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	<title>PhiloTR &#187; Documents 102</title>
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	<description>Département de philosophie Cégep de Trois-Rivières</description>
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		<title>Jean-Jacques Rousseau &#8211; Ce qu’il faut pour que la démocratie soit souveraine</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/12/jean-jacques-rousseau-ce-qu-il-faut-pour-que-la-democratie-soit-souveraine/</link>
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		<pubDate>Wed, 19 Dec 2012 22:34:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Hould</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[Essais et opinions]]></category>
		<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Jacques Rousseau]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="278" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Jean-Jacques_Rousseau_painted_portrait-200x278.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Jean-Jacques_Rousseau_(painted_portrait)" /></p><em><strong>Jean-Jacques Rousseau</strong></em>

<em><strong>Ce qu’il faut pour que la démocratie soit souveraine</strong></em>

<strong>Par Martin Hould</strong>

<strong>Professeur de philosophie au Cégep de Trois-Rivières</strong>

&nbsp;

<strong>300 ans déjà!</strong>

L’année du 300<sup>e</sup> anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) s’achève déjà et quelle année au Québec pour lui rendre honneur! Le moins qu’on puisse dire est que sa pensée vieillit assez bien et je me permettrais dans ce court texte de la célébrer, mais sans trop la froisser; c’est sa fête quand même. Il faut en ce sens lire les lignes qui suivent non comme une critique académique ou « actualisante », mais comme un humble éloge du maitre… 

&nbsp;

<span style="font-family: Calibri; font-size: medium;"><span style="color: #000000;"><span id="more-4201"></span></span></span>

<strong>Le plus heureux des philosophes!</strong>

Ce titre paraitra paradoxal pour ceux qui connaissent la vie tumultueuse du célèbre Franco-suisse dont l’œuvre a été maintes fois brulée sur la place publique : censures à Genève et à Paris, mandats d’arrestation, exils et inimitiés récurrentes ont parsemé le parcours pour le moins atypique de cet écrivain des <em>Lumières</em>. Sans oublierle fait que très jeune, il s’est retrouvé « orphelin », pour ensuite vivre aux dépens des autres et chercher constamment support dans la diligence de ses concitoyens. <em>« Ma naissance fut le premier de mes malheurs</em> », écrit-il dans ses <em>Confessions</em>. Sa mère est morte en couche. « <em>Rends là moi, console-moi d’elle, remplis le vide qu’elle a laissé dans mon âme</em> », lui dira quelques fois son père, avant qu’il doive le quitter lui aussi alors que Jean-Jacques n’avait à peine que 8 ans. Sa situation précaire le mettra plus tard devant le choix difficile entre sa carrière d’intellectuel et ses enfants (s’étant épris d’une jeune femme qui n’était pas plus que lui de sang noble et prospère), choix cruel qui le hantera jusqu’à la fin de ses jours (ses cinq enfants ayant été confiés l’un après l’autre à l’aide publique).

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Dans ce cas, où trouver le bonheur de l’homme? Le bonheur se trouve dans sa mémoire et dans l’impact presque immédiat qu’a eu sa pensée sur le cours de l’histoire. Des protagonistes des plus influents de la Révolution française et de la Révolution américaine auront lu Rousseau, y feront référence, pour le critiquer ou pour en faire l’éloge, mais à chaque fois, la capacité du philosophe à problématiser et à cerner les éléments les plus fondamentaux de la science politique ne laissera personne indifférent.

&nbsp;

Bref, là où Platon et Aristote ont échoué, emportant dans leurs tombes l’âge d’or de la philosophie et de la démocratie en Antiquité, Rousseau en est sortie pour le moins ravigoté. Cela sans compter son impact ultérieur sur le développement de la psychologie, notamment chez Freud. Rousseau a bien sûr subi les foudres de plusieurs critiques et sur plusieurs fronts : les attaques personnelles sur ses choix de vie, sur sa sexualité peu commune et sur la naïveté de ses propos sur la nature humaine ont fait le tour du monde.

&nbsp;

Il n’en reste pas moins que Rousseau a été l’instigateur d’idées fondatrices de l’identité moderne et que cette identité vit encore à travers nous : la souveraineté du peuple, l’éducation des jeunes et la culture nationale étant peut-être les trois exemples les plus éloquents. Il ne faut pas chercher très loin dans l’actualité pour voir que ces trois idées sont au cœur de nombreux débats passionnés : débats sur les relations Québec-Canada, sur les cours d’histoire au secondaire, sur l’influence du hockey professionnel sur les jeunes, sur l’investissement public dans les festivals et le cinéma, sur la place de la monarchie britannique dans l’identité canadienne et j’en passe.  <em></em>

<em><span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span></em>

<strong>Dénoncer la tyrannie de la majorité</strong>

C’est surement au sujet de sa théorie politique que Rousseau a fait le plus couler d’encre. Je dirais qu’il n’a pas seulement fait réfléchir les spécialistes de toutes les époques jusqu’à aujourd’hui, il a aussi fait peur et, dans une certaine mesure, il fait encore peur. Pour certains, il est trop à gauche, pour d’autres, trop à droite. Aux yeux des critiques les plus extrêmes, il est tantôt celui qui sape les fondements de l’État, ouvrant la porte à l’anarchie, tantôt, il est celui qui met les bases du fascisme, voire du totalitarisme.

&nbsp;

Je trouve ces critiques très exagérées et je n’ai pas l’intention de briser l’atmosphère de fête qui règne autour de l’esprit de Rousseau en les ressuscitant. Je me contenterai simplement d’expliquer en quel sens le système de Jean-Jacques peut être interprété pour déterminer comment le peuple peut être libre sous un gouvernement représentationnel et élu par la population.

&nbsp;

Cette question de la liberté dans une démocratie comme la nôtre trouve écho aujourd’hui dans les multiples tentatives pour réformer le mode de scrutin et pour « faire la politique autrement », de Barrack Obama à Jack Layton (repose en paix), en passant par Pierre Curzi et les multiples démissionnaires du Parti québécois. Le danger est pour tous très visible : le régime parlementaire peut faire en sorte qu’une minorité se présente faussement comme la volonté de la majorité, donnant lieu à ce que John Stuart Mill (1806-1873) appelait « la tyrannie de la majorité », c’est-à-dire un tyran dont le succès repose essentiellement sur sa capacité à se faire passer pour un démocrate; alors qu’en fait, lui et son gouvernement défendent principalement les intérêts de petits groupes clés leur assurant une réélection périodique.

&nbsp;

Cette corruption de la légitimité politique n’est certes pas sans conséquence sur la paix sociale, comme nous avons pu le constater durant le « printemps érable ». Heureusement, les élections sont arrivées à point pour calmer le jeu et le système électoral en place a mis en évidence ses vertus de stabilisation. Cependant, que serait-il arrivé si les élections n’avaient pas été à l’agenda et que le gouvernement avait pu ainsi continuer longuement sa confrontation brutale et directe avec la société civile? Je n’ose même pas l’imaginer…

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Rousseau a vu de ses propres yeux les apories du système de représentation par députés chez ses amis anglais et, près de 100 ans avant Mill, il ne s’est pas gêné pour le dénoncer de manière provocatrice:

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

« <em>Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite bien qu'il la perde.</em> » (<em>Contrat social</em>)

<span style="font-family: Calibri; font-size: medium;"><span style="color: #000000;"> </span></span>

Jean-Jacques avait une dialectique du maitre et de l’esclave qui était à la fois simple et efficace, mais également terrible! « <em>Si tu ne te reconnais pas dans les lois de ton pays et que tu ne fais rien, alors tu es un esclave! </em>» <span style="font-family: Calibri;">C’est le danger qui guette tout État selon Rousseau, celui où une volonté particulière, corporative, pourrait se substituer à la volonté générale. C’est le risque que les lois soient conçues pour le bonheur de quelques personnes au lieu de l’ensemble, et que personne n’y fasse quoi que ce soit.</span>

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

Cela n’est d’ailleurs pas un risque négligeable, c’est plutôt la tendance normale de l’histoire :

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

<em>En effet, s'il n'est pas impossible qu'une volonté particulière s'accorde sur quelque point avec la volonté générale, il est impossible au moins que cet accord soit durable et constant; car la volonté particulière tend, par sa nature, aux préférences, et la volonté générale à l'égalité.</em> » (<em>Contrat social</em>)

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

La corruption serait ainsi une tendance naturelle du système électoral en vigueur et « on ne peut pas faire de lois contre la nature humaine », comme le disait un témoin devant la Commission Charbonneau.  Pourtant, Rousseau ne nous laisse pas sans moyens pour remédier à cette situation. 

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

<strong>La démocratie représentationnelle : le meilleur régime?</strong>

Le plus difficile pour les gens est lorsque le gouvernement fait cavalier seul dans un projet. Ne voyant pas la pertinence de se justifier et se justifiant justement par l’absence de justification (appel à la majorité, à la sympathie, cercles vicieux, faux dilemmes), le gouvernement déresponsabilise le peuple vis-à-vis de ses décisions diffic<span style="font-family: Calibri; font-size: medium;">iles. Il lui enlève toute possibilité d’apprentissage et il le maintient dans l’ignorance.</span>

Le peuple peut y perdre gros : sa possibilité d’agir et de comprendre, ce qui le réduirait irrémédiablement à l’esclavage. Le peuple subirait alors la politique sans rien pouvoir y faire. Il ne saurait pas quoi faire autrement que « faire confiance parce qu’il faut <span style="font-family: Calibri;">faire confiance ».</span><span style="font-size: medium;"><span style="font-family: Calibri;">La dureté de ces mots n’a d’égal que la dureté de la pensée de Rousseau lui-même : </span></span>

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

« <em>Dire qu'un homme se donne gratuitement, c'est dire une chose absurde et inconcevable; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n'est pas dans son bon sens. Dire la même chose de tout un peuple, c'est supposer un peuple de fous; la folie ne fait pas droit.</em> » (<em>Contrat social</em>)

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Pour ce philosophe du 18<sup>e</sup> siècle, lorsqu’une personne et tant d’autres donnent licence au gouvernement, lorsqu’elle « se donne gratuitement », elle abandonne son devoir de citoyen; c’est-à-dire lorsqu’elle ne vote pas, lorsqu’elle ne manifeste pas, lorsqu’elle n’exige rien du gouvernement, lorsqu’elle se contente d’explications insatisfaisantes, cette personne n’est qu’un esclave dans un monde de fous.

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Parmi tous les régimes politiques qui existent aujourd’hui, le penseur franco-suisse aurait donc surement désigné la démocratie représentationnelle comme étant la plus pernicieuse de toutes. C’est en effet la seule forme de gouvernement qui, tout en donnant l’impression forte que le peuple gouverne, parce que le peuple peut s’exprimer, il peut dire ce qu’il veut, le gouvernement peut en vérité lui enlever une par une toutes ses libertés les plus fondamentales, celle notamment d’assumer pleinement la sécurité de son pays et celle d’assurer sa prospérité économique :

&nbsp;

<em>Sitôt que le service public cesse d'être la principale affaire des citoyens, et qu'ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l'État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat? ils payent des troupes et restent chez eux; faut-il aller au conseil? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d'argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.</em> » (<em>Contrat social</em>)

&nbsp;

À l’ignorance, il faut donc opposer notre conscience; à l’indifférence, notre résistance; aux sophismes, notre raison et enfin à l’asservissement par l’abrutissement, il y a au moins une loi qui peut remédier : la loi qui indique l’éducation à tous et l’éducation par l’esprit…

&nbsp;

À la mémoire de Jean-Jacques!

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="278" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Jean-Jacques_Rousseau_painted_portrait-200x278.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Jean-Jacques_Rousseau_(painted_portrait)" /></p><em><strong>Jean-Jacques Rousseau</strong></em>

<em><strong>Ce qu’il faut pour que la démocratie soit souveraine</strong></em>

<strong>Par Martin Hould</strong>

<strong>Professeur de philosophie au Cégep de Trois-Rivières</strong>

&nbsp;

<strong>300 ans déjà!</strong>

L’année du 300<sup>e</sup> anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) s’achève déjà et quelle année au Québec pour lui rendre honneur! Le moins qu’on puisse dire est que sa pensée vieillit assez bien et je me permettrais dans ce court texte de la célébrer, mais sans trop la froisser; c’est sa fête quand même. Il faut en ce sens lire les lignes qui suivent non comme une critique académique ou « actualisante », mais comme un humble éloge du maitre… 

&nbsp;

<span style="font-family: Calibri; font-size: medium;"><span style="color: #000000;"><span id="more-4201"></span></span></span>

<strong>Le plus heureux des philosophes!</strong>

Ce titre paraitra paradoxal pour ceux qui connaissent la vie tumultueuse du célèbre Franco-suisse dont l’œuvre a été maintes fois brulée sur la place publique : censures à Genève et à Paris, mandats d’arrestation, exils et inimitiés récurrentes ont parsemé le parcours pour le moins atypique de cet écrivain des <em>Lumières</em>. Sans oublierle fait que très jeune, il s’est retrouvé « orphelin », pour ensuite vivre aux dépens des autres et chercher constamment support dans la diligence de ses concitoyens. <em>« Ma naissance fut le premier de mes malheurs</em> », écrit-il dans ses <em>Confessions</em>. Sa mère est morte en couche. « <em>Rends là moi, console-moi d’elle, remplis le vide qu’elle a laissé dans mon âme</em> », lui dira quelques fois son père, avant qu’il doive le quitter lui aussi alors que Jean-Jacques n’avait à peine que 8 ans. Sa situation précaire le mettra plus tard devant le choix difficile entre sa carrière d’intellectuel et ses enfants (s’étant épris d’une jeune femme qui n’était pas plus que lui de sang noble et prospère), choix cruel qui le hantera jusqu’à la fin de ses jours (ses cinq enfants ayant été confiés l’un après l’autre à l’aide publique).

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Dans ce cas, où trouver le bonheur de l’homme? Le bonheur se trouve dans sa mémoire et dans l’impact presque immédiat qu’a eu sa pensée sur le cours de l’histoire. Des protagonistes des plus influents de la Révolution française et de la Révolution américaine auront lu Rousseau, y feront référence, pour le critiquer ou pour en faire l’éloge, mais à chaque fois, la capacité du philosophe à problématiser et à cerner les éléments les plus fondamentaux de la science politique ne laissera personne indifférent.

&nbsp;

Bref, là où Platon et Aristote ont échoué, emportant dans leurs tombes l’âge d’or de la philosophie et de la démocratie en Antiquité, Rousseau en est sortie pour le moins ravigoté. Cela sans compter son impact ultérieur sur le développement de la psychologie, notamment chez Freud. Rousseau a bien sûr subi les foudres de plusieurs critiques et sur plusieurs fronts : les attaques personnelles sur ses choix de vie, sur sa sexualité peu commune et sur la naïveté de ses propos sur la nature humaine ont fait le tour du monde.

&nbsp;

Il n’en reste pas moins que Rousseau a été l’instigateur d’idées fondatrices de l’identité moderne et que cette identité vit encore à travers nous : la souveraineté du peuple, l’éducation des jeunes et la culture nationale étant peut-être les trois exemples les plus éloquents. Il ne faut pas chercher très loin dans l’actualité pour voir que ces trois idées sont au cœur de nombreux débats passionnés : débats sur les relations Québec-Canada, sur les cours d’histoire au secondaire, sur l’influence du hockey professionnel sur les jeunes, sur l’investissement public dans les festivals et le cinéma, sur la place de la monarchie britannique dans l’identité canadienne et j’en passe.  <em></em>

<em><span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span></em>

<strong>Dénoncer la tyrannie de la majorité</strong>

C’est surement au sujet de sa théorie politique que Rousseau a fait le plus couler d’encre. Je dirais qu’il n’a pas seulement fait réfléchir les spécialistes de toutes les époques jusqu’à aujourd’hui, il a aussi fait peur et, dans une certaine mesure, il fait encore peur. Pour certains, il est trop à gauche, pour d’autres, trop à droite. Aux yeux des critiques les plus extrêmes, il est tantôt celui qui sape les fondements de l’État, ouvrant la porte à l’anarchie, tantôt, il est celui qui met les bases du fascisme, voire du totalitarisme.

&nbsp;

Je trouve ces critiques très exagérées et je n’ai pas l’intention de briser l’atmosphère de fête qui règne autour de l’esprit de Rousseau en les ressuscitant. Je me contenterai simplement d’expliquer en quel sens le système de Jean-Jacques peut être interprété pour déterminer comment le peuple peut être libre sous un gouvernement représentationnel et élu par la population.

&nbsp;

Cette question de la liberté dans une démocratie comme la nôtre trouve écho aujourd’hui dans les multiples tentatives pour réformer le mode de scrutin et pour « faire la politique autrement », de Barrack Obama à Jack Layton (repose en paix), en passant par Pierre Curzi et les multiples démissionnaires du Parti québécois. Le danger est pour tous très visible : le régime parlementaire peut faire en sorte qu’une minorité se présente faussement comme la volonté de la majorité, donnant lieu à ce que John Stuart Mill (1806-1873) appelait « la tyrannie de la majorité », c’est-à-dire un tyran dont le succès repose essentiellement sur sa capacité à se faire passer pour un démocrate; alors qu’en fait, lui et son gouvernement défendent principalement les intérêts de petits groupes clés leur assurant une réélection périodique.

&nbsp;

Cette corruption de la légitimité politique n’est certes pas sans conséquence sur la paix sociale, comme nous avons pu le constater durant le « printemps érable ». Heureusement, les élections sont arrivées à point pour calmer le jeu et le système électoral en place a mis en évidence ses vertus de stabilisation. Cependant, que serait-il arrivé si les élections n’avaient pas été à l’agenda et que le gouvernement avait pu ainsi continuer longuement sa confrontation brutale et directe avec la société civile? Je n’ose même pas l’imaginer…

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Rousseau a vu de ses propres yeux les apories du système de représentation par députés chez ses amis anglais et, près de 100 ans avant Mill, il ne s’est pas gêné pour le dénoncer de manière provocatrice:

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

« <em>Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite bien qu'il la perde.</em> » (<em>Contrat social</em>)

<span style="font-family: Calibri; font-size: medium;"><span style="color: #000000;"> </span></span>

Jean-Jacques avait une dialectique du maitre et de l’esclave qui était à la fois simple et efficace, mais également terrible! « <em>Si tu ne te reconnais pas dans les lois de ton pays et que tu ne fais rien, alors tu es un esclave! </em>» <span style="font-family: Calibri;">C’est le danger qui guette tout État selon Rousseau, celui où une volonté particulière, corporative, pourrait se substituer à la volonté générale. C’est le risque que les lois soient conçues pour le bonheur de quelques personnes au lieu de l’ensemble, et que personne n’y fasse quoi que ce soit.</span>

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

Cela n’est d’ailleurs pas un risque négligeable, c’est plutôt la tendance normale de l’histoire :

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

<em>En effet, s'il n'est pas impossible qu'une volonté particulière s'accorde sur quelque point avec la volonté générale, il est impossible au moins que cet accord soit durable et constant; car la volonté particulière tend, par sa nature, aux préférences, et la volonté générale à l'égalité.</em> » (<em>Contrat social</em>)

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

La corruption serait ainsi une tendance naturelle du système électoral en vigueur et « on ne peut pas faire de lois contre la nature humaine », comme le disait un témoin devant la Commission Charbonneau.  Pourtant, Rousseau ne nous laisse pas sans moyens pour remédier à cette situation. 

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

<strong>La démocratie représentationnelle : le meilleur régime?</strong>

Le plus difficile pour les gens est lorsque le gouvernement fait cavalier seul dans un projet. Ne voyant pas la pertinence de se justifier et se justifiant justement par l’absence de justification (appel à la majorité, à la sympathie, cercles vicieux, faux dilemmes), le gouvernement déresponsabilise le peuple vis-à-vis de ses décisions diffic<span style="font-family: Calibri; font-size: medium;">iles. Il lui enlève toute possibilité d’apprentissage et il le maintient dans l’ignorance.</span>

Le peuple peut y perdre gros : sa possibilité d’agir et de comprendre, ce qui le réduirait irrémédiablement à l’esclavage. Le peuple subirait alors la politique sans rien pouvoir y faire. Il ne saurait pas quoi faire autrement que « faire confiance parce qu’il faut <span style="font-family: Calibri;">faire confiance ».</span><span style="font-size: medium;"><span style="font-family: Calibri;">La dureté de ces mots n’a d’égal que la dureté de la pensée de Rousseau lui-même : </span></span>

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>

« <em>Dire qu'un homme se donne gratuitement, c'est dire une chose absurde et inconcevable; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n'est pas dans son bon sens. Dire la même chose de tout un peuple, c'est supposer un peuple de fous; la folie ne fait pas droit.</em> » (<em>Contrat social</em>)

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Pour ce philosophe du 18<sup>e</sup> siècle, lorsqu’une personne et tant d’autres donnent licence au gouvernement, lorsqu’elle « se donne gratuitement », elle abandonne son devoir de citoyen; c’est-à-dire lorsqu’elle ne vote pas, lorsqu’elle ne manifeste pas, lorsqu’elle n’exige rien du gouvernement, lorsqu’elle se contente d’explications insatisfaisantes, cette personne n’est qu’un esclave dans un monde de fous.

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: medium;"> </span>

Parmi tous les régimes politiques qui existent aujourd’hui, le penseur franco-suisse aurait donc surement désigné la démocratie représentationnelle comme étant la plus pernicieuse de toutes. C’est en effet la seule forme de gouvernement qui, tout en donnant l’impression forte que le peuple gouverne, parce que le peuple peut s’exprimer, il peut dire ce qu’il veut, le gouvernement peut en vérité lui enlever une par une toutes ses libertés les plus fondamentales, celle notamment d’assumer pleinement la sécurité de son pays et celle d’assurer sa prospérité économique :

&nbsp;

<em>Sitôt que le service public cesse d'être la principale affaire des citoyens, et qu'ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l'État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat? ils payent des troupes et restent chez eux; faut-il aller au conseil? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d'argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.</em> » (<em>Contrat social</em>)

&nbsp;

À l’ignorance, il faut donc opposer notre conscience; à l’indifférence, notre résistance; aux sophismes, notre raison et enfin à l’asservissement par l’abrutissement, il y a au moins une loi qui peut remédier : la loi qui indique l’éducation à tous et l’éducation par l’esprit…

&nbsp;

À la mémoire de Jean-Jacques!

<span style="font-family: Calibri; color: #000000; font-size: small;"> </span>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Vidéo de la soirée Musique et philosophie</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/03/video-de-la-soiree-musique-et-philosophie/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/03/video-de-la-soiree-musique-et-philosophie/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 06 Mar 2012 00:51:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[Essais et opinions]]></category>
		<category><![CDATA[La Semaine de la philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos en philo sur Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Antony Joubert-Tremblay]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Martel]]></category>
		<category><![CDATA[Charlotte Maltais-Hardy]]></category>
		<category><![CDATA[Débora Perron]]></category>
		<category><![CDATA[Ïoan Bastarache]]></category>
		<category><![CDATA[Maxine Gauvin-Dupéré]]></category>
		<category><![CDATA[Musique et philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Myriam Ross]]></category>
		<category><![CDATA[Nicolas Gosselin]]></category>
		<category><![CDATA[Patrice Létourneau]]></category>
		<category><![CDATA[vidéo]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://philosophie.cegeptr.qc.ca/?p=3772</guid>
		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="64" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Début-soirée-Musique-et-philosophie-300x97.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Début soirée - Musique et philosophie" /></p>&nbsp;

<center><strong>Partie 1:</strong></center><iframe src="http://www.youtube.com/embed/o6TeqdABOK8" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe>
<strong>Partie 2 :</strong>

<iframe src="http://www.youtube.com/embed/rslSY2lOuaA" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe>

<strong>Partie 3 :</strong>

<iframe src="http://www.youtube.com/embed/ykaI5jpHMh0" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe>

<strong>Performance «Musique et philosophie», qui a eu lieu lors de la <em><a href="http://www.cegeptr.qc.ca/accueil/archives-actualites?extendedview=1&amp;extendedres=9BD9BAE9-1B68-4BCE-90A0-3BE924146033&amp;parameters=modView%3adetail%7centry%3a7EE2639D-57EB-4388-AA3B-23967F3A48E3">Semaine de la philosophie</a></em></strong>

<strong>Animateurs : Patrice Létourneau et Myriam Ross</strong>

<strong>Chanteuses : Charlotte Maltais-Hardy, Débora Perron et Maxine Gauvin-Dupéré</strong>

<strong>Musiciens : Nicolas Gosselin (basse), Antony Joubert-Tremblay (batterie), Charles Martel (guitare) et  Ïoan Bastarache (clavier)</strong>

<strong>Chansons interprétées et analysées :</strong>

<strong><em>- Smells like Teen Spirit </em>de Nirvana (avec des liens à propos des notions d'amour de soi et d'amour-propre chez Rousseau)</strong>

<strong>- <em>Creep</em> de Radiohead (avec des liens à propos de la métaphore du chameau chez Nietzsche)</strong>

<strong>- <em>La nuit je mens</em> d'Alain Bashung (avec des liens à propos de la notion de mauvaise foi chez Sartre)</strong>

<strong>- <em>Sans exigences</em> de Jacques Brel (avec des liens à propos de la notion des relations avec autrui selon Sartre)</strong>

<strong>- <em>One</em> de U2 (avec des liens à propos du mythe de l'androgyne selon Platon)</strong>

<strong>Date : le jeudi 23 février à 19h, au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières</strong>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="64" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Début-soirée-Musique-et-philosophie-300x97.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Début soirée - Musique et philosophie" /></p>&nbsp;

<center><strong>Partie 1:</strong></center><iframe src="http://www.youtube.com/embed/o6TeqdABOK8" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe>
<strong>Partie 2 :</strong>

<iframe src="http://www.youtube.com/embed/rslSY2lOuaA" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe>

<strong>Partie 3 :</strong>

<iframe src="http://www.youtube.com/embed/ykaI5jpHMh0" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe>

<strong>Performance «Musique et philosophie», qui a eu lieu lors de la <em><a href="http://www.cegeptr.qc.ca/accueil/archives-actualites?extendedview=1&amp;extendedres=9BD9BAE9-1B68-4BCE-90A0-3BE924146033&amp;parameters=modView%3adetail%7centry%3a7EE2639D-57EB-4388-AA3B-23967F3A48E3">Semaine de la philosophie</a></em></strong>

<strong>Animateurs : Patrice Létourneau et Myriam Ross</strong>

<strong>Chanteuses : Charlotte Maltais-Hardy, Débora Perron et Maxine Gauvin-Dupéré</strong>

<strong>Musiciens : Nicolas Gosselin (basse), Antony Joubert-Tremblay (batterie), Charles Martel (guitare) et  Ïoan Bastarache (clavier)</strong>

<strong>Chansons interprétées et analysées :</strong>

<strong><em>- Smells like Teen Spirit </em>de Nirvana (avec des liens à propos des notions d'amour de soi et d'amour-propre chez Rousseau)</strong>

<strong>- <em>Creep</em> de Radiohead (avec des liens à propos de la métaphore du chameau chez Nietzsche)</strong>

<strong>- <em>La nuit je mens</em> d'Alain Bashung (avec des liens à propos de la notion de mauvaise foi chez Sartre)</strong>

<strong>- <em>Sans exigences</em> de Jacques Brel (avec des liens à propos de la notion des relations avec autrui selon Sartre)</strong>

<strong>- <em>One</em> de U2 (avec des liens à propos du mythe de l'androgyne selon Platon)</strong>

<strong>Date : le jeudi 23 février à 19h, au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières</strong>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Freud et le cinéma</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2010/04/freud-et-le-cinema/</link>
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		<pubDate>Sun, 25 Apr 2010 22:38:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et Cité]]></category>
		<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[conceptions de l'être humain]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Noël Lafarque]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="224" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/marnie-ext-jean-no.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="marnie-ext-jean-no" /></p><p style="text-align: right;"><span class="small">«Une fois on m’a dit que le meilleur moyen de perdre un poste
précaire à Paris 8, c’était de taper sur Freud.
Je vous dirai si ça a marché.»
– Jean-Noël Lafargue</span></p>
<a href="http://hyperbate.fr/dernier/?page_id=12333">Jean-Noël Lafargue</a>, qui enseigne les arts et qui a notamment participé à la concrétisation du cd-rom «<a href="http://www.ciren.org/ciren/productions/moments/generique.html">Moments de Jean-Jacques Rousseau</a>» (Éditions Gallimard, 2000), est maître de conférences associé à l’<a href="http://www-artweb.univ-paris8.fr/" target="_blank">Université Paris 8</a> et professeur à l’<a href="http://www.esadhar.fr/lh/">École Supérieure d’Arts du Havre</a>.  Sur <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/" target="_blank">son blogue</a> (<span class="small">fil <a href="feed://www.hyperbate.com/dernier/?feed=rss2" target="_blank">RSS</a></span>), il publie régulièrement des billets sur le cinéma.

Les personnes s’intéressant aux conceptions philosophiques de l’être humain trouveront sans doute un intérêt à lire son billet intitulé «<a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">Le presque ça et le je-ne-sais-rien</a>».

<strong>Un extrait :</strong>
<blockquote>«[...] C’est à ce stade que je retrouve un des sujets redondants de ce blog : la manière dont la représentation fictionnelle et l’opinion s’influencent mutuellement. Car si Freud a tant d’importance aujourd’hui, ce n’est pas grâce à ses textes (qu’il faudrait avoir lus en allemand, dit-on) ni grâce à la nouveauté ou à la justesse de ses théories. Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’il a su peaufiner une légende que ses héritiers ont perpétuée — cela aurait fini par devenir une faiblesse puisque tout fait incarné par une personnalité fondatrice court le risque d’être emportée avec cette personne dès qu’il est atteint par une révélation scandaleuse. C’est aussi, à mon avis, parce que la psychanalyse, plus encore que Freud lui-même, s’est imposée comme un emblème du XXe siècle, et que cela est passé, notamment, par le cinéma. En effet, si des écrivains ou des artistes ont popularisé la psychanalyse (les surréalistes notamment), les plus spectaculaires succès de Freud se trouvent à mon avis dans deux films de Sir Alfred Hitchcock, deux films que tout le monde a vus ou presque : <em>Spellbound</em> (<em>La maison du docteur Edwardes</em>, 1945) et <em>Marnie</em> (<em>Pas de printemps pour Marnie</em>, 1964) deux fictions qui ont popularisé la notion de souvenir refoulé. [...]» (Lire le billet en entier : Jean-Noël Lafargue, <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank"><em>Le presque ça et le je-ne-sais-rien</em></a>)</blockquote>
<span id="more-121"></span>
___
Note : la présente image a été découpée à partir d’une image tirée <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">dudit billet</a> de Jean-Noël Lafargue.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="224" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/marnie-ext-jean-no.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="marnie-ext-jean-no" /></p><p style="text-align: right;"><span class="small">«Une fois on m’a dit que le meilleur moyen de perdre un poste
précaire à Paris 8, c’était de taper sur Freud.
Je vous dirai si ça a marché.»
– Jean-Noël Lafargue</span></p>
<a href="http://hyperbate.fr/dernier/?page_id=12333">Jean-Noël Lafargue</a>, qui enseigne les arts et qui a notamment participé à la concrétisation du cd-rom «<a href="http://www.ciren.org/ciren/productions/moments/generique.html">Moments de Jean-Jacques Rousseau</a>» (Éditions Gallimard, 2000), est maître de conférences associé à l’<a href="http://www-artweb.univ-paris8.fr/" target="_blank">Université Paris 8</a> et professeur à l’<a href="http://www.esadhar.fr/lh/">École Supérieure d’Arts du Havre</a>.  Sur <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/" target="_blank">son blogue</a> (<span class="small">fil <a href="feed://www.hyperbate.com/dernier/?feed=rss2" target="_blank">RSS</a></span>), il publie régulièrement des billets sur le cinéma.

Les personnes s’intéressant aux conceptions philosophiques de l’être humain trouveront sans doute un intérêt à lire son billet intitulé «<a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">Le presque ça et le je-ne-sais-rien</a>».

<strong>Un extrait :</strong>
<blockquote>«[...] C’est à ce stade que je retrouve un des sujets redondants de ce blog : la manière dont la représentation fictionnelle et l’opinion s’influencent mutuellement. Car si Freud a tant d’importance aujourd’hui, ce n’est pas grâce à ses textes (qu’il faudrait avoir lus en allemand, dit-on) ni grâce à la nouveauté ou à la justesse de ses théories. Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’il a su peaufiner une légende que ses héritiers ont perpétuée — cela aurait fini par devenir une faiblesse puisque tout fait incarné par une personnalité fondatrice court le risque d’être emportée avec cette personne dès qu’il est atteint par une révélation scandaleuse. C’est aussi, à mon avis, parce que la psychanalyse, plus encore que Freud lui-même, s’est imposée comme un emblème du XXe siècle, et que cela est passé, notamment, par le cinéma. En effet, si des écrivains ou des artistes ont popularisé la psychanalyse (les surréalistes notamment), les plus spectaculaires succès de Freud se trouvent à mon avis dans deux films de Sir Alfred Hitchcock, deux films que tout le monde a vus ou presque : <em>Spellbound</em> (<em>La maison du docteur Edwardes</em>, 1945) et <em>Marnie</em> (<em>Pas de printemps pour Marnie</em>, 1964) deux fictions qui ont popularisé la notion de souvenir refoulé. [...]» (Lire le billet en entier : Jean-Noël Lafargue, <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank"><em>Le presque ça et le je-ne-sais-rien</em></a>)</blockquote>
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Note : la présente image a été découpée à partir d’une image tirée <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">dudit billet</a> de Jean-Noël Lafargue.]]></content:encoded>
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		<title>Exemple 2 de paragraphe d’introduction à la dissertation (avec Rousseau et Sartre)</title>
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		<pubDate>Sun, 03 May 2009 23:44:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>

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		<description><![CDATA[Libellé : Comparez les conceptions de l’être humain de Rousseau et de Sartre au sujet des relations avec autrui. &#160; Exemple de paragraphe d’intro : «De combien est ta cote R ?», «Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ?», «Qu’est-ce qui te fait croire que tu es assez bien pour elle ?», «Tu ne peux pas entrer&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Libellé : Comparez les conceptions de l’être humain de Rousseau et de Sartre au sujet des relations avec autrui.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Exemple de paragraphe d’intro :</em></strong></p>
<p>«De combien est ta cote R ?», «Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ?», «Qu’est-ce qui te fait croire que tu es assez bien pour elle ?», «Tu ne peux pas entrer ici, t’as pas de cravate !», «Tu n’as pas ta place ici, t’as une cravate !», «Qu’est-ce que les voisins vont penser ?»…  N’a-t-on pas déjà entendu des choses dans ce genre ?  Et toutes ces fois où tout ce qu’on veut savoir, ce n’est pas «si cela a de la valeur en soi», mais «si ça paye».  Est-ce que nos conclusions ne sont pas parfois un peu trop vite faites?  Rousseau avait une position claire sur l’attention qu’on porte au «paraître» : le souci pour le «paraître», c’est ce qui vient corrompre la nature humaine.  Il faut dire que son jugement à propos de la société et du «paraître» était d’autant plus tranché qu’il considérait qu’à l’origine, l’être humain était naturellement bon…  Mais c’est là un jugement d’interprétation (de valeur).  Peut-être qu’il n’est ni fondamentalement bon, ni fondamentalement mauvais, mais qu’il est un amalgame des deux, tissé par ses actions.  C’est un peu ce qu’on retrouve dans l’existentialisme de Sartre.  «L’enfer, c’est les autres», et réciproquement nous sommes un enfer pour les autres.  Ici, il n’y a plus de distinction claire entre «être» et «paraître» : les jugements sur les autres comme sur nous-mêmes sont toujours déformés et déformants – et puis, «qui» l’on «est» se trouve à être en perpétuelle redéfinition.  De là le caractère en partie aliénant des autres, de là l’origine de la culpabilité humaine.  Mais les autres ne sont pas qu’un enfer : Sartre affirme aussi que la joie profonde de l’amour vient du fait qu’on se sent alors justifié d’exister.  Comme si le fait d’être aimé donnait plus de sens à notre vie, comme si le fait de compter pour d’autres et de sentir qu’on fait une différence pour eux donnait un surplus de sens à notre vie.  Pas évident à départager, tout ça.  D’ailleurs, les choses ne sont peut-être jamais tout à fait tranchées.  Ça me fait penser à ces mots de Paul Valéry que j’ai lu récemment : «Il y a, dans les relations qui se font intimes entre gens délicats, ce mélange extraordinaire de <em>la crainte de n’être pas compris</em> avec <em>la terreur d’être compris</em>.»  Ça n’éveille rien en vous ? C’est étrange comment les vies peuvent parfois sembler radicalement uniques et différentes, et parfois tellement similaires dans leur expérimentation de la condition humaine.  D’où, peut-être, le sens qu’il peut y avoir à s’interroger ici sur l’être humain, car on ne peut se figurer les relations humaines sans impliquer, consciemment ou non, une certaine conception de l’être humain.  Regardons donc d’un peu plus près cette question des relations avec les autres, en comparant ici les conceptions de Rousseau et de Sartre.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Exemple 1 de paragraphe d’introduction à la dissertation (avec Descartes et Nietzsche)</title>
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		<pubDate>Sun, 03 May 2009 23:38:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[philo102]]></category>

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		<description><![CDATA[Libellé : Comparez les conceptions de l’être humain de Descartes et de Nietzsche au sujet du corps. &#160; Exemple de paragraphe d’intro : Être maître de son corps, que ce soit par des habitudes de vie ou la chirurgie esthétique, voilà il me semble le message que véhicule plusieurs magazines. Ne conseille-t-on pas à chaque personne «qui&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Libellé : Comparez les conceptions de l’être humain de Descartes et de Nietzsche au sujet du corps.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Exemple de paragraphe d’intro :</em></strong></p>
<p>Être maître de son corps, que ce soit par des habitudes de vie ou la chirurgie esthétique, voilà il me semble le message que véhicule plusieurs magazines. Ne conseille-t-on pas à chaque personne «qui le vaut bien» de donner un «soin intense» à son corps pour combattre les signes du vieillissement ? Des publicités jusqu’aux vidéo-clips, un corps aux aspects contrôlés semble être signe de réussite à se prendre en charge.  Je contrôle mon corps, donc je suis…  Mais en poussant trop la réduction du corps à une image, ne perd-on pas de vue ce qui est le propre du corps, la matérialité de la chair et des organes ?  N’y a-t-il pas aussi des revers au «perfectionnisme» : au Québec, c’est 8% des femmes de 15 à 25 ans qui vivent des troubles du comportement alimentaire (8%, c’est beaucoup).  Le corps, simple représentation modulable au gré de notre volonté ?  Par ailleurs, n’est-ce pas aussi le rêve de la science, depuis l’avènement de la Modernité, de pouvoir maîtriser cette «<em>machine</em>» que serait le corps que l’on <em>a</em> ?  Lorsqu’on regarde tout ça, on se croirait dans un univers hérité des conclusions de Descartes, avec le dualisme corps/esprit.  Si Descartes est au fondement de la Modernité, peut-être que notre époque le traîne parfois sans s’en rendre compte ?  Mais est-ce véritablement nous qui contrôlons notre corps ?  Ou est-ce lui qui nous contrôle ?  Il y a là une question d’interprétation, qui ultimement renvoie aux écueils respectifs des visions indéterministes et déterministes de l’être humain.  Mais pour rester centré sur la question du corps, on sait que Nietzsche a une conception opposée à Descartes : il appelle à plus d’humilité, en affirmant que se trame en nous une incroyable lutte de «forces vitales» qui fait ce que nous sommes et pensons, et non l’inverse.  Mais cette conception est elle aussi sujette à controverse – et je sais que certains pourraient répondre que «Tout ce qui contribue à persuader un individu que ce qu’il accomplit n’est pas vraiment de lui peut avoir tendance à le diminuer».  Mais est-ce qu’on doit adhérer à une vision dualiste pour autant ?  Pour mieux voir les différences et implications entre une conception dualiste du corps et de l’esprit et une vision du «corps vivant» qui considère le corps et l’esprit comme endroit et envers d’une même pièce, je vais comparer les conceptions de Descartes et de Nietzsche.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Suggestions de films autour des conceptions de l’être humain</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2009/03/suggestions-de-films-autour-des-conceptions-de-letre-humain/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2009/03/suggestions-de-films-autour-des-conceptions-de-letre-humain/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 19 Mar 2009 17:36:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie philosophique]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[philo 102]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="93" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="without limits" /></p>Pour garder en action quelques neurones philosophiques tout en se divertissant, voici trois petites suggestions de films en relation avec les conceptions de l’être humain :
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1336 alignnone" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" /> <img class="size-full wp-image-1337 alignnone" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" /> <img class="alignnone size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" /></p>
<span id="more-379"></span>
<strong>«Without Limits»</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0119934/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie du coureur de fond Steve Prefontaine (détenteur de divers records américains, du 2000 mètres jusqu’au 10000 mètres) et de son entraîneur, Bill Bowerman (aussi cofondateur de Nike).

Dans ce film, la mise en scène des personnages de Prefontaine et Bowerman met en relief deux conceptions divergentes de la volonté – toutes deux articulées dans une perspective différente de ce qui constitue un <img class="alignright size-full wp-image-1336" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" />«dépassement de soi».  Pour Prefontaine, le «talent est un mythe», tel qu’il l’explique notamment à sa copine Mary.  Selon lui, s’il peut battre des coureurs qui ont plus de «talent» que lui, c’est qu’il peut endurer la souffrance et l’effort «mieux que quiconque».  En somme, le corps et le «talent» ne pèsent que peu dans la balance, tout se joue à coup de volonté – et de «tripes».  On remarquera, et ce, à maints égards, que cette conception implique une dualité <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=311" target="_blank">corps</a>/volonté (qui est une variante du dualisme corps/esprit).  À l’opposé, pour Bowerman la volonté est elle-même le fruit des diverses «forces» qui se trament en l’être humain, chacune tentant de teinter de leur couleur les autres «forces» qui s’y trament.  C’est pourquoi il dira par exemple à Prefontaine, lors de la scène du bar, que «le talent, ce n’est jamais un concept qui plane dans les nuages» et qu’il considère que son insistance à nier son propre talent au nom de sa volonté n’est qu’une contrepartie «du comble de sa vanité».  Notons ici que l’un des aspects intéressants du film est qu’il met en valeur chacune des positions et leur ambiguïté, sans vraiment trancher en faveur d’une conception plutôt que l’autre…

_
<strong>«Vers l’inconnu» («Into the Wild»)</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0758758/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie de Christopher McCandless.<img class="alignright size-full wp-image-1337" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" />

Très tôt dans le film, on peut constater la tension que Christopher McCandless éprouve entre «avoir» et «être» – qui est aussi soutenue par <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ok7utac94dM" target="_blank">les chansons</a> composées par Eddie Vedder.   Tentant de se dégager du «paraître», il partira sur les routes à la recherche d’une liberté détachée des apparences et, dans un retour vers la nature, se dirigera vers les régions sauvages de l’Alaska.  À maints égards au cours de ce film, on peut aisément tracer plusieurs parallèles avec la conception de l’être humain de Rousseau, ainsi qu’avec ses propos sur les rapports entre nature et culture – et sur ce qui serait à l’origine de la corruption de la nature humaine.

_
<strong>«Le Placard»</strong>
Dans <a href="http://www.imdb.com/title/tt0243493/" target="_blank">cette comédie</a> de Francis Veber, plusieurs parallèles peuvent être faits avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, en particulier avec ses conceptions des relations avec autrui, et plus précisément avec cette idée, énoncée dans <a href="http://www.cdrnet.net/kb/data/FR_Sartre.asp" target="_blank">la pièce «Huis clos»</a>, selon laquelle «l’enfer, c’est les autres».

<img class="alignright size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" />
<span class="small">(Ce qui suit est une reprise de <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=385&amp;Itemid=42" target="_blank">cet article</a>)</span>
<em><strong>Les autres, un enfer, vraiment?</strong></em>
Lorsque Sartre dit que «l’enfer, c’est les autres», il ne se place pas en premier lieu dans le domaine de la moralité : il le fait d’abord et avant tout en se plaçant au cœur de sa conception de la condition humaine.  On se rappelle que pour Sartre, l’être humain est fondamentalement libre, au sens où il ne répondrait pas à une prédestination.  D’où sa célèbre formule : «l’existence précède l’essence».  En premier lieu nous existons, et c’est notre existence concrète qui déterminera notre essence, c’est-à-dire la définition de «qui nous sommes».  Bien sûr, cette liberté fondamentale ne nie pas qu’il y ait un ensemble de contraintes qui puissent entrer en ligne de compte, d’où la facticité.  Il faudrait donc savoir reconnaître le poids des contraintes, ne pas voiler notre facticité, sans se dérober à notre responsabilité quant à la définition de «qui» nous devenons.  La liberté apparaîtra donc comme une manière de constamment et perpétuellement assumer ses possibilités de choisir, et par là même, elle apparaîtra comme une constante et perpétuelle (re)mise en définition de notre essence, de «qui» nous sommes.  Face à cette liberté fondamentale, il faudra alors éviter ce que Sartre appelait «la mauvaise foi», c’est-à-dire cette manière d’être où l’on perd de vue la responsabilité et le poids de nos propres choix, soit en refusant de choisir, soit en refusant d’assumer (ou de voir) la responsabilité de nos actes, soit en refusant de se montrer tel que l’on est.  En d’autres termes, pour éviter la mauvaise foi, il faudrait être «authentique», ce qui n’est cependant pas si évident lorsqu’on tente d’examiner ça d’un point de vue pratique : par exemple, comment s’assurer qu’on ne donne pas trop peu de poids à notre passé, niant alors <em>qui</em> nous avons été, ou qu’au contraire on n’y donne pas trop de poids, s’engluant alors dans un passé qui nierait les possibilités de <em>façonnement</em> de notre identité.  Quelle est la juste mesure, lorsqu’il n’y a justement pas de mesure <em>a priori </em>?

On rencontre là l’un des paradoxes de cette authenticité : il faudrait être fidèle à soi-même, à qui l’on est, mais notre liberté fondamentale fait pourtant en sorte qu’on ne pourra jamais prétendre avoir une essence déjà-donnée ou déjà-fixée, puisque c’est notre manière d’exister qui redéfinira constamment et perpétuellement «qui» l’on est.  Dès lors, à quoi faudrait-il être fidèle exactement, s’il n’y a pas un «modèle» prédéterminé auquel se conformer, si notre essence est constamment et perpétuellement en redéfinition ?  Cette situation paradoxale constitue en fait la racine du phénomène de la mauvaise foi, celle-ci venant de pair avec la liberté humaine, lui collant à la peau comme son ombre.  Bref, la notion de mauvaise foi, chez Sartre, désigne précisément cette constante possibilité de s’engluer dans les facticités, ou au contraire d’y être aveugle, au cours de la constante esquisse de notre «identité»…

Dans cette mesure, les autres deviendront indispensables à la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes, en même temps qu’ils nous offriront des visions inévitablement tronquées, déformées ou déformantes de nous-mêmes.  Comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne tient jamais compte de l’interprétation que les autres peuvent avoir de nos actions? Mais à l’inverse, comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne s’en remet qu’à l’interprétation des autres? Encore là, quel est le «juste milieu», quelle est la juste «mesure» ?  En fait, si nous n’avons pas d’essence (une définition de notre identité) avant notre existence, la difficulté à bien saisir «qui l’on est» se pose autant lorsque c’est nous qui portons un regard sur nous-mêmes que lorsque ce sont les autres qui le font.   Cette condition humaine fait donc en sorte que les autres nous seront tout autant indispensables qu’aliénants, lorsque nous tenterons de nous définir et de nous comprendre; ce qui teintera l’ensemble des relations avec autrui, l’être humain oscillant alors sans cesse entre un pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté dans sa tentative de se définir (empiétant dès lors sur d’autres libertés) et un pôle où il donne davantage de place à la liberté d’autrui (empiétant dès lors sur sa propre liberté dans la définition de son identité) <span class="small">[1]</span>.

On est alors mieux à même de comprendre pourquoi, selon Sartre, «l’enfer, c’est les autres» – ces «autres» qui sont tout autant indispensables à la perpétuelle définition de notre être qu’ils ne viennent contraindre cette redéfinition…

<em><strong>Et «Le placard», dans tout ça</strong></em>
Venons-en enfin au film <em>Le Placard</em>.  Une des clés du film est dans cette réplique : «ne changez surtout pas, <img class="alignleft size-full wp-image-1339" title="le placard (extrait)" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard-extrait.jpg" width="130" height="86" />vous verrez, c’est le regard des autres qui va changer».  La trame de cette comédie est, dans ses grandes lignes, plutôt simple : un comptable (François Pignon) dans une usine de dérivés du caoutchouc, jusqu’alors perçu comme plutôt grisâtre et relativement anonyme, est menacé de devenir encore plus effacé : il sera sous peu touché par un licenciement.  C’est alors que son nouveau voisin (Belone) lui suggère de laisser croire qu’il est homosexuel, afin de faire en sorte que l’employeur ne puisse pas supporter le regard que les autres pourraient porter sur ce licenciement, même si les motifs véritables n’ont rien à voir avec de la discrimination.  Ne pouvant pas feindre d’être ce qu’il n’est pas, c’est alors que Belone suggère à Pignon de ne rien changer à ses comportements… Et effectivement, c’est d’abord les spectres interprétatifs des autres, de leurs regards, qui se modifient.  En cela, on retrouve tout au cours du film une bonne illustration, sous diverses facettes, de ce jeu où «l’enfer, c’est les autres».

Mais, signe que la définition de soi ne se fait jamais en vase clos, Pignon a beau connaître la vérité sur ce qu’il n’est pas, la modification du regard des autres entraînera aussi une modification de Pignon.  Aussi, il aura l’impression que ce n’est que depuis cet événement qu’il a «commencé à se comporter comme un homme», redéfinissant au passage ses rapports avec son fils, qui jusque-là le fuyait, et réévaluant aussi lors d’un repas le regard qu’il portait sur son ancienne femme, dont il dira que, «perdu dans son obsession, [il] avait perdu de vue qui elle était» mais que là, «enfin [il] respire».  Au final, le personnage de Pignon livre en quelque sorte une autre clé de ses rapports avec autrui, lorsqu’il dit que : «toute ma vie on m’a traité de chiant, maintenant vous me traitez de chieur, je vois ça comme une promotion.»  Le personnage se situant alors à l’orée du pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté, ce qui empiète dès lors inévitablement sur d’autres libertés dans la définition de son identité – pour reprendre les termes de la conception sartrienne des rapports avec autrui…

__
<span class="small">[1] Voir notamment le chapitre sur «Les relations concrètes avec autrui», dans l’<em>Être et le néant</em>.</span>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="93" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="without limits" /></p>Pour garder en action quelques neurones philosophiques tout en se divertissant, voici trois petites suggestions de films en relation avec les conceptions de l’être humain :
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1336 alignnone" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" /> <img class="size-full wp-image-1337 alignnone" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" /> <img class="alignnone size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" /></p>
<span id="more-379"></span>
<strong>«Without Limits»</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0119934/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie du coureur de fond Steve Prefontaine (détenteur de divers records américains, du 2000 mètres jusqu’au 10000 mètres) et de son entraîneur, Bill Bowerman (aussi cofondateur de Nike).

Dans ce film, la mise en scène des personnages de Prefontaine et Bowerman met en relief deux conceptions divergentes de la volonté – toutes deux articulées dans une perspective différente de ce qui constitue un <img class="alignright size-full wp-image-1336" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" />«dépassement de soi».  Pour Prefontaine, le «talent est un mythe», tel qu’il l’explique notamment à sa copine Mary.  Selon lui, s’il peut battre des coureurs qui ont plus de «talent» que lui, c’est qu’il peut endurer la souffrance et l’effort «mieux que quiconque».  En somme, le corps et le «talent» ne pèsent que peu dans la balance, tout se joue à coup de volonté – et de «tripes».  On remarquera, et ce, à maints égards, que cette conception implique une dualité <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=311" target="_blank">corps</a>/volonté (qui est une variante du dualisme corps/esprit).  À l’opposé, pour Bowerman la volonté est elle-même le fruit des diverses «forces» qui se trament en l’être humain, chacune tentant de teinter de leur couleur les autres «forces» qui s’y trament.  C’est pourquoi il dira par exemple à Prefontaine, lors de la scène du bar, que «le talent, ce n’est jamais un concept qui plane dans les nuages» et qu’il considère que son insistance à nier son propre talent au nom de sa volonté n’est qu’une contrepartie «du comble de sa vanité».  Notons ici que l’un des aspects intéressants du film est qu’il met en valeur chacune des positions et leur ambiguïté, sans vraiment trancher en faveur d’une conception plutôt que l’autre…

_
<strong>«Vers l’inconnu» («Into the Wild»)</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0758758/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie de Christopher McCandless.<img class="alignright size-full wp-image-1337" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" />

Très tôt dans le film, on peut constater la tension que Christopher McCandless éprouve entre «avoir» et «être» – qui est aussi soutenue par <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ok7utac94dM" target="_blank">les chansons</a> composées par Eddie Vedder.   Tentant de se dégager du «paraître», il partira sur les routes à la recherche d’une liberté détachée des apparences et, dans un retour vers la nature, se dirigera vers les régions sauvages de l’Alaska.  À maints égards au cours de ce film, on peut aisément tracer plusieurs parallèles avec la conception de l’être humain de Rousseau, ainsi qu’avec ses propos sur les rapports entre nature et culture – et sur ce qui serait à l’origine de la corruption de la nature humaine.

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<strong>«Le Placard»</strong>
Dans <a href="http://www.imdb.com/title/tt0243493/" target="_blank">cette comédie</a> de Francis Veber, plusieurs parallèles peuvent être faits avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, en particulier avec ses conceptions des relations avec autrui, et plus précisément avec cette idée, énoncée dans <a href="http://www.cdrnet.net/kb/data/FR_Sartre.asp" target="_blank">la pièce «Huis clos»</a>, selon laquelle «l’enfer, c’est les autres».

<img class="alignright size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" />
<span class="small">(Ce qui suit est une reprise de <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=385&amp;Itemid=42" target="_blank">cet article</a>)</span>
<em><strong>Les autres, un enfer, vraiment?</strong></em>
Lorsque Sartre dit que «l’enfer, c’est les autres», il ne se place pas en premier lieu dans le domaine de la moralité : il le fait d’abord et avant tout en se plaçant au cœur de sa conception de la condition humaine.  On se rappelle que pour Sartre, l’être humain est fondamentalement libre, au sens où il ne répondrait pas à une prédestination.  D’où sa célèbre formule : «l’existence précède l’essence».  En premier lieu nous existons, et c’est notre existence concrète qui déterminera notre essence, c’est-à-dire la définition de «qui nous sommes».  Bien sûr, cette liberté fondamentale ne nie pas qu’il y ait un ensemble de contraintes qui puissent entrer en ligne de compte, d’où la facticité.  Il faudrait donc savoir reconnaître le poids des contraintes, ne pas voiler notre facticité, sans se dérober à notre responsabilité quant à la définition de «qui» nous devenons.  La liberté apparaîtra donc comme une manière de constamment et perpétuellement assumer ses possibilités de choisir, et par là même, elle apparaîtra comme une constante et perpétuelle (re)mise en définition de notre essence, de «qui» nous sommes.  Face à cette liberté fondamentale, il faudra alors éviter ce que Sartre appelait «la mauvaise foi», c’est-à-dire cette manière d’être où l’on perd de vue la responsabilité et le poids de nos propres choix, soit en refusant de choisir, soit en refusant d’assumer (ou de voir) la responsabilité de nos actes, soit en refusant de se montrer tel que l’on est.  En d’autres termes, pour éviter la mauvaise foi, il faudrait être «authentique», ce qui n’est cependant pas si évident lorsqu’on tente d’examiner ça d’un point de vue pratique : par exemple, comment s’assurer qu’on ne donne pas trop peu de poids à notre passé, niant alors <em>qui</em> nous avons été, ou qu’au contraire on n’y donne pas trop de poids, s’engluant alors dans un passé qui nierait les possibilités de <em>façonnement</em> de notre identité.  Quelle est la juste mesure, lorsqu’il n’y a justement pas de mesure <em>a priori </em>?

On rencontre là l’un des paradoxes de cette authenticité : il faudrait être fidèle à soi-même, à qui l’on est, mais notre liberté fondamentale fait pourtant en sorte qu’on ne pourra jamais prétendre avoir une essence déjà-donnée ou déjà-fixée, puisque c’est notre manière d’exister qui redéfinira constamment et perpétuellement «qui» l’on est.  Dès lors, à quoi faudrait-il être fidèle exactement, s’il n’y a pas un «modèle» prédéterminé auquel se conformer, si notre essence est constamment et perpétuellement en redéfinition ?  Cette situation paradoxale constitue en fait la racine du phénomène de la mauvaise foi, celle-ci venant de pair avec la liberté humaine, lui collant à la peau comme son ombre.  Bref, la notion de mauvaise foi, chez Sartre, désigne précisément cette constante possibilité de s’engluer dans les facticités, ou au contraire d’y être aveugle, au cours de la constante esquisse de notre «identité»…

Dans cette mesure, les autres deviendront indispensables à la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes, en même temps qu’ils nous offriront des visions inévitablement tronquées, déformées ou déformantes de nous-mêmes.  Comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne tient jamais compte de l’interprétation que les autres peuvent avoir de nos actions? Mais à l’inverse, comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne s’en remet qu’à l’interprétation des autres? Encore là, quel est le «juste milieu», quelle est la juste «mesure» ?  En fait, si nous n’avons pas d’essence (une définition de notre identité) avant notre existence, la difficulté à bien saisir «qui l’on est» se pose autant lorsque c’est nous qui portons un regard sur nous-mêmes que lorsque ce sont les autres qui le font.   Cette condition humaine fait donc en sorte que les autres nous seront tout autant indispensables qu’aliénants, lorsque nous tenterons de nous définir et de nous comprendre; ce qui teintera l’ensemble des relations avec autrui, l’être humain oscillant alors sans cesse entre un pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté dans sa tentative de se définir (empiétant dès lors sur d’autres libertés) et un pôle où il donne davantage de place à la liberté d’autrui (empiétant dès lors sur sa propre liberté dans la définition de son identité) <span class="small">[1]</span>.

On est alors mieux à même de comprendre pourquoi, selon Sartre, «l’enfer, c’est les autres» – ces «autres» qui sont tout autant indispensables à la perpétuelle définition de notre être qu’ils ne viennent contraindre cette redéfinition…

<em><strong>Et «Le placard», dans tout ça</strong></em>
Venons-en enfin au film <em>Le Placard</em>.  Une des clés du film est dans cette réplique : «ne changez surtout pas, <img class="alignleft size-full wp-image-1339" title="le placard (extrait)" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard-extrait.jpg" width="130" height="86" />vous verrez, c’est le regard des autres qui va changer».  La trame de cette comédie est, dans ses grandes lignes, plutôt simple : un comptable (François Pignon) dans une usine de dérivés du caoutchouc, jusqu’alors perçu comme plutôt grisâtre et relativement anonyme, est menacé de devenir encore plus effacé : il sera sous peu touché par un licenciement.  C’est alors que son nouveau voisin (Belone) lui suggère de laisser croire qu’il est homosexuel, afin de faire en sorte que l’employeur ne puisse pas supporter le regard que les autres pourraient porter sur ce licenciement, même si les motifs véritables n’ont rien à voir avec de la discrimination.  Ne pouvant pas feindre d’être ce qu’il n’est pas, c’est alors que Belone suggère à Pignon de ne rien changer à ses comportements… Et effectivement, c’est d’abord les spectres interprétatifs des autres, de leurs regards, qui se modifient.  En cela, on retrouve tout au cours du film une bonne illustration, sous diverses facettes, de ce jeu où «l’enfer, c’est les autres».

Mais, signe que la définition de soi ne se fait jamais en vase clos, Pignon a beau connaître la vérité sur ce qu’il n’est pas, la modification du regard des autres entraînera aussi une modification de Pignon.  Aussi, il aura l’impression que ce n’est que depuis cet événement qu’il a «commencé à se comporter comme un homme», redéfinissant au passage ses rapports avec son fils, qui jusque-là le fuyait, et réévaluant aussi lors d’un repas le regard qu’il portait sur son ancienne femme, dont il dira que, «perdu dans son obsession, [il] avait perdu de vue qui elle était» mais que là, «enfin [il] respire».  Au final, le personnage de Pignon livre en quelque sorte une autre clé de ses rapports avec autrui, lorsqu’il dit que : «toute ma vie on m’a traité de chiant, maintenant vous me traitez de chieur, je vois ça comme une promotion.»  Le personnage se situant alors à l’orée du pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté, ce qui empiète dès lors inévitablement sur d’autres libertés dans la définition de son identité – pour reprendre les termes de la conception sartrienne des rapports avec autrui…

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<span class="small">[1] Voir notamment le chapitre sur «Les relations concrètes avec autrui», dans l’<em>Être et le néant</em>.</span>]]></content:encoded>
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		<title>Crash</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/11/crash/</link>
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		<pubDate>Sun, 04 Nov 2007 20:28:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Bastarache</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="125" height="185" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/crash_voa.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="crash_voa" /></p>Il y a celui que je crois être, il y a celui que je voudrais être, il y a celui que je suis pour les autres, et il y a, enfin, ce que je suis. À tout cela, il faut ajouter les circonstances qui peuvent me déterminer à être de telle ou telle manière, imprévisiblement.

Crash (Collision), film récipiendaire de l'<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_du_cin%C3%A9ma">Oscar</a> du meilleur film de l'année (2006), est un poème des plus subtils, en dépit des apparences (on se croirait, au départ, dans un film américain de série B dans lequel "on va casser du noir"), à la difficile et improbable vocation d'être un homme.

<span id="more-149"></span>Crash a cette remarquable et très philosophique caractéristique de nous garder, tout le long de la représentation, dans un état de déséquilibre qui se révèle profondément salutaire à qui pense qu'il est parfois nécessaire de faire ses comptes avec nos croyances sur la condition humaine.

Socrate disait qu'une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue... Crash vous fera passer tout un examen!!!

Ce film est taillé sur mesure pour le cours "les conceptions de l'être humain" (102).

<strong>Fiche du film</strong>

<strong>Genre</strong>: drame social
<strong>Origine</strong>: Allemagne, États-Unis
<strong>Durée</strong>: 1 h 53
<strong>Réalisateur</strong>: Paul Haggis
<strong>Acteurs</strong>: Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon, Jennifer Esposito, William Fichtner, Brendan Fraser, Terrence Dashon Howard, Ludacris, Thandie Newton, Ryan Phillippe, Larenz Tate, Tony Danza
<strong>Scénaristes/Écrivains</strong>: Paul Haggis, Robert Moresco
<strong>Producteurs</strong>: Paul Haggis, Don Cheadle, Mark R. Harris, Robert Moresco, Cathy Schulman, Bob Yari]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="125" height="185" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/crash_voa.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="crash_voa" /></p>Il y a celui que je crois être, il y a celui que je voudrais être, il y a celui que je suis pour les autres, et il y a, enfin, ce que je suis. À tout cela, il faut ajouter les circonstances qui peuvent me déterminer à être de telle ou telle manière, imprévisiblement.

Crash (Collision), film récipiendaire de l'<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_du_cin%C3%A9ma">Oscar</a> du meilleur film de l'année (2006), est un poème des plus subtils, en dépit des apparences (on se croirait, au départ, dans un film américain de série B dans lequel "on va casser du noir"), à la difficile et improbable vocation d'être un homme.

<span id="more-149"></span>Crash a cette remarquable et très philosophique caractéristique de nous garder, tout le long de la représentation, dans un état de déséquilibre qui se révèle profondément salutaire à qui pense qu'il est parfois nécessaire de faire ses comptes avec nos croyances sur la condition humaine.

Socrate disait qu'une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue... Crash vous fera passer tout un examen!!!

Ce film est taillé sur mesure pour le cours "les conceptions de l'être humain" (102).

<strong>Fiche du film</strong>

<strong>Genre</strong>: drame social
<strong>Origine</strong>: Allemagne, États-Unis
<strong>Durée</strong>: 1 h 53
<strong>Réalisateur</strong>: Paul Haggis
<strong>Acteurs</strong>: Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon, Jennifer Esposito, William Fichtner, Brendan Fraser, Terrence Dashon Howard, Ludacris, Thandie Newton, Ryan Phillippe, Larenz Tate, Tony Danza
<strong>Scénaristes/Écrivains</strong>: Paul Haggis, Robert Moresco
<strong>Producteurs</strong>: Paul Haggis, Don Cheadle, Mark R. Harris, Robert Moresco, Cathy Schulman, Bob Yari]]></content:encoded>
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		<title>La dernière tentation du Christ</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/10/la-derniere-tentation-du-christ/</link>
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		<pubDate>Mon, 29 Oct 2007 20:40:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Bastarache</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Nikos Kazantzakis]]></category>
		<category><![CDATA[Scorsese]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="99" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/last_temptation.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="last_temptation" /></p>Le film de Martin Scorsese, <em>La dernière tentation du Christ</em>, est maintenant disponible en format DVD NTSC (c’est-à-dire, pour les néophytes, en format lisible sur nos platines DVD de salon).  Sorti en 1988, ce film n’était disponible en français qu’en format DVD européen (PAL).

Basé sur l’œuvre de l'auteur grec, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis" target="_blank">Nikos Kazantzakis</a>, ce film est un bijou finement ciselé sur le thème de la double substance du Christ.  Il nous montre de manière toujours originale et parfois troublante un Jésus profondément déchiré entre ses aspirations humaines et l’appel d’un Ailleurs entre les mains duquel il ne se reposera complètement qu’à la toute fin.

<span id="more-148"></span>Ce film pourrait être un précieux outil à qui voudrait montrer la dimension proprement humaine (anthropologique) du christianisme.  Je conseillerais cependant alors au pédagogue de doubler sa préparation d’une lecture du roman de Kazantzakis.

Fiche technique du film

<address style="font-size: 12px; font-family: Arial,Helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: xx-small;"><span style="font-size: 12px; font-family: Verdana;">The Last Temptation of Christ
USA, 1988
De Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader, d’après le roman de Nikos Kazantzakis
Avec Willem Dafoe, Harvey Keitel, Barbara Hershey
Photo : Michael Ballhaus
Musique : Peter Gabriel
Durée : 2h44</span></span></address>Voici les premiers paragraphes de la préface du roman :

<em>« La double substance du Christ a toujours été pour moi un mystère profond et impénétrable : le désir des hommes, si humain, si surhumain, d’arriver à Dieu – ou plus exactement de retourner à Dieu et de s’identifier à lui.  Cette nostalgie si mystérieuse à la fois et si réelle, ouvrait en moi des blessures, de larges blessures.</em>

<em>Depuis ma jeunesse, mon angoisse première, la source de toutes mes joies et de toutes mes amertumes, a été celle-ci : la lutte incessante et impitoyable entre la chair et l’esprit.</em>

<em>En moi-même les forces ténébreuses du Malin, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme; en moi-même les forces lumineuses de Dieu, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme.  Et mon âme était le champ de bataille où s’affrontaient ces deux armées. »</em>

<img class="alignleft size-full wp-image-1751" title="tentation_livre" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/tentation_livre.jpg" width="240" height="240" />• Auteur : Nikos Kazantzakis
• Titre : La dernière tentation du Christ
• Éditeur : Presses Pocket (1 novembre 1988)
• Collection : Pocket
• Langue : Français
• ISBN-10: 2266026445
• ISBN-13: 978-2266026444]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="99" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/last_temptation.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="last_temptation" /></p>Le film de Martin Scorsese, <em>La dernière tentation du Christ</em>, est maintenant disponible en format DVD NTSC (c’est-à-dire, pour les néophytes, en format lisible sur nos platines DVD de salon).  Sorti en 1988, ce film n’était disponible en français qu’en format DVD européen (PAL).

Basé sur l’œuvre de l'auteur grec, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis" target="_blank">Nikos Kazantzakis</a>, ce film est un bijou finement ciselé sur le thème de la double substance du Christ.  Il nous montre de manière toujours originale et parfois troublante un Jésus profondément déchiré entre ses aspirations humaines et l’appel d’un Ailleurs entre les mains duquel il ne se reposera complètement qu’à la toute fin.

<span id="more-148"></span>Ce film pourrait être un précieux outil à qui voudrait montrer la dimension proprement humaine (anthropologique) du christianisme.  Je conseillerais cependant alors au pédagogue de doubler sa préparation d’une lecture du roman de Kazantzakis.

Fiche technique du film

<address style="font-size: 12px; font-family: Arial,Helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: xx-small;"><span style="font-size: 12px; font-family: Verdana;">The Last Temptation of Christ
USA, 1988
De Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader, d’après le roman de Nikos Kazantzakis
Avec Willem Dafoe, Harvey Keitel, Barbara Hershey
Photo : Michael Ballhaus
Musique : Peter Gabriel
Durée : 2h44</span></span></address>Voici les premiers paragraphes de la préface du roman :

<em>« La double substance du Christ a toujours été pour moi un mystère profond et impénétrable : le désir des hommes, si humain, si surhumain, d’arriver à Dieu – ou plus exactement de retourner à Dieu et de s’identifier à lui.  Cette nostalgie si mystérieuse à la fois et si réelle, ouvrait en moi des blessures, de larges blessures.</em>

<em>Depuis ma jeunesse, mon angoisse première, la source de toutes mes joies et de toutes mes amertumes, a été celle-ci : la lutte incessante et impitoyable entre la chair et l’esprit.</em>

<em>En moi-même les forces ténébreuses du Malin, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme; en moi-même les forces lumineuses de Dieu, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme.  Et mon âme était le champ de bataille où s’affrontaient ces deux armées. »</em>

<img class="alignleft size-full wp-image-1751" title="tentation_livre" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/tentation_livre.jpg" width="240" height="240" />• Auteur : Nikos Kazantzakis
• Titre : La dernière tentation du Christ
• Éditeur : Presses Pocket (1 novembre 1988)
• Collection : Pocket
• Langue : Français
• ISBN-10: 2266026445
• ISBN-13: 978-2266026444]]></content:encoded>
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