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	<title>PhiloTR &#187; Départs à la retraite</title>
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	<description>Département de philosophie Cégep de Trois-Rivières</description>
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		<title>Discours de départ à la retraite de Michel Guertin</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-de-depart-a-la-retraite-de-michel-guertin/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-de-depart-a-la-retraite-de-michel-guertin/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 May 2012 00:58:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Guertin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Départs à la retraite]]></category>
		<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Guertin]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="281" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/25-mai-2012-Département-au-Moulin-Seigneurial-de-Pointe-du-Lac.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="25 mai 2012 Département au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac" /></p><div>

<small><em>NDLR : Le printemps 2012 marque le départ à la retraite de trois précieux collègues et amis : <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-de-roger-toupin/">Roger Toupin</a>, Michel Guertin et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-d-andre-boyer/">André Boyer</a>.  Avec les autorisations nécessaires, nous reproduisons dans la section « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/departs-a-la-retraite/">Départs à la retraite</a> » de PhiloTR les textes de quelques-uns des discours prononcés lors de la soirée du 25 mai 2012 au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac.  Ci-après, le discours de départ à la retraite de notre collègue et ami Michel Guertin.</em></small>

<hr />

<em> </em>

</div>
<p align="center"><strong>Retraite</strong></p>
<p align="center"><strong>Michel Guertin</strong></p>
Ami(e)s, collègues avec qui j’ai réalisé l’un des parcours les plus significatifs de mon existence, je vous remercie de votre constante sollicitude. Si j’ai pu m’accomplir et être heureux dans un travail que j’ai aimé faire et cela jusqu’à la fin, c’est grâce à la qualité des personnes que j’ai côtoyées depuis le tout début de ma carrière jusqu’à maintenant.

On dit que les trois grandes époques de l’humanité sont l’âge de pierre, l’âge de bronze et <span style="text-decoration: underline;">l’âge de la retraite</span>. Par extension et sans prétention de ma part, j’appliquerai cette métaphore à ma carrière d’enseignant. Dans mon cas, l’âge de pierre a commencé en 1977 (première période de mon humanité professionnelle) c’était l’époque des grands débats philosophiques et idéologiques qui se déroulaient à la salle commune des professeurs de philosophie. Marxisme, écologisme, féminisme, tous les grands enjeux de l’époque rivalisaient à haute voix en ne laissant personne indifférent. Notre enseignement était alors animé par le désir de transmettre les savoirs philosophiques. La pédagogie alors, n’avait qu’à suivre le destin des discours philosophiques.

L’âge de bronze s’est installé graduellement à partir de la réforme collégiale, soit vers 1994. Les grands débats philosophiques se sont estompés, peu à peu, laissant place au nouveau régime ministériel. Les cours de philosophie ont alors pris une tangente beaucoup plus institutionnelle. La question de savoir quelles philosophies enseigne-t-on a été remplacée par la question comment enseigne-t-on la philosophie. Les grandes discussions au département prirent une saveur éminemment pédagogique.

L’âge de la retraite s’est installé subrepticement. Mes premiers compagnons de route commencèrent à quitter. À travers eux, je réalisais peu à peu le destin implacable du temps. En effet, chaque départ me rapprochait du mien. Ce soir, la réalité me rattrape.

Ce qui a été très significatif dans mon enseignement outre le fait d’avoir côtoyé des personnes qui m’ont apporté beaucoup, c’est le fait d’exercer une profession qui n’est pas banale; qui, par le renouvellement incessant des étudiants, d’une session à l’autre, nous empêche de nous réfugier dans de petits conforts rassurants, répétitifs que nous retrouvons dans d’autres types d’emploi. Cette sereine insécurité nous oblige à redéfinir nos attitudes pédagogiques, à nous adapter constamment à des situations nouvelles. Cette liberté que j’aie eue dans l’exercice de mon travail a été l’un des aspects les plus intéressants et m’a permis de le faire de façon créative.

Enseigner, c’est en quelque sorte être constamment sur une corde raide où l’on doit trouver un juste équilibre entre la séduction et la répression, entre la complaisance et une rigueur dénuée de toute humanité. Cette tension qui s’exerce continuellement dans nos rapports avec les étudiants n’est pas facile à vivre. Mais, il faut l’assumer dans un contexte où l’étudiant est devenu un client et le mot réussir nous invite, de façon saugrenue, à faire passer nos étudiants. Il est difficile d’éviter la complaisance institutionnellement encouragée.

Il y a quelque chose d’extraordinaire que j’ai réalisée, et cela, plus particulièrement au cours des deux dernières années. Je crois qu’il faut s’approcher de la retraite pour s’en rendre compte. Ce sont les liens particuliers, que nous, professeurs de philosophie du département, avons tissés ensemble. En effet, malgré nos différences (de personnalité ou idéologique) nous nous sommes construits une identité commune. Je ne sais si c’est le caractère marginal de la philosophie dans la société, la constante remise en question des cours de philosophie (que j’ai vécue au cours de mes vingt premières années d’enseignement) ou celui de pédagogue qui doit enseigner une matière obligatoire à des jeunes dont l’esprit est souvent tourné vers autre chose, mais ces éléments, me semble-t-il, constituent la toile de fond de ce que nous sommes. Cette toile de fond qui nous relie les uns aux autres nous conduit non seulement à avoir un regard empathique les uns vis-à-vis les autres, mais à un profond respect mutuel.

Faire connaître les grands penseurs qui nous ont menés jusqu’au monde actuel nous conduit à nous confronter à toutes sortes d’attitudes de la part des étudiants. Mais malheureusement, la reconnaissance n’est pas toujours au rendez-vous. C’est donc avec une inquiétude constante que chacun d’entre nous, dans sa classe respective, entreprend (ou a entrepris – pour ceux et celles qui sont à la retraite- ) de faire voyager ses étudiants à travers le monde des idées. Si l’inquiétude est l’une des attitudes fondamentales du philosophe, elle s’amplifie nécessairement avec l’inquiétude du pédagogue que nous sommes.

Pour toutes ces raisons, dans le regard que je porterai sur vous, jeunes et moins jeunes collègues du département, je ne pourrai m’empêcher, à l’aube d’une nouvelle session, de ressentir ce qui me rattache à vous. Ce que vous êtes dans votre vie personnelle, vous appartient, mais comme prof. de philo. , je suis résolument et profondément lié à ce que vous êtes dans votre vie professionnelle et à votre responsabilité sociale. Ce lien de solidarité je l’emporte avec moi et il est indélébile. Sans doute qu’à certains moments de ma retraite, en sirotant un café, je ne pourrai faire autrement que de regarder ma montre et de vous imaginer en train d’enseigner.

Je terminerai en vous citant une phrase de Confucius sur laquelle j’ai réfléchi ces derniers temps et qui m’a encouragé à accepter ma retraite : « On a deux vies; et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a une ».

&nbsp;
<p style="text-align: right;"><em>Michel Guertin</em></p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="281" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/25-mai-2012-Département-au-Moulin-Seigneurial-de-Pointe-du-Lac.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="25 mai 2012 Département au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac" /></p><div>

<small><em>NDLR : Le printemps 2012 marque le départ à la retraite de trois précieux collègues et amis : <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-de-roger-toupin/">Roger Toupin</a>, Michel Guertin et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-d-andre-boyer/">André Boyer</a>.  Avec les autorisations nécessaires, nous reproduisons dans la section « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/departs-a-la-retraite/">Départs à la retraite</a> » de PhiloTR les textes de quelques-uns des discours prononcés lors de la soirée du 25 mai 2012 au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac.  Ci-après, le discours de départ à la retraite de notre collègue et ami Michel Guertin.</em></small>

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<p align="center"><strong>Retraite</strong></p>
<p align="center"><strong>Michel Guertin</strong></p>
Ami(e)s, collègues avec qui j’ai réalisé l’un des parcours les plus significatifs de mon existence, je vous remercie de votre constante sollicitude. Si j’ai pu m’accomplir et être heureux dans un travail que j’ai aimé faire et cela jusqu’à la fin, c’est grâce à la qualité des personnes que j’ai côtoyées depuis le tout début de ma carrière jusqu’à maintenant.

On dit que les trois grandes époques de l’humanité sont l’âge de pierre, l’âge de bronze et <span style="text-decoration: underline;">l’âge de la retraite</span>. Par extension et sans prétention de ma part, j’appliquerai cette métaphore à ma carrière d’enseignant. Dans mon cas, l’âge de pierre a commencé en 1977 (première période de mon humanité professionnelle) c’était l’époque des grands débats philosophiques et idéologiques qui se déroulaient à la salle commune des professeurs de philosophie. Marxisme, écologisme, féminisme, tous les grands enjeux de l’époque rivalisaient à haute voix en ne laissant personne indifférent. Notre enseignement était alors animé par le désir de transmettre les savoirs philosophiques. La pédagogie alors, n’avait qu’à suivre le destin des discours philosophiques.

L’âge de bronze s’est installé graduellement à partir de la réforme collégiale, soit vers 1994. Les grands débats philosophiques se sont estompés, peu à peu, laissant place au nouveau régime ministériel. Les cours de philosophie ont alors pris une tangente beaucoup plus institutionnelle. La question de savoir quelles philosophies enseigne-t-on a été remplacée par la question comment enseigne-t-on la philosophie. Les grandes discussions au département prirent une saveur éminemment pédagogique.

L’âge de la retraite s’est installé subrepticement. Mes premiers compagnons de route commencèrent à quitter. À travers eux, je réalisais peu à peu le destin implacable du temps. En effet, chaque départ me rapprochait du mien. Ce soir, la réalité me rattrape.

Ce qui a été très significatif dans mon enseignement outre le fait d’avoir côtoyé des personnes qui m’ont apporté beaucoup, c’est le fait d’exercer une profession qui n’est pas banale; qui, par le renouvellement incessant des étudiants, d’une session à l’autre, nous empêche de nous réfugier dans de petits conforts rassurants, répétitifs que nous retrouvons dans d’autres types d’emploi. Cette sereine insécurité nous oblige à redéfinir nos attitudes pédagogiques, à nous adapter constamment à des situations nouvelles. Cette liberté que j’aie eue dans l’exercice de mon travail a été l’un des aspects les plus intéressants et m’a permis de le faire de façon créative.

Enseigner, c’est en quelque sorte être constamment sur une corde raide où l’on doit trouver un juste équilibre entre la séduction et la répression, entre la complaisance et une rigueur dénuée de toute humanité. Cette tension qui s’exerce continuellement dans nos rapports avec les étudiants n’est pas facile à vivre. Mais, il faut l’assumer dans un contexte où l’étudiant est devenu un client et le mot réussir nous invite, de façon saugrenue, à faire passer nos étudiants. Il est difficile d’éviter la complaisance institutionnellement encouragée.

Il y a quelque chose d’extraordinaire que j’ai réalisée, et cela, plus particulièrement au cours des deux dernières années. Je crois qu’il faut s’approcher de la retraite pour s’en rendre compte. Ce sont les liens particuliers, que nous, professeurs de philosophie du département, avons tissés ensemble. En effet, malgré nos différences (de personnalité ou idéologique) nous nous sommes construits une identité commune. Je ne sais si c’est le caractère marginal de la philosophie dans la société, la constante remise en question des cours de philosophie (que j’ai vécue au cours de mes vingt premières années d’enseignement) ou celui de pédagogue qui doit enseigner une matière obligatoire à des jeunes dont l’esprit est souvent tourné vers autre chose, mais ces éléments, me semble-t-il, constituent la toile de fond de ce que nous sommes. Cette toile de fond qui nous relie les uns aux autres nous conduit non seulement à avoir un regard empathique les uns vis-à-vis les autres, mais à un profond respect mutuel.

Faire connaître les grands penseurs qui nous ont menés jusqu’au monde actuel nous conduit à nous confronter à toutes sortes d’attitudes de la part des étudiants. Mais malheureusement, la reconnaissance n’est pas toujours au rendez-vous. C’est donc avec une inquiétude constante que chacun d’entre nous, dans sa classe respective, entreprend (ou a entrepris – pour ceux et celles qui sont à la retraite- ) de faire voyager ses étudiants à travers le monde des idées. Si l’inquiétude est l’une des attitudes fondamentales du philosophe, elle s’amplifie nécessairement avec l’inquiétude du pédagogue que nous sommes.

Pour toutes ces raisons, dans le regard que je porterai sur vous, jeunes et moins jeunes collègues du département, je ne pourrai m’empêcher, à l’aube d’une nouvelle session, de ressentir ce qui me rattache à vous. Ce que vous êtes dans votre vie personnelle, vous appartient, mais comme prof. de philo. , je suis résolument et profondément lié à ce que vous êtes dans votre vie professionnelle et à votre responsabilité sociale. Ce lien de solidarité je l’emporte avec moi et il est indélébile. Sans doute qu’à certains moments de ma retraite, en sirotant un café, je ne pourrai faire autrement que de regarder ma montre et de vous imaginer en train d’enseigner.

Je terminerai en vous citant une phrase de Confucius sur laquelle j’ai réfléchi ces derniers temps et qui m’a encouragé à accepter ma retraite : « On a deux vies; et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a une ».

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<p style="text-align: right;"><em>Michel Guertin</em></p>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Discours pour le départ à la retraite d’André Boyer</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-d-andre-boyer/</link>
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		<pubDate>Mon, 28 May 2012 23:10:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Départs à la retraite]]></category>
		<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[André Boyer]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="159" height="300" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/André-Boyer-159x300.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="André Boyer" /></p><div>

<small><em>NDLR : Le printemps 2012 marque le départ à la retraite de trois précieux collègues et amis : <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-de-roger-toupin/">Roger Toupin</a>, <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-de-depart-a-la-retraite-de-michel-guertin/">Michel Guertin</a> et André Boyer.  Avec les autorisations nécessaires, nous reproduisons dans la section « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/departs-a-la-retraite/">Départs à la retraite</a> » de PhiloTR les textes de quelques-uns des discours prononcés lors de la soirée du 25 mai 2012 au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac.</em></small>

<hr />

<em> </em><strong> </strong>

</div>
<p align="center"><strong>Discours pour le départ à la retraite d’André Boyer</strong></p>
&nbsp;

Cher André,

&nbsp;

Tu incarnes pour moi l’esprit même des Cégeps.

Souhaitant aller au-delà des cloisonnements tant disciplinaires que des classes sociales et de l’esprit, tu as maintenu la même ouverture <em>et </em>la même exigence avec tous les étudiants – sans complaisance, mais tout en cherchant à leur être utile – au sens noble du terme – en les aidant à déplier leurs pensées.

&nbsp;

Assurément, le Cégep est devenu un milieu de vie pour toi.  Ce qui rejoignait sans doute certains éléments de ton vécu, considérant que tu as déjà habité une commune.

&nbsp;

Arrivant souvent au Cégep à 7h du matin (en vélo), tu étais en classe bien avant le début de tous tes cours pour accueillir chacun de tes étudiants à leur entrée en classe.  Et manifestement, tu tenais à faire de l’apprentissage une affaire commune – pour ne pas dire de communauté.  Pour favoriser les échanges, à tous tes cours tu reprenais cette tâche – tel Sisyphe – de réaménager les bureaux à ta manière, en les regroupant (plutôt que de les laisser « en rang ») pour établir des communautés de recherche en classe.  Tu prenais aussi le temps de découper maints journaux pour renouveler chaque semaine les babillards de philosophie, que tu alimentais généreusement.

&nbsp;

Si tu as vécu une partie de ta vie au Cégep au bénéfice des étudiants André, je crois pouvoir dire qu'ils te l’ont bien rendu.  Et si j’imagine qu’au début de ta carrière c’était probablement plus dans les fusils que l’on avait tendance à déposer des fleurs, c’est quand même notable que la semaine dernière une étudiante t’ait apporté une fleur dans un gobelet de café.

&nbsp;

Tes qualités de pédagogue y sont pour beaucoup dans l’intérêt que les étudiants se sont découvert pour la philosophie dans tes cours.  Mais plus que les théories pédagogiques, c’est sans doute ta sensibilité et ton vécu qui t’ont amené à comprendre qu’une vie n’est jamais une théorie.  Et qui t’ont amené à établir des ponts entre vie et théorie dans tes cours.  Mais parmi tes influences, il y a sans doute aussi ce moment fort dont tu nous as souvent parlé : lorsque jeune prof tu es arrivé au Cégep de Lévis-Lauzon et qu’au bout de la table il y avait un « vieux » prof fumant sa pipe qui vous a dit qu’au prochain cours, vous deviez montrer aux étudiants les règles de la logique aristotélicienne du syllogisme, mais sans leur enseigner ces règles – en leur faisant <em>découvrir</em>.

&nbsp;

Tu ne cherchais pas à définir ton identité professionnelle comme celle d’un philosophe : ton identité professionnelle, c’était celle pleinement assumée d’un professeur de philosophie – ou peut-être plus largement, d’un éducateur.  Ce qui est cohérent avec ton souci constant pour la pédagogie.  Et à ce titre, tu as beaucoup apporté au département.  Je pense par exemple au projet d’aide à la réussite que tu as pensé et mis sur pied avec Yves Bastarache : le <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/hj3/">HJ3</a>.  Les étudiants les plus faibles du Cégep, ceux en qui bien peu de gens croyaient, vous avez fait le pari de croire en eux en risquant de sortir de votre zone de confort.  Au programme, il y avait des séances de <em>Team Teaching</em> à quatre profs dans l’amphithéâtre du pavillon des Sciences les vendredis matin, un site Web avec des forums où se déroulait une « Lutte des classes » (ah oui, l’humour n’était jamais absent non plus, malgré toute la rigueur déployée par ailleurs !) et une compétition de type « Génies en philo » qui fut vraiment très appréciée des étudiants...

&nbsp;

Si en classe tu faisais de l’apprentissage une affaire de communauté, il en était de même dans tes relations avec les collègues.  Je crois d’ailleurs que nombreux sont ceux, ici, qui peuvent dire à quel point tu as participé tant à leur insertion qu’à leur développement professionnel.  Généreux de ton temps, tu l’étais autant avec les étudiants qu’avec les collègues.  D’ailleurs, c’est avec la même chaleur que tu échangeais autant avec les étudiants et profs des diverses disciplines (des Humanités et des Techniques), qu’avec les employés de soutien – ce qui t’honore !

&nbsp;

André, on a souvent parlé de la porosité entre l’identité personnelle et l’identité professionnelle.  Les deux sont intimement liés en toi.  Je sais qu’à l’approche de la retraite, tu t’es questionné sur ton identité, sur la question du deuil de l’identité professionnelle.  Mais l’éducation comme l’apprentissage ne sont pas confinés aux murs de l’école, et c’est pourquoi il n’y a pas de doute pour moi « qu’hors des murs », tu continueras à ta manière à transmettre ton goût pour l’éducation.  Et à être un prof de philosophie à ta manière, surtout si l’on considère que la philosophie est un art de vivre – et si, en plus, on considère que l’on enseigne souvent par l’exemple, c’est-à-dire par ce que l’on est, ce que l’on fait, ce que l’on incarne.

&nbsp;

Merci d’être ce que tu es !

Bonne continuité, cher André !

&nbsp;
<p style="text-align: right;"><em>Patrice Létourneau</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Coordonnateur du Département de philosophie</em></p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="159" height="300" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/André-Boyer-159x300.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="André Boyer" /></p><div>

<small><em>NDLR : Le printemps 2012 marque le départ à la retraite de trois précieux collègues et amis : <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-de-roger-toupin/">Roger Toupin</a>, <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-de-depart-a-la-retraite-de-michel-guertin/">Michel Guertin</a> et André Boyer.  Avec les autorisations nécessaires, nous reproduisons dans la section « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/departs-a-la-retraite/">Départs à la retraite</a> » de PhiloTR les textes de quelques-uns des discours prononcés lors de la soirée du 25 mai 2012 au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac.</em></small>

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</div>
<p align="center"><strong>Discours pour le départ à la retraite d’André Boyer</strong></p>
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Cher André,

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Tu incarnes pour moi l’esprit même des Cégeps.

Souhaitant aller au-delà des cloisonnements tant disciplinaires que des classes sociales et de l’esprit, tu as maintenu la même ouverture <em>et </em>la même exigence avec tous les étudiants – sans complaisance, mais tout en cherchant à leur être utile – au sens noble du terme – en les aidant à déplier leurs pensées.

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Assurément, le Cégep est devenu un milieu de vie pour toi.  Ce qui rejoignait sans doute certains éléments de ton vécu, considérant que tu as déjà habité une commune.

&nbsp;

Arrivant souvent au Cégep à 7h du matin (en vélo), tu étais en classe bien avant le début de tous tes cours pour accueillir chacun de tes étudiants à leur entrée en classe.  Et manifestement, tu tenais à faire de l’apprentissage une affaire commune – pour ne pas dire de communauté.  Pour favoriser les échanges, à tous tes cours tu reprenais cette tâche – tel Sisyphe – de réaménager les bureaux à ta manière, en les regroupant (plutôt que de les laisser « en rang ») pour établir des communautés de recherche en classe.  Tu prenais aussi le temps de découper maints journaux pour renouveler chaque semaine les babillards de philosophie, que tu alimentais généreusement.

&nbsp;

Si tu as vécu une partie de ta vie au Cégep au bénéfice des étudiants André, je crois pouvoir dire qu'ils te l’ont bien rendu.  Et si j’imagine qu’au début de ta carrière c’était probablement plus dans les fusils que l’on avait tendance à déposer des fleurs, c’est quand même notable que la semaine dernière une étudiante t’ait apporté une fleur dans un gobelet de café.

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Tes qualités de pédagogue y sont pour beaucoup dans l’intérêt que les étudiants se sont découvert pour la philosophie dans tes cours.  Mais plus que les théories pédagogiques, c’est sans doute ta sensibilité et ton vécu qui t’ont amené à comprendre qu’une vie n’est jamais une théorie.  Et qui t’ont amené à établir des ponts entre vie et théorie dans tes cours.  Mais parmi tes influences, il y a sans doute aussi ce moment fort dont tu nous as souvent parlé : lorsque jeune prof tu es arrivé au Cégep de Lévis-Lauzon et qu’au bout de la table il y avait un « vieux » prof fumant sa pipe qui vous a dit qu’au prochain cours, vous deviez montrer aux étudiants les règles de la logique aristotélicienne du syllogisme, mais sans leur enseigner ces règles – en leur faisant <em>découvrir</em>.

&nbsp;

Tu ne cherchais pas à définir ton identité professionnelle comme celle d’un philosophe : ton identité professionnelle, c’était celle pleinement assumée d’un professeur de philosophie – ou peut-être plus largement, d’un éducateur.  Ce qui est cohérent avec ton souci constant pour la pédagogie.  Et à ce titre, tu as beaucoup apporté au département.  Je pense par exemple au projet d’aide à la réussite que tu as pensé et mis sur pied avec Yves Bastarache : le <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/hj3/">HJ3</a>.  Les étudiants les plus faibles du Cégep, ceux en qui bien peu de gens croyaient, vous avez fait le pari de croire en eux en risquant de sortir de votre zone de confort.  Au programme, il y avait des séances de <em>Team Teaching</em> à quatre profs dans l’amphithéâtre du pavillon des Sciences les vendredis matin, un site Web avec des forums où se déroulait une « Lutte des classes » (ah oui, l’humour n’était jamais absent non plus, malgré toute la rigueur déployée par ailleurs !) et une compétition de type « Génies en philo » qui fut vraiment très appréciée des étudiants...

&nbsp;

Si en classe tu faisais de l’apprentissage une affaire de communauté, il en était de même dans tes relations avec les collègues.  Je crois d’ailleurs que nombreux sont ceux, ici, qui peuvent dire à quel point tu as participé tant à leur insertion qu’à leur développement professionnel.  Généreux de ton temps, tu l’étais autant avec les étudiants qu’avec les collègues.  D’ailleurs, c’est avec la même chaleur que tu échangeais autant avec les étudiants et profs des diverses disciplines (des Humanités et des Techniques), qu’avec les employés de soutien – ce qui t’honore !

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André, on a souvent parlé de la porosité entre l’identité personnelle et l’identité professionnelle.  Les deux sont intimement liés en toi.  Je sais qu’à l’approche de la retraite, tu t’es questionné sur ton identité, sur la question du deuil de l’identité professionnelle.  Mais l’éducation comme l’apprentissage ne sont pas confinés aux murs de l’école, et c’est pourquoi il n’y a pas de doute pour moi « qu’hors des murs », tu continueras à ta manière à transmettre ton goût pour l’éducation.  Et à être un prof de philosophie à ta manière, surtout si l’on considère que la philosophie est un art de vivre – et si, en plus, on considère que l’on enseigne souvent par l’exemple, c’est-à-dire par ce que l’on est, ce que l’on fait, ce que l’on incarne.

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Merci d’être ce que tu es !

Bonne continuité, cher André !

&nbsp;
<p style="text-align: right;"><em>Patrice Létourneau</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Coordonnateur du Département de philosophie</em></p>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Discours pour le départ à la retraite de Roger Toupin</title>
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		<pubDate>Mon, 28 May 2012 22:35:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Départs à la retraite]]></category>
		<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[Roger Toupin]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="109" height="188" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Roger-Toupin.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Roger Toupin" /></p><div>

<small><em>NDLR : Le printemps 2012 marque le départ à la retraite de trois précieux collègues et amis : Roger Toupin, <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-de-depart-a-la-retraite-de-michel-guertin/">Michel Guertin</a> et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-d-andre-boyer/">André Boyer</a>.  Avec les autorisations nécessaires, nous reproduisons dans la section « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/departs-a-la-retraite/">Départs à la retraite</a> » de PhiloTR les textes de quelques-uns des discours prononcés lors de la soirée du 25 mai 2012 au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac.</em></small>

<hr />

<em> </em><strong> </strong>

</div>
<p align="center"><strong>Discours pour le départ à la retraite de Roger Toupin</strong></p>
Cher Roger,

&nbsp;

C’est un moment unique – et je dirais doublement unique : d’abord parce qu’une prise de retraite l’est, évidemment – et c’est un grand moment pour toi et Thérèse –, mais aussi parce que dans les prochaines minutes, tu ne pourras presque pas parler.

&nbsp;

Sérieusement Roger, ça va être vraiment très étrange d’arriver au département à l’automne prochain sans que tu sois là à arpenter le corridor en nous parlant de Kant, d’Hubert Reeves et d’André Comte-Sponville.  D’autant que par-delà ton plaisir à partager tes réflexions – et parfois à penser à voix haute –, je crois que tous conviendront avec moi que ça témoignait de quelque chose d’admirable en toi : malgré toute une carrière à enseigner et tout le plaisir que tu avais à parler d’enseignement et de pédagogie (ou du DVD du <em>Monde de Sophie</em>), tu n’as jamais perdu le goût de la recherche – et du partage de cette recherche constante.

&nbsp;

Même si tes fonctions – et l’institution – ne l’exigeaient pas, tu as décidé d’entreprendre avec courage des études de doctorat il y a de ça quelques années.  Je sais que tu l’as entrepris d’abord et avant tout par goût, mais considérant la structure académique parfois contraignante pour un électron libre, je tiens à souligner ton énergie.  D’ailleurs, si certains d’entre nous ont été surpris par l’annonce de ton départ à la retraite, c’est en partie dû à cette énergie qui te place presque dans une catégorie sans âge – d’ailleurs, rassure-moi, tu n’as pas signé un contrat avec Faust, j’espère...  Non, j’ai dit que tu avais l’air sans âge, mais outre la biologie – tu es matérialiste, après tout ! –, le secret de ta jeunesse ne tient sans doute pas à un pacte avec Faust, mais parce que tu as su vivre constamment le moment présent, pour reprendre une idée d’André Comte-Sponville, que tu aimes bien.

&nbsp;

Je ne sais pas si beaucoup le savent, mais on m’a soufflé à l’oreille que tu as été l’un des premiers au Cégep à t’approprier le Web à des fins pédagogiques – et à bâtir des sites Web, à l’époque où il fallait bidouiller avec le code HTML ou passer par Dreamweaver.

&nbsp;

Tu as aussi toujours été proche des jeunes.  Et ici, je pense non seulement à nos étudiants, mais aussi aux tout-petits de la garderie de Thérèse dont tu as contribué à nourrir l’imaginaire, ainsi qu’aux scouts...  Parce que oui, Roger s’est aussi beaucoup impliqué avec les scouts.  Quand je suis arrivé au Cégep en 2005, l’automne a été ponctué d’une grève.  Et je me souviens d’une journée de piquetage en décembre, où Roger avait sa tuque enfoncée sur les oreilles, plusieurs tours de foulard, un chaud manteau, de grandes bottes sibériennes…  Et qu’il nous avait dit que c’était le genre de trucs qu’il portait lorsqu’il faisait des Jamborees d’hiver avec les jeunes.  Je ne sais pas si ça vient de ta position résolument matérialiste Roger, mais en tout cas tu t’es manifestement soucié des conditions matérielles où se développent des apprentissages, à tout âge.

&nbsp;

Il faut dire que tu n’as pas de difficulté non plus à nouer des relations.  Et tu es certainement du nombre des personnes qui ont fait du département un lieu convivial, amical.  En fait, à voir ta spontanéité on avait rapidement l’impression d’être en famille.  À ce sujet, je vais évoquer qu’un seul exemple qui sera suffisant je crois, pour bien illustrer ça – attention aux images mentales que ça pourrait éveiller en vous !  Imaginez : vous allez dîner à la salle des profs, et il y a là Roger.  Qui mange un spaghetti concocté avec amour par Thérèse, tout en étant revêtu d’un tablier qui le protège des éclaboussures de sauce.  Et qui vous parle d’André Comte-Sponville, du moment présent, de la fois où il a achevé un brochet à coups de marteau, qui fait quelques jeux de mots dont lui seul a le secret, ou encore qui vous parle du début de sa carrière, c’est-à-dire lorsqu’il enseignait au Cégep de la Gaspésie et des Îles et qu’il se rendait donner ses cours aux Îles de la Madelaine dans un petit avion de brousse vacillant – dont une fois où l’avion avait dû rebrousser chemin.  Après ça, comment ne pas se sentir comme si vous étiez en famille ?  Comment croire en une vision légaliste de nos tâches, alors que la convivialité a bien meilleur goût ?

&nbsp;

Si je me suis ici permis de t’agacer un peu cher Roger, c’est qu’on agace ceux qu’on aime.  Et il est impossible de ne pas aimer cet homme jovial, qui n’a que des bons mots pour tous (tu en dis des choses Roger, mais je ne t’ai <em>jamais</em> entendu dire le moindre mal de qui que ce soit !) et qui est <em>perpétuellement</em> de bonne humeur – perpétuellement, comme le moment présent !

&nbsp;

Bonne retraite et bonne continuité dans ton art de vivre Roger !

&nbsp;

&nbsp;
<p style="text-align: right;"><em>Patrice Létourneau</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Coordonnateur du Département de philosophie </em></p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="109" height="188" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Roger-Toupin.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Roger Toupin" /></p><div>

<small><em>NDLR : Le printemps 2012 marque le départ à la retraite de trois précieux collègues et amis : Roger Toupin, <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-de-depart-a-la-retraite-de-michel-guertin/">Michel Guertin</a> et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2012/05/discours-pour-le-depart-a-la-retraite-d-andre-boyer/">André Boyer</a>.  Avec les autorisations nécessaires, nous reproduisons dans la section « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/departs-a-la-retraite/">Départs à la retraite</a> » de PhiloTR les textes de quelques-uns des discours prononcés lors de la soirée du 25 mai 2012 au Moulin Seigneurial de Pointe-du-Lac.</em></small>

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<p align="center"><strong>Discours pour le départ à la retraite de Roger Toupin</strong></p>
Cher Roger,

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C’est un moment unique – et je dirais doublement unique : d’abord parce qu’une prise de retraite l’est, évidemment – et c’est un grand moment pour toi et Thérèse –, mais aussi parce que dans les prochaines minutes, tu ne pourras presque pas parler.

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Sérieusement Roger, ça va être vraiment très étrange d’arriver au département à l’automne prochain sans que tu sois là à arpenter le corridor en nous parlant de Kant, d’Hubert Reeves et d’André Comte-Sponville.  D’autant que par-delà ton plaisir à partager tes réflexions – et parfois à penser à voix haute –, je crois que tous conviendront avec moi que ça témoignait de quelque chose d’admirable en toi : malgré toute une carrière à enseigner et tout le plaisir que tu avais à parler d’enseignement et de pédagogie (ou du DVD du <em>Monde de Sophie</em>), tu n’as jamais perdu le goût de la recherche – et du partage de cette recherche constante.

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Même si tes fonctions – et l’institution – ne l’exigeaient pas, tu as décidé d’entreprendre avec courage des études de doctorat il y a de ça quelques années.  Je sais que tu l’as entrepris d’abord et avant tout par goût, mais considérant la structure académique parfois contraignante pour un électron libre, je tiens à souligner ton énergie.  D’ailleurs, si certains d’entre nous ont été surpris par l’annonce de ton départ à la retraite, c’est en partie dû à cette énergie qui te place presque dans une catégorie sans âge – d’ailleurs, rassure-moi, tu n’as pas signé un contrat avec Faust, j’espère...  Non, j’ai dit que tu avais l’air sans âge, mais outre la biologie – tu es matérialiste, après tout ! –, le secret de ta jeunesse ne tient sans doute pas à un pacte avec Faust, mais parce que tu as su vivre constamment le moment présent, pour reprendre une idée d’André Comte-Sponville, que tu aimes bien.

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Je ne sais pas si beaucoup le savent, mais on m’a soufflé à l’oreille que tu as été l’un des premiers au Cégep à t’approprier le Web à des fins pédagogiques – et à bâtir des sites Web, à l’époque où il fallait bidouiller avec le code HTML ou passer par Dreamweaver.

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Tu as aussi toujours été proche des jeunes.  Et ici, je pense non seulement à nos étudiants, mais aussi aux tout-petits de la garderie de Thérèse dont tu as contribué à nourrir l’imaginaire, ainsi qu’aux scouts...  Parce que oui, Roger s’est aussi beaucoup impliqué avec les scouts.  Quand je suis arrivé au Cégep en 2005, l’automne a été ponctué d’une grève.  Et je me souviens d’une journée de piquetage en décembre, où Roger avait sa tuque enfoncée sur les oreilles, plusieurs tours de foulard, un chaud manteau, de grandes bottes sibériennes…  Et qu’il nous avait dit que c’était le genre de trucs qu’il portait lorsqu’il faisait des Jamborees d’hiver avec les jeunes.  Je ne sais pas si ça vient de ta position résolument matérialiste Roger, mais en tout cas tu t’es manifestement soucié des conditions matérielles où se développent des apprentissages, à tout âge.

&nbsp;

Il faut dire que tu n’as pas de difficulté non plus à nouer des relations.  Et tu es certainement du nombre des personnes qui ont fait du département un lieu convivial, amical.  En fait, à voir ta spontanéité on avait rapidement l’impression d’être en famille.  À ce sujet, je vais évoquer qu’un seul exemple qui sera suffisant je crois, pour bien illustrer ça – attention aux images mentales que ça pourrait éveiller en vous !  Imaginez : vous allez dîner à la salle des profs, et il y a là Roger.  Qui mange un spaghetti concocté avec amour par Thérèse, tout en étant revêtu d’un tablier qui le protège des éclaboussures de sauce.  Et qui vous parle d’André Comte-Sponville, du moment présent, de la fois où il a achevé un brochet à coups de marteau, qui fait quelques jeux de mots dont lui seul a le secret, ou encore qui vous parle du début de sa carrière, c’est-à-dire lorsqu’il enseignait au Cégep de la Gaspésie et des Îles et qu’il se rendait donner ses cours aux Îles de la Madelaine dans un petit avion de brousse vacillant – dont une fois où l’avion avait dû rebrousser chemin.  Après ça, comment ne pas se sentir comme si vous étiez en famille ?  Comment croire en une vision légaliste de nos tâches, alors que la convivialité a bien meilleur goût ?

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Si je me suis ici permis de t’agacer un peu cher Roger, c’est qu’on agace ceux qu’on aime.  Et il est impossible de ne pas aimer cet homme jovial, qui n’a que des bons mots pour tous (tu en dis des choses Roger, mais je ne t’ai <em>jamais</em> entendu dire le moindre mal de qui que ce soit !) et qui est <em>perpétuellement</em> de bonne humeur – perpétuellement, comme le moment présent !

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Bonne retraite et bonne continuité dans ton art de vivre Roger !

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<p style="text-align: right;"><em>Patrice Létourneau</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Coordonnateur du Département de philosophie </em></p>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Salut Clément!</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2005/05/salut-clement/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2005/05/salut-clement/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 14 May 2005 04:20:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Bastarache</dc:creator>
				<category><![CDATA[Départs à la retraite]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://philosophie.cegeptr.qc.ca/?p=519</guid>
		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="100" height="115" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/clement.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Clément Chrétien" /></p><strong>À</strong> la fin de la présente session l'une des grandes et nobles figures de notre département nous quittera.  Clément Chrétien laissera derrière lui un vide que nous ne pourrons pas combler.  Il est de ces personnes dont le passage laisse couleur et atmosphère.  Homme de culture et de coeur, notre Clément ne peut être résumé: l'extraordinaire richesse et complexité de sa personne résiste à toutes les étiquettes.

Je dirai tout de même qu'il a incarné chez nous un subtil mélange de Voltaire et de Diogène. Iconoclaste impénitent, il ne reconnaissait aucune autorité si ce n'est celle de la franchise et de l'authenticité.  Nombreux sont ceux qui ont eu à faire les frais de sa plume bien aiguisée. Clément est un vrai philosophe dont l'espèce se fait de plus en plus rare: dérangeant, alerte, incontournable et ... inconfortable!  Avec lui, les idées reçues, même sur les sujets les plus graves, passent au crible d'une critique sur laquelle le conformisme n'a aucune prise. En ce sens, il fut pour nous un veilleur d'homme.

Celui qui aura passé 39 années de sa vie à éduquer la jeunesse prendra bientôt le chemin de la retraite.  Mais que peut bien vouloir dire la retraite pour un tel homme?  Clément "n'avait" pas un travail... il "était" son travail.  Il sera toujours professeur, critique, amoureux de la vérité, à jamais philosophe. Adieux , monsieur le professeur.

Salut Clément!

<hr />

<ul>
	<li>Jean -Marie Debays, l'un de nos ex-collègues et bon ami de Clément nous livre, dans un texte d'une grande beauté, quelques morceaux de sa "fréquentation" de Clément.  Il s'agit, au sens fort, d'un témoignage. Il permet de voir un peu plus clair dans les profondeurs de cette belle personnalité. (Je reproduis ici le texte <em>in extenso</em> avec la permission de Jean-Marie)</li>
</ul>
<span id="more-519"></span>
Cher Clément,
Monsieur le coordonnateur,
Chers (ères) amis, (es)
Chère Marie-Claire,

Même si je connais mon ami Clément depuis trente-sept ans, me risquer à parler de lui publiquement est un exercice hautement périlleux tant le personnage est « multiple, ondoyant et divers ». De plus, l’immémoriale et atavique pudeur des hommes inhibe leur dire, leurs émotions ; heureusement l’humour – ce lieu si familier où Clément est passé grand maître - autorise plus de libertés, voire de libertinages, sans toutefois les permettre tous. C’est pourquoi je ne rivaliserai pas avec Clément dans ce champ de l’humour qu’il cultive avec art. Préférant alterner entre le léger et le grave, le badin et le sérieux. Côtoyer quelqu’un depuis si longtemps ne veut pas dire tout savoir de lui... je me contenterai donc de dire le peu du beaucoup que l’on croit savoir d’un proche et d’un ami, d’un être cher.

Jamais ailleurs que chez Sartre je n’ai trouvé meilleure formule pour définir Clément : « L’homme est ce qu’il n’est pas... et n’est pas ce qu’il est ! » M’adressant à cette docte assemblée, je ne disserterai pas longuement sur cette idée géniale de la conception de l’être humain . Clément – comme chacun, peut-être oserai-je dire, plus que tous les autres – est la somme de paradoxes, d’ambivalences, de contradictions, de non-être que ni le temps ni le lieu ne me permettent de développer ici.

Clément, je l’espère, tu seras indulgent à l’égard de mes privautés verbales et incontournables raccourcis. Qui es-tu ?

- un cérébral intuitif ?
- un secondaire émotif ?
- un solitaire entouré ?
- un secret bavard ?
- un égocentrique généreux ?
- un rationnel instinctif ?
- un irrévérencieux discipliné ?
- un cynique lucide ?
- un ironique désespéré ?
- un athée hésitant ou un agnostique discret ?
- un tendre têtu ?
- un « zapartiste » sous-exploité ?
- un artiste ignoré ?
- un non conformiste conservateur ?
- un moi orphelin du surmoi ?
- un ça vierge de tout complexe ?

Probablement un peu tout cela et beaucoup plus et son contraire. Je suis sûr, cher Clément, que tu verras dans ce descriptif fait d’oxymores la marque d’une profonde amitié, sédimentée par tant d’années passées ensemble. Mais si tu le veux bien, refaisons un peu d’histoire... et non pas l’Histoire !

En août 1968, tout juste arrivé de Paris et la tête encore pleine des pavés de Mai 68, je faisais la connaissance d’un jeune homme de quelques années mon aîné, aux cheveux noir-corbeau – aux sévères lunettes à la Godard – à la maigreur toute « séminaristique » - au verbe mordant, à la plume drôle mais vinaigrée...

Abitibien de Sainte-Anne de Roquemaure, il était fraîchement arrivé de Madagascar où sa jeune âme de missionnaire laïc l’avait conduit à évangéliser les belles malgaches « aux seins à faire damner les saints » disait un Clément célibataire, montréalais de fin de semaine, décontracté et débonnaire - je vous signale que « débonnaire » est synonyme de Clément, l’adjectif, pas le prénom – prêt à conquérir, après les contrées lointaines, la cité de Laviolette et le tout nouveau cégep du cœur du Québec. Les collègues de l’époque eurent tôt fait d’apprécier les traits dominants de cet homme aux allures nonchalantes, aux airs de poète exilé, à l’humour caustique, grave et recherché parfois désespéré , bref un existentialiste de St Germain-des Prés, à la trifluviennne, un artiste du manifeste du refus global. Personne ne se surprendra que son humour – certains diraient son cynisme ou son ironie avec les nuances de ces mots – dominait déjà, masquant avec beaucoup d’art et de finesse un être chaleureux, sympatique, quelquefois énigmatique. Sous des allures dégingandées se cache à peine un être profond et attachant, un être de dialogue, de conversation intimiste et d’écoute. Oui, cher Clément, Sartre avait raison, tu es ce que tu n’es pas et tu n’es pas ce que tu es !

Les deux premières années furent, si j’osais une métaphore culinaire un peu osée, à peine une mise en bouche, puisque dès 1970, Clément nous quittait pour le Cameroun ayant, tout juste avant le départ, convolé en justes noces avec Marie-Claire Aubin, dont je voudrais saluer ici la présence. À l’époque, Clément justifiait l’abandon de son célibat en disant que le mariage pour les coopérants de l’ACDI garantissait une plus grande honorabilité et respectabilité, pour apporter la savante culture occidentale aux lointaines civilisations africaines !

Clément découvrira une Afrique fascinante, qu’il ne quittera qu’à regret, prenant bien soin de ramener de nombreux souvenirs d’art africain et de fort jolies photos de camerounaises aux seins nus, aux coiffures et tresses sophistiquées qui l’émeuvent encore aujourd’hui et qu’il aura tout le loisir de contempler à satiété, grâce à son statut de nouveau retraité.

Évidemment, je pourrais évoquer mille et une aventures cocasses et coquines racontées par un Clément devenu d’une indolence presque africaine quand il allait faire passer avec ses collègues le bac à Douala, loin du regard des jeunes épouses déjà parties sur les plages européennes.:Si vous souhaitez voir les yeux de Clément briller de ce petit air malin et jouissif, demandez-lui de vous raconter en détails, bien sûr, les longues soirées bien arrosées des « correcteurs célibataires de circonstance ! » dans les bars du port de Douala ! Peut-être le psychanalyste de Clément y verrait-il là un signe avant-coureur de son amour indéfectible pour la correction de copies d’étudiants dans les bars de Trois-Rivières. On dit aussi que ses meilleurs articles drôles et fendants ont été conçus avec quelques brunes et rousses qu’il adore déguster.

En 1975, notre Clément revient, un peu avec ma complicité, à Trois-Rivières, pour tenir au cours des trente ans qui suivent, son rôle de professeur de philosophie au cégep de Trois-Rivières. Durant ces années, le personnage va prendre de la bouteille (sans jeu de mots !) et devenir la terreur des administrateurs craignant ses articles dévastateurs. Il va consolider une réputation bien amorcée en 68. Je laisse à d’autres ce soir le soin de souligner avec plus d’insistance sa brillante carrière de professeur consciencieux, apprécié de ses étudiants savourant surtout son humour sexuellement allusif, disent les plus malins.

D’autres souligneront sans doute son apport discret mais si important dans la dynamique départementale où, sans conteste, il apportait sa fraîcheur vivifianteet salvatrice. En parodiant Marx, qui faisait allusion à la religion, Clément fut « le soupir de l’âme d’un monde parfois sans âme. » Son rôle de « décrispateur « peut-être irritant et agaçant pour certains – le portait tout naturellement à adopter des positions philosophiques de « l’entre deux », qui le caractérisèrent tant. Loin des discussions fiévreuses, crispées ou cassantes, Clément voguait avec calme et sérénité dans son agnosticisme zen, version édulcorée, timide et sécurisante qui rend l’absence de Dieu et de certitudes plus supportable. L’agnosticisme de Clément fut son antidépresseur préféré contre un certain mal de vivre récurrent.

Homme d’humour, homme du milieu, homme du compromis, le portrait de Clément serait incomplet si l’on n’évoquait sa célèbre distraction ( bien sûr corrigée depuis !) - devenue une véritable légende urbaine trifluvienne – qui lui faisait prendre un taxi pour rentrer à la maison alors que sa voiture était dans le stationnement du cégep ou alors oublier Marie-Claire et ses filles au centre les Rivières tout en se demandant une fois rentré à la maison où elles pouvaient bien se trouver... ou encore, qui lui faisait faire, lors d’une visite en Bretagne, quelques dizaines de photos des vieilles pierres de ma maison alors que son appareil n’avait pas de pellicule – (ce à quoi il pourra remédier dès aujourd’hui !). La liste pourrait être longue et juteuse mais je l’écourte pour les besoins de la soirée et les blessures indues qu’elle pourrait causer. Mais, mon cher Clément, je sais que ta sagesse, ton humour, ton esprit zen, ont dépassé chez toi le stade des livres et des théories, ils sont devenus toi. Tout cela te fera sourire grâce à ton exceptionnelle force d’inertie, qui te sied si bien et qui fait que l’on t’aime et t’apprécie à ta juste et grande valeur. Permets-moi , de rappeler, pour rire, une dernière anecdote qui me vient de toi ; elle est, si j’ose dire, si belle et savoureuse, que je ne peux résister au plaisir de la raconter. Un jour, en visite chez le médecin pour un examen de la prostate, tu te retournes candidement après l’examen si célèbre de la glande masculine – et redouté des hommes – en disant sans ambages au médecin « <span style="text-decoration: underline;">Alors maintenant, on peut se tutoyer !</span> ». Du Clément à son meilleur, à son meilleur naturel, le Clément libre de tout surmoi freudien.

CONCLUSION

Mon cher Clément, avant d’abuser du temps alloué pour cet hommage, je voudrais conclure avec des mots plus graves et plus essentiels. D’abord te redire mon indéfectible amitié – vieille de trente-sept ans – une amitié têtue comme une bourrique, comme dit le poète. Une amitié, qui, par-delà les aléas ou perturbations nécessaires à sa mise en valeur, est restée vraie. Tu as toujours été là quand les circonstances l’exigeaient et que ta présence était nécessaire. L’amitié, ce n’est pas seulement des mots, des phrases, c’est aussi des actes. Comment ne pas évoquer nos longues promenades de chasse en Abitibi ainsi que tes œuvres d’artiste verrier, scellées à jamais dans ma vieille demeure bretonne ? Comment ne pas évoquer aussi avec émotion et tendresse, ta présence fidèle auprès de Marie-Antoinette,  à Albatros, où tu suspendais tes vitraux à sa fenêtre et où ton humour si spontané la faisait encore rire jusqu’aux derniers jours !

Et puis, même s’il est difficile d’évoquer ces choses-là, comment taire mon admiration pour ton ouverture, ta tolérance, ta candeur, ta jeunesse jusque dans le vieillissement. Je te vois vieillir - non sans une pointe d’envie - avec élégance et classe, tu me réconcilies avec la vieillesse, ce « vaste naufrage » dont parlait le général de Gaulle, cette vieillesse tant appréhendée et parfois si déroutante. Les choix et les expériences nouvelles pour toi ne semblent pas avoir d’âge ! Quelle énergie, quelle fébrilité, quelle libido !

À ces mots, à cette fête, à cet hommage, comment ne pas joindre Marie-Claire, ta fidèle compagne de tant d’années. Soyez tous les deux, à votre manière, comblés pour de nombreuses années à venir. Vous êtes, pour moi, tous les deux, les témoins vivants d’une grandeur et d’une noblesse d’amitié qui se mesure au vide qu’elle crée lorsqu’elle est absente.

Cher Clément, bonne retraite !
Jean-Marie Debays, le vendredi 13 mai 2005]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="100" height="115" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/clement.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Clément Chrétien" /></p><strong>À</strong> la fin de la présente session l'une des grandes et nobles figures de notre département nous quittera.  Clément Chrétien laissera derrière lui un vide que nous ne pourrons pas combler.  Il est de ces personnes dont le passage laisse couleur et atmosphère.  Homme de culture et de coeur, notre Clément ne peut être résumé: l'extraordinaire richesse et complexité de sa personne résiste à toutes les étiquettes.

Je dirai tout de même qu'il a incarné chez nous un subtil mélange de Voltaire et de Diogène. Iconoclaste impénitent, il ne reconnaissait aucune autorité si ce n'est celle de la franchise et de l'authenticité.  Nombreux sont ceux qui ont eu à faire les frais de sa plume bien aiguisée. Clément est un vrai philosophe dont l'espèce se fait de plus en plus rare: dérangeant, alerte, incontournable et ... inconfortable!  Avec lui, les idées reçues, même sur les sujets les plus graves, passent au crible d'une critique sur laquelle le conformisme n'a aucune prise. En ce sens, il fut pour nous un veilleur d'homme.

Celui qui aura passé 39 années de sa vie à éduquer la jeunesse prendra bientôt le chemin de la retraite.  Mais que peut bien vouloir dire la retraite pour un tel homme?  Clément "n'avait" pas un travail... il "était" son travail.  Il sera toujours professeur, critique, amoureux de la vérité, à jamais philosophe. Adieux , monsieur le professeur.

Salut Clément!

<hr />

<ul>
	<li>Jean -Marie Debays, l'un de nos ex-collègues et bon ami de Clément nous livre, dans un texte d'une grande beauté, quelques morceaux de sa "fréquentation" de Clément.  Il s'agit, au sens fort, d'un témoignage. Il permet de voir un peu plus clair dans les profondeurs de cette belle personnalité. (Je reproduis ici le texte <em>in extenso</em> avec la permission de Jean-Marie)</li>
</ul>
<span id="more-519"></span>
Cher Clément,
Monsieur le coordonnateur,
Chers (ères) amis, (es)
Chère Marie-Claire,

Même si je connais mon ami Clément depuis trente-sept ans, me risquer à parler de lui publiquement est un exercice hautement périlleux tant le personnage est « multiple, ondoyant et divers ». De plus, l’immémoriale et atavique pudeur des hommes inhibe leur dire, leurs émotions ; heureusement l’humour – ce lieu si familier où Clément est passé grand maître - autorise plus de libertés, voire de libertinages, sans toutefois les permettre tous. C’est pourquoi je ne rivaliserai pas avec Clément dans ce champ de l’humour qu’il cultive avec art. Préférant alterner entre le léger et le grave, le badin et le sérieux. Côtoyer quelqu’un depuis si longtemps ne veut pas dire tout savoir de lui... je me contenterai donc de dire le peu du beaucoup que l’on croit savoir d’un proche et d’un ami, d’un être cher.

Jamais ailleurs que chez Sartre je n’ai trouvé meilleure formule pour définir Clément : « L’homme est ce qu’il n’est pas... et n’est pas ce qu’il est ! » M’adressant à cette docte assemblée, je ne disserterai pas longuement sur cette idée géniale de la conception de l’être humain . Clément – comme chacun, peut-être oserai-je dire, plus que tous les autres – est la somme de paradoxes, d’ambivalences, de contradictions, de non-être que ni le temps ni le lieu ne me permettent de développer ici.

Clément, je l’espère, tu seras indulgent à l’égard de mes privautés verbales et incontournables raccourcis. Qui es-tu ?

- un cérébral intuitif ?
- un secondaire émotif ?
- un solitaire entouré ?
- un secret bavard ?
- un égocentrique généreux ?
- un rationnel instinctif ?
- un irrévérencieux discipliné ?
- un cynique lucide ?
- un ironique désespéré ?
- un athée hésitant ou un agnostique discret ?
- un tendre têtu ?
- un « zapartiste » sous-exploité ?
- un artiste ignoré ?
- un non conformiste conservateur ?
- un moi orphelin du surmoi ?
- un ça vierge de tout complexe ?

Probablement un peu tout cela et beaucoup plus et son contraire. Je suis sûr, cher Clément, que tu verras dans ce descriptif fait d’oxymores la marque d’une profonde amitié, sédimentée par tant d’années passées ensemble. Mais si tu le veux bien, refaisons un peu d’histoire... et non pas l’Histoire !

En août 1968, tout juste arrivé de Paris et la tête encore pleine des pavés de Mai 68, je faisais la connaissance d’un jeune homme de quelques années mon aîné, aux cheveux noir-corbeau – aux sévères lunettes à la Godard – à la maigreur toute « séminaristique » - au verbe mordant, à la plume drôle mais vinaigrée...

Abitibien de Sainte-Anne de Roquemaure, il était fraîchement arrivé de Madagascar où sa jeune âme de missionnaire laïc l’avait conduit à évangéliser les belles malgaches « aux seins à faire damner les saints » disait un Clément célibataire, montréalais de fin de semaine, décontracté et débonnaire - je vous signale que « débonnaire » est synonyme de Clément, l’adjectif, pas le prénom – prêt à conquérir, après les contrées lointaines, la cité de Laviolette et le tout nouveau cégep du cœur du Québec. Les collègues de l’époque eurent tôt fait d’apprécier les traits dominants de cet homme aux allures nonchalantes, aux airs de poète exilé, à l’humour caustique, grave et recherché parfois désespéré , bref un existentialiste de St Germain-des Prés, à la trifluviennne, un artiste du manifeste du refus global. Personne ne se surprendra que son humour – certains diraient son cynisme ou son ironie avec les nuances de ces mots – dominait déjà, masquant avec beaucoup d’art et de finesse un être chaleureux, sympatique, quelquefois énigmatique. Sous des allures dégingandées se cache à peine un être profond et attachant, un être de dialogue, de conversation intimiste et d’écoute. Oui, cher Clément, Sartre avait raison, tu es ce que tu n’es pas et tu n’es pas ce que tu es !

Les deux premières années furent, si j’osais une métaphore culinaire un peu osée, à peine une mise en bouche, puisque dès 1970, Clément nous quittait pour le Cameroun ayant, tout juste avant le départ, convolé en justes noces avec Marie-Claire Aubin, dont je voudrais saluer ici la présence. À l’époque, Clément justifiait l’abandon de son célibat en disant que le mariage pour les coopérants de l’ACDI garantissait une plus grande honorabilité et respectabilité, pour apporter la savante culture occidentale aux lointaines civilisations africaines !

Clément découvrira une Afrique fascinante, qu’il ne quittera qu’à regret, prenant bien soin de ramener de nombreux souvenirs d’art africain et de fort jolies photos de camerounaises aux seins nus, aux coiffures et tresses sophistiquées qui l’émeuvent encore aujourd’hui et qu’il aura tout le loisir de contempler à satiété, grâce à son statut de nouveau retraité.

Évidemment, je pourrais évoquer mille et une aventures cocasses et coquines racontées par un Clément devenu d’une indolence presque africaine quand il allait faire passer avec ses collègues le bac à Douala, loin du regard des jeunes épouses déjà parties sur les plages européennes.:Si vous souhaitez voir les yeux de Clément briller de ce petit air malin et jouissif, demandez-lui de vous raconter en détails, bien sûr, les longues soirées bien arrosées des « correcteurs célibataires de circonstance ! » dans les bars du port de Douala ! Peut-être le psychanalyste de Clément y verrait-il là un signe avant-coureur de son amour indéfectible pour la correction de copies d’étudiants dans les bars de Trois-Rivières. On dit aussi que ses meilleurs articles drôles et fendants ont été conçus avec quelques brunes et rousses qu’il adore déguster.

En 1975, notre Clément revient, un peu avec ma complicité, à Trois-Rivières, pour tenir au cours des trente ans qui suivent, son rôle de professeur de philosophie au cégep de Trois-Rivières. Durant ces années, le personnage va prendre de la bouteille (sans jeu de mots !) et devenir la terreur des administrateurs craignant ses articles dévastateurs. Il va consolider une réputation bien amorcée en 68. Je laisse à d’autres ce soir le soin de souligner avec plus d’insistance sa brillante carrière de professeur consciencieux, apprécié de ses étudiants savourant surtout son humour sexuellement allusif, disent les plus malins.

D’autres souligneront sans doute son apport discret mais si important dans la dynamique départementale où, sans conteste, il apportait sa fraîcheur vivifianteet salvatrice. En parodiant Marx, qui faisait allusion à la religion, Clément fut « le soupir de l’âme d’un monde parfois sans âme. » Son rôle de « décrispateur « peut-être irritant et agaçant pour certains – le portait tout naturellement à adopter des positions philosophiques de « l’entre deux », qui le caractérisèrent tant. Loin des discussions fiévreuses, crispées ou cassantes, Clément voguait avec calme et sérénité dans son agnosticisme zen, version édulcorée, timide et sécurisante qui rend l’absence de Dieu et de certitudes plus supportable. L’agnosticisme de Clément fut son antidépresseur préféré contre un certain mal de vivre récurrent.

Homme d’humour, homme du milieu, homme du compromis, le portrait de Clément serait incomplet si l’on n’évoquait sa célèbre distraction ( bien sûr corrigée depuis !) - devenue une véritable légende urbaine trifluvienne – qui lui faisait prendre un taxi pour rentrer à la maison alors que sa voiture était dans le stationnement du cégep ou alors oublier Marie-Claire et ses filles au centre les Rivières tout en se demandant une fois rentré à la maison où elles pouvaient bien se trouver... ou encore, qui lui faisait faire, lors d’une visite en Bretagne, quelques dizaines de photos des vieilles pierres de ma maison alors que son appareil n’avait pas de pellicule – (ce à quoi il pourra remédier dès aujourd’hui !). La liste pourrait être longue et juteuse mais je l’écourte pour les besoins de la soirée et les blessures indues qu’elle pourrait causer. Mais, mon cher Clément, je sais que ta sagesse, ton humour, ton esprit zen, ont dépassé chez toi le stade des livres et des théories, ils sont devenus toi. Tout cela te fera sourire grâce à ton exceptionnelle force d’inertie, qui te sied si bien et qui fait que l’on t’aime et t’apprécie à ta juste et grande valeur. Permets-moi , de rappeler, pour rire, une dernière anecdote qui me vient de toi ; elle est, si j’ose dire, si belle et savoureuse, que je ne peux résister au plaisir de la raconter. Un jour, en visite chez le médecin pour un examen de la prostate, tu te retournes candidement après l’examen si célèbre de la glande masculine – et redouté des hommes – en disant sans ambages au médecin « <span style="text-decoration: underline;">Alors maintenant, on peut se tutoyer !</span> ». Du Clément à son meilleur, à son meilleur naturel, le Clément libre de tout surmoi freudien.

CONCLUSION

Mon cher Clément, avant d’abuser du temps alloué pour cet hommage, je voudrais conclure avec des mots plus graves et plus essentiels. D’abord te redire mon indéfectible amitié – vieille de trente-sept ans – une amitié têtue comme une bourrique, comme dit le poète. Une amitié, qui, par-delà les aléas ou perturbations nécessaires à sa mise en valeur, est restée vraie. Tu as toujours été là quand les circonstances l’exigeaient et que ta présence était nécessaire. L’amitié, ce n’est pas seulement des mots, des phrases, c’est aussi des actes. Comment ne pas évoquer nos longues promenades de chasse en Abitibi ainsi que tes œuvres d’artiste verrier, scellées à jamais dans ma vieille demeure bretonne ? Comment ne pas évoquer aussi avec émotion et tendresse, ta présence fidèle auprès de Marie-Antoinette,  à Albatros, où tu suspendais tes vitraux à sa fenêtre et où ton humour si spontané la faisait encore rire jusqu’aux derniers jours !

Et puis, même s’il est difficile d’évoquer ces choses-là, comment taire mon admiration pour ton ouverture, ta tolérance, ta candeur, ta jeunesse jusque dans le vieillissement. Je te vois vieillir - non sans une pointe d’envie - avec élégance et classe, tu me réconcilies avec la vieillesse, ce « vaste naufrage » dont parlait le général de Gaulle, cette vieillesse tant appréhendée et parfois si déroutante. Les choix et les expériences nouvelles pour toi ne semblent pas avoir d’âge ! Quelle énergie, quelle fébrilité, quelle libido !

À ces mots, à cette fête, à cet hommage, comment ne pas joindre Marie-Claire, ta fidèle compagne de tant d’années. Soyez tous les deux, à votre manière, comblés pour de nombreuses années à venir. Vous êtes, pour moi, tous les deux, les témoins vivants d’une grandeur et d’une noblesse d’amitié qui se mesure au vide qu’elle crée lorsqu’elle est absente.

Cher Clément, bonne retraite !
Jean-Marie Debays, le vendredi 13 mai 2005]]></content:encoded>
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