grand rayonnement des trésors matériels, culturels et intellectuels de notre région.

 

On peut aussi consulter le blogue dédié à cette exposition au :

http://sh-crla.blogspot.ca/?view=mosaic

 

De même que l’on peut lire la présentation de Roger Charland.

 

Patrice Létourneau

Professeur et coordonnateur du département de Philosophie du Cégep de Trois-Rivières

 

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Nous remercions nos partenaires dans la réalisation de cette exposition :

 

Le Cégep de Trois-Rivières, et en particulier la D.G., la D.É et la DASPR

Logo Cégep

 

 

 

La bibliothèque du Cégep de Trois-Rivières, et en particulier Lucie Hamel et Roger Charland

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Le Musée québécois de culture populaire, et en particulier Dominic Ouellet, pour le prêt de présentoirs sans lesquels cette exposition n’aurait pas été possible

LOGO Musée québécois de culture populaire

 

 

 

 

 

Le département de Philosophie du Cégep de Trois-Rivières

Logo du Département de philosophie du Cégep de Trois-Rivières