Documents 101

Dans cette catégorie, on retrouve des documents pédagogiques (exemples, exercices, méthodes, etc.) pour le cours de «Philosophie et rationalité», mis à la disposition de tous par divers professeurs du département de philosophie du Cégep de Trois-Rivières, dont des documents issus du (feu) projet HJ3. Les professeurs peuvent réutiliser ces documents en les adaptant au besoin.

Exemple de dissertation entière

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Exemple de dissertation entière
«Philosophie et rationalité» 340-101-MQ
(Introduction à la philosophie)

(Les étapes et la pondération sont identifiées en gras)

 

Libellé :  traitez la question philosophique suivante : «Au niveau des jugements de valeur et d’interprétation, est-il raisonnable de croire qu’une vérité est possible au-delà des opinions personnelles?» (concepts-clés : «opinion» et «vérité»)

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Exemple de référence philosophique dans le sujet amené

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Déception amoureuse
(Exemple de référence philosophique dans le sujet amené)
(Note: la référence historique à l’Antiquité grecque est en italique)

 

[Premier paragraphe de la dissertation]

Quand je pense aujourd’hui à la passion qui a inspiré nos premiers moments… je n’en touchais pratiquement pas le sol.  Dieu que j’aimais cette femme.  La seule évocation de son nom faisait battre mon cœur à un rythme fou.  Mais aujourd’hui, ces moments ont cédé le pas à la tiédeur, aux disputes et aux négociations de toutes sortes.  J’ai parfois l’impression d’avoir été victime d’une illusion.  Cela me rappelle mon premier cours de philosophie au moment où le professeur s’évertuait à nous faire comprendre le « traumatisme éléatique » (est-ce une maladie grave, nous disions-nous?).  Essentiellement, ce dont il s’agissait, c’était d’une querelle entre les Milésiens (Thalès, Anaximandre et Anaximène) et les Éléates (Parménide et Zénon). Ces deux groupes de philosophes vivaient à l’époque de l’Antiquité grecque (6000 ans av. J.-C.).  Les premiers affirmaient que pour connaître et comprendre la réalité qui nous entoure, il s’agissait de l’observer avec l’aide de nos sens.  Que vois-je? : le mouvement, la multiplicité des choses du monde. Au contraire, affirmait Parménide :  ce que l’on voit, ce n’est que l’apparence des choses et pour dépasser cette illusion, il n’y a qu’une seule façon : il faut se fier plus à sa raison, qui elle nous permet de dépasser l’apparence sur laquelle nous connecte nos sens, pour atteindre l’essentiel. (La  «matrice» c’est ce que l’on te met devant les yeux pour t’empêcher de voir la réalité, pour ainsi dire, selon Parménide ! ???).[=sujet amené avec référence historique à l'Antiquité]

 

Bref, quand je pense à cela, j’en viens à me demander si l’amour n’est pas une illusion. [=Sujet posé]

Ouf ! Me voilà philosophe maintenant, car je pense que cette question est vraiment fondamentale. Effectivement, si je dis que l’amour est une illusion, alors une des réalités importantes de la vie n’est que poussière.  Sur quoi fonder sa vie alors?   S’il s’avérait que l’amour n’est en réalité qu’une illusion, alors sur quoi devrions-nous fonder les relations de couple? [=caractère fondamental]

Mais j’entends déjà certains de mes amis se disputer sur cette question.  Certains diront que l’amour n’est pas une illusion, car sinon il ne serait pas possible d’expliquer ce besoin irrésistible et cette pulsion intérieure qui nous animent lorsque nous sommes en présence d’une personne en particulier (cette personne avec laquelle on dit justement qu’on est en «amour»).  Il serait étrange que ce ne soit là qu’une illusion qui ait le pouvoir d’agir si fortement sur nous au point de nous animer (jusqu’à nous en faire perdre la tête) et de nous transporter vers cette personne en particulier.  Mais d’autres diront au contraire que l’amour n’est finalement qu’une illusion, car ce que l’on prend pour de l’amour n’est souvent que l’expression d’un besoin sexuel inassouvi.  Selon eux, nos sens sont englués dans les apparences, et l’attirance vers certaines apparences particulières ne serait alors que des réactions biochimiques.  Dans ce cas, le sentiment amoureux n’aurait pas de réalité propre, mais serait réduit à n’être en fait que le sous-produit des mécanismes corporels.  [=caractère controversé]  Méchant débat.  Moi qui me demandais à l’époque, quand j’étais au Cégep, à quoi pouvaient bien me servir mes cours de philosophie ?

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Exemple de la section de problématisation, avec les concepts «Réflexion critique» et «Bonheur»

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Voici un exemple de paragraphe de problématisation, parmi d’autres possibilités :

Sujet posé (la question philosophique) :
Est-ce que le développement de nos capacités de réflexion critique accroît nos possibilités de bonheur ?

Démonstration du caractère philosophique de la question :

A) La démonstration du caractère fondamental de la question (pour ce faire, il s’agit d’identifier au moins une conséquence significative découlant de la question) :
Dans la mesure où l’on peut considérer que l’être humain cherche le bonheur, s’il s’avérait que le développement de nos capacités de réflexion critique accroît nos possibilités de bonheur, alors ça signifierait qu’il serait important de les développer le plus possible.  Ça peut sembler banal lorsqu’on le dit rapidement comme ça, mais en songeant à ce que ça implique, j’en viens à me dire que ça signifie qu’il serait alors capital de le faire, même si l’effort nécessité pour développer ces capacités n’est peut-être pas toujours plaisant en lui-même, dans l’immédiat… Puisqu’en définitive, en suivant cette perspective, même si cet effort peut parfois représenter une diminution du plaisir immédiat, voire parfois l’impression de devoir faire surchauffer notre cerveau, ça signifie que tout cela permettrait néanmoins l’atteinte d’un plus grand bien: l’augmentation globale de nos possibilités de bonheur.

B) La démonstration du caractère controversé de la question :
D’une part, certains diront qu’il est justifié de dire que le développement de nos capacités de réflexion critique ne permet pas vraiment d’accroître nos capacités de bonheur.  Car d’une certaine manière, on peut relier le bonheur à une capacité à saisir l’instant présent, ainsi qu’à un émerveillement et une certaine naïveté devant la vie.  Après tout, n’est-ce pas là que réside la joie aussi grande qu’insouciante de l’enfance ?  N’est-ce pas cet émerveillement qui se tarit trop vite ?  N’est-ce pas justement ce que «la raison» risque de venir désenchanter ?  De ce point de vue, la réflexion critique, c’est un empêcheur de jubiler en rond.

Mais d’autre part, certains diront qu’il est au contraire justifié de dire que le développement de nos capacités de réflexion critique permet véritablement d’accroître nos capacités de bonheur.  Car d’une certaine manière, comment considérer comme un réel bonheur de marcher à l’aveuglette dans la noirceur ?  Être libre, ce n’est pas seulement de choisir «soi-même» dans l’ignorance, c’est de choisir soi-même en toute connaissance de cause.  Sinon, ce n’est qu’une apparence de liberté.  Or, selon la position concurrente, c’est un peu comme si on disait que pour être heureux, il fallait ne pas être maître de notre vie, ne pas être véritablement autonome.  Ouch !  Étrange, non ?  Ainsi, selon cette perspective, la réflexion critique permettrait d’accroître nos possibilités de bonheur, en permettant d’aller au-delà des apparences parfois trompeuses.  Et ce, d’une part parce qu’elle permettrait des choix plus éclairés en pesant les «pour» et «contre» des diverses alternatives, ce qui nous éviterait d’être entraînés dans des situations fâcheuses qu’on n’avait pas vu venir (d’ailleurs, si on a qu’une vie à vivre, l’apprentissage par «essais et erreurs» a ses limites) ; et d’autre part, parce qu’elle nous rendrait plus conscient et, donc, plus libre des orientations fondamentales de notre vie, afin d’éviter d’être balloté au gré des événements, comme une coquille par les flots de la mer…

Ouf ! Méchant débat à approfondir et méditer…