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	<title>PhiloTR &#187; La philo au cinéma</title>
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	<description>Département de philosophie Cégep de Trois-Rivières</description>
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		<title>Robocop est-il humain ?</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2013/06/robocop-est-il-humain/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2013/06/robocop-est-il-humain/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 12 Jun 2013 00:11:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jan Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Essais et opinions]]></category>
		<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Robocop]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="266" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Robocop-est-il-humain-200x266.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Robocop est-il humain" /></p><em>[NDLR : l’article qui suit a d’abord été publié dans la revue « Philosopher. La revue de l’enseignement de la philosophie au Québec », Numéro 26, Printemps 2013 (pages 26 à 29).  Nous le reproduisons ici avec les autorisations nécessaires.]</em>
<p style="text-align: center;">--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
<strong>RoboCop est-il humain?</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Par <a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/">Guy Béliveau</a>, <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/jmichel/">Jan Michel</a> et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/mhould/">Martin Hould</a></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Professeurs au Cégep de Trois-Rivières</strong><i> </i></p>
&nbsp;

&nbsp;

C’est dans le cadre de la 2<sup>e</sup> édition de la « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/semaine-de-la-philosophie/">Semaine de la philosophie</a> » au Cégep de Trois-Rivières que nous avons eu le grand plaisir d’accueillir les étudiants, les étudiantes et le grand public à une soirée « Ciné-philo ». Cela se passait au Théâtre et nous avions par conséquent un écran géant, un technicien du son et des microphones à notre disposition. Quel film avons-nous pris l’initiative de présenter? <i>RoboCop</i>! et ce n’est pas une blague…

&nbsp;

Rappelons que ce long-métrage a été réalisé par Paul Verhoeven en 1987. Il a donné naissance à deux suites et à une série télé. Un  <i>remake</i>  est d'ailleurs prévu pour 2014. Il faut avouer que nous avons rendu plusieurs de nos collègues perplexes avec ce choix et, même chez les jeunes adultes, plusieurs se demandaient en quoi un film pareil pouvait être lié à la philosophie. Comme on le dit souvent dans nos classes, la philosophie est « partout autour de nous ». C’est avec cette idée en tête que nous avons choisi une œuvre du cinéma populaire, afin de montrer que la réflexion philosophique n'était pas exclusive au cinéma d'auteur et aux œuvres dites « sérieuses ».

&nbsp;

Bien sûr, <i>RoboCop</i> est avant tout un film d'action. C'est aussi une œuvre de science-fiction. Pour certains, il est difficile d'imaginer qu'une réflexion philosophique puisse tirer son origine d'un film où le protagoniste est un robot justicier. Pourtant, dans son genre, le film de Verhoeven est remarquable. Bien que beaucoup connaissent ce policier de métal, peu savent que le film a été présenté dans plusieurs festivals sur la scène internationale et qu’il a récolté plusieurs prix dans différentes catégories : meilleur réalisateur, meilleur film de science-fiction, meilleurs effets spéciaux et choix du public. À cela s'ajoute un Oscar pour les meilleurs effets sonores et une nomination à ces mêmes Oscars pour le meilleur montage. Au-delà des prix remportés, si plus de 25 ans après sa sortie <i>RoboCop</i> figure toujours dans la plupart des palmarès des meilleurs films de science-fiction, alors c'est parce que derrière les pétarades se trouve une œuvre qui frappe l'imaginaire et donne matière à une réflexion.

<span id="more-4673"></span>

Le contexte qui a donné lieu à cette création cinématographique est lié de près à l’apparition de nouvelles sciences comme la robotique et la biotechnologie. C’est dans cette période que le développement des prothèses et des implants a connu un essor important avec le  stimulateur cardiaque et le premier défibrillateur implantable notamment. Ce n’était plus alors qu’une question de temps avant que la projection futuriste d’un  cyborg  perfectionné ou d’un  robot  s’installe dans l’imaginaire collectif par l’entremise du 7<sup>e</sup> art.

&nbsp;

Il vaut d’ailleurs la peine de clarifier quelques termes avant d’aller plus loin dans la présentation des thèmes importants du film. D’abord, qu’est-ce qu’un cyborg? Le mot lui-même « cyb-org » est l’union des deux termes « cybernétique » et « organisme ». La cybernétique est la science de la communication de l’information, synonyme ici d’informatique. Le terme « organisme » se réfère quant à lui à un aspect biologique, ce qui fait en sorte que le mot « cyborg » renvoie immédiatement à l’idée d’un être qui est conçu à partir de composantes informatiques et à partir d’organes vivants. Il peut donc s’agir d’un être humain qui a reçu des greffes de parties mécaniques, des prothèses, des implants, des puces, etc. Par opposition au cyborg, un simple robot peut difficilement être considéré comme un être humain, car il est purement mécanique. Dans le cadre du visionnement du film, la question qui se pose alors est la suivante : RoboCop est-il humain? Est-il un cyborg très perfectionné ou simplement un robot, une machine?

&nbsp;

Cette question nous plonge au cœur de l’anthropologie philosophique, car nous sommes tout sauf des choses, nous sommes des personnes.

&nbsp;

En philosophie, pour comprendre une notion, il est souvent très utile de savoir à quoi elle s’oppose. Par exemple, la conception matérialiste s’oppose à la conception spiritualiste selon laquelle l’être humain ne se réduit pas à son corps (en particulier à son cerveau), mais est composé en plus d’une conscience immatérielle. Si on oppose le cyborg (ou le robot) à l’être humain, la question « qui sommes-nous? » prend un tout autre éclairage. Jusqu’où peut-on modifier le corps d’un humain  à l’aide de prothèses, de puces électroniques, d’implants (en particulier dans le cerveau) sans que son humanité soit perdue? Quelle est alors la limite entre le biologique et le mécanique ? À partir de quel niveau d’artificialité le mélange  informatique et organique  devient-il impropre à la manifestation de la nature humaine?

&nbsp;

Poser cette question aux collégiennes et aux collégiens ─ RoboCop est-il humain? ─ oriente alors leurs réflexions directement sur l’essence du 2<sup>e</sup> cours de philosophie : quelle est la spécificité de l’humain? Est-ce la raison? Le langage? La liberté? Comment certains philosophes l’ont pensé? Sommes-nous des humains parce que nous sommes capables d’amour et d’amitié? Parce que nous savons qu’un jour nous allons mourir? Une spécificité dans son essence, l’humain en a-t-il vraiment une? En effet, si les matérialistes avaient raison, si ce que nous appelons notre vie mentale, à savoir nos pensées, nos émotions, nos souvenirs, etc., se réduisaient à de l’activité électrochimique entre les neurones du cerveau, comment alors pourrait-on établir une différence essentielle entre un humain, un cyborg, ou même un robot doué d’intelligence artificielle?

&nbsp;

Ce questionnement nous transporte sans doute loin dans notre imaginaire, mais c’est parce que la fiction est en train de devenir notre réalité : la révolution biotechnologique qui fera de nous des corps informatisés, robotisés, améliorés ne fait que commencer. Voilà une raison de plus pour choisir <i>RoboCop </i>: il devient de plus en plus urgent de réfléchir à ces questions et ce film offre un point de départ riche en enseignements.

&nbsp;

Il faut toutefois noter que certaines scènes du film sont particulièrement violentes, notamment lorsque Murphy, un policier, se fait mutiler cruellement à coups de fusil dans le cadre de ses fonctions (c’est d’ailleurs après avoir succombé à ses multiples blessures que son corps sera récupéré par la compagnie privée OCP pour concevoir RoboCop). Nous pouvons débattre de la gratuité de ces scènes violentes, mais celles-ci pourraient offenser des jeunes autant que des adultes (le film avait été classé 18 ans et plus à l’époque). Il est donc important de faire les avertissements nécessaires avant le visionnement.

&nbsp;

Maintenant, à quoi pourrait ressembler un débat philosophique sur l’humanité de RoboCop? Quels sont les arguments pour et les arguments contre auxquels nous pouvons nous attendre? Commençons par la position affirmative. Il y a plusieurs scènes du film qui présentent le robot justicier avec des réactions émotives très fortes. Il y a la scène où, après avoir retrouvé où habitait Murphy avant d’être assassiné, RoboCop accède spontanément à des souvenirs touchants sur sa vie antérieure (celle de Murphy) et sur sa famille. Il s’ensuit une colère impulsive ainsi que des actions qui inspirent un goût de vengeance envers les criminels qui ont éliminé Murphy, ce qui donne un regard nouveau sur ce pantin à la voix et aux mouvements artificiels. Des liens avec Rousseau, Hume et Freud peuvent alors se dessiner assez aisément pour faire ressortir comment les sentiments (pitié, haine, sympathie et dégoût) et les pulsions peuvent être impliqués dans un grande partie de l’action dite humaine.

&nbsp;

De plus, les manières qu’a RoboCop de manier son arme, de conduire sa voiture et de réagir avec ses collègues laissent entendre qu’il a une certaine personnalité, une certaine individualité dans ses choix, bien que ceux-ci soient tous soumis à des lois intégrées dans son système informatique. Est-ce un signe manifeste de son existence, au sens sartrien du terme, révélant ainsi une relation particulière avec ses entours? C’est défendable. À la fin du film, le héros mécanisé finit même par s’identifier à ses souvenirs de Murphy, car il signifie au grand patron de l’OCP qu’il doit l’appeler « Murphy ».

&nbsp;

RoboCop est également capable de faire des raisonnements rationnels : retrouver ses assassins et planifier ses interventions par exemple. Il peut aussi s’adapter à des situations imprévues et trouver des solutions originales aux problèmes qu’il rencontre. Y a-t-il alors une partie rationnelle qui manifeste en lui une liberté de pensée, comme le dirait Aristote? Y a-t-il là une substance pensante, se demanderait Descartes?

&nbsp;

Par contre, plusieurs autres scènes et quelques autres aspects du robot justicier pourraient être exploités pour mettre en évidence son absence d’humanité véritable. Des sceptiques pourraient soutenir que les manières du pantin de métal ne donnent qu’une image de l’humain qu’il était avant d’être complètement modifié. Ces éléments ne sont que des imitations de Murphy puisque celui-ci a été déclaré cliniquement mort par les médecins. Il serait donc davantage une sorte de zombie et non un être humain à part entière.

&nbsp;

Également, il ne reste pratiquement plus rien d’organique en lui. Son visage a gardé sa forme humaine, mais il ne manifeste plus aucun trait particulier lorsqu’il s’exprime : il ne rit pas et il ne pleure jamais non plus. Sa capacité à ressentir de l’empathie semble elle aussi limitée : lorsque la victime d’une tentative de viol saute dans ses bras pour le remercier, RoboCop répond mécaniquement que la procédure à suivre est de contacter le centre d’aide aux victimes.

&nbsp;

Puis, sa prétention à la liberté est grandement entachée par la directive 4 de son programme qui l’empêche d’appréhender un chef de la compagnie qui l’a créé (OCP), et cela, même si ce dirigeant est un dangereux criminel. Dans une autre scène, alors qu’il s’apprête à se venger de l’homme qui l’a tué, la directive qui l’oblige à obéir aux lois l’empêche de passer à l’action.  Il semble donc être totalement contrôlé par des directives préétablies dans ces scènes précises, ce qui laisse entendre que peut-être au fond, toutes ses actions qui avaient des apparences humaines n’étaient en réalité que de simples réactions issues d’un programme informatique et complexe.

&nbsp;

Bien sûr, ces arguments en faveur du fait que<i> </i>RoboCop n’est pas humain sont valides seulement si nous considérons que le fait d’être programmé n’est pas compatible avec le fait d’être humain. Si au contraire nous adoptons une approche béhavioriste à la Skinner, alors peut-être que ces scènes mettant en évidence l’aspect prédéterminé des choix de RoboCop ne sont pas des raisons pour le disqualifier du genre humain puisque tous ici sur terre font face à cette même condition. Peut-être que la liberté de ses choix n’est qu’une illusion, mais cela ne le rend pas moins humain puisque tous les choix que les hommes et les femmes font sont des actes illusoirement libres, comme l’expliquerait Spinoza.

&nbsp;

Bref, le débat philosophique sur la nature humaine peut ainsi se développer à partir de l’analyse de très nombreuses scènes du film et, en fait, nous n’avons ici qu’effleuré le potentiel réflexif de l’ensemble de l’œuvre. Il y a tout le volet éthique et politique qui aurait pu être également exploité. De nombreux personnages du film, pas juste RoboCop, vivent des dilemmes qui mettent en scène des conflits qui ont des enjeux éthiques et politiques. En fait, dans la trame narrative du film, la création de RoboCop est elle-même directement liée à un conflit de nature politique : la grève des policiers et le recours à une compagnie privée pour assurer la sécurité de la ville de Détroit. C’est d’ailleurs une perspective du film que Thierry Hoquet fait ressortir avec beaucoup de perspicacité dans sa <i>Cyborg philosophie </i>(2011, p. 10)<i> </i>: « Robocop est donc une identité sous copyright : c’est […] l’individu dépouillé de sa personne et de sa liberté, assigné à devenir le valet du capitalisme et de la bourgeoisie. » Il y a en effet une critique très acerbe du capitalisme dans le scénario qu’ont conçu les écrivains <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Edward_Neumeier">Edward Neumeier</a> et Michael Miner…

&nbsp;

C’est pourquoi même si <i>RoboCop</i> a plus de 25 ans, même si la magnificence des effets spéciaux de l’époque n’est plus du tout comparable avec celle d’aujourd’hui, même si la version française des dialogues est parfois risible, il ne faut pas s’étonner si les collégiens et les collégiennes applaudissent spontanément à la fin du film (c’est ce qui nous est arrivé) : ils sont contents d’avoir vécu pendant quelques moments la complexité d’un monde futur… qui ressemble drôlement au monde dans lequel ils vivent présentement.

&nbsp;

Bon cinéma!

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BIBLIOGRAPHIE

Hoquet, Thierry (2011), <i>Cyborg philosophie</i>, Seuil : Paris.

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<p style="text-align: center;"><a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7908-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-4522" alt="IMG_7908 - copie" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7908-copie-200x133.jpg" width="200" height="133" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7911-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-4523" alt="IMG_7911 - copie" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7911-copie-200x133.jpg" width="200" height="133" /></a></p>
&nbsp;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="266" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Robocop-est-il-humain-200x266.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Robocop est-il humain" /></p><em>[NDLR : l’article qui suit a d’abord été publié dans la revue « Philosopher. La revue de l’enseignement de la philosophie au Québec », Numéro 26, Printemps 2013 (pages 26 à 29).  Nous le reproduisons ici avec les autorisations nécessaires.]</em>
<p style="text-align: center;">--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
<strong>RoboCop est-il humain?</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Par <a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/">Guy Béliveau</a>, <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/jmichel/">Jan Michel</a> et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/mhould/">Martin Hould</a></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Professeurs au Cégep de Trois-Rivières</strong><i> </i></p>
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C’est dans le cadre de la 2<sup>e</sup> édition de la « <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/semaine-de-la-philosophie/">Semaine de la philosophie</a> » au Cégep de Trois-Rivières que nous avons eu le grand plaisir d’accueillir les étudiants, les étudiantes et le grand public à une soirée « Ciné-philo ». Cela se passait au Théâtre et nous avions par conséquent un écran géant, un technicien du son et des microphones à notre disposition. Quel film avons-nous pris l’initiative de présenter? <i>RoboCop</i>! et ce n’est pas une blague…

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Rappelons que ce long-métrage a été réalisé par Paul Verhoeven en 1987. Il a donné naissance à deux suites et à une série télé. Un  <i>remake</i>  est d'ailleurs prévu pour 2014. Il faut avouer que nous avons rendu plusieurs de nos collègues perplexes avec ce choix et, même chez les jeunes adultes, plusieurs se demandaient en quoi un film pareil pouvait être lié à la philosophie. Comme on le dit souvent dans nos classes, la philosophie est « partout autour de nous ». C’est avec cette idée en tête que nous avons choisi une œuvre du cinéma populaire, afin de montrer que la réflexion philosophique n'était pas exclusive au cinéma d'auteur et aux œuvres dites « sérieuses ».

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Bien sûr, <i>RoboCop</i> est avant tout un film d'action. C'est aussi une œuvre de science-fiction. Pour certains, il est difficile d'imaginer qu'une réflexion philosophique puisse tirer son origine d'un film où le protagoniste est un robot justicier. Pourtant, dans son genre, le film de Verhoeven est remarquable. Bien que beaucoup connaissent ce policier de métal, peu savent que le film a été présenté dans plusieurs festivals sur la scène internationale et qu’il a récolté plusieurs prix dans différentes catégories : meilleur réalisateur, meilleur film de science-fiction, meilleurs effets spéciaux et choix du public. À cela s'ajoute un Oscar pour les meilleurs effets sonores et une nomination à ces mêmes Oscars pour le meilleur montage. Au-delà des prix remportés, si plus de 25 ans après sa sortie <i>RoboCop</i> figure toujours dans la plupart des palmarès des meilleurs films de science-fiction, alors c'est parce que derrière les pétarades se trouve une œuvre qui frappe l'imaginaire et donne matière à une réflexion.

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Le contexte qui a donné lieu à cette création cinématographique est lié de près à l’apparition de nouvelles sciences comme la robotique et la biotechnologie. C’est dans cette période que le développement des prothèses et des implants a connu un essor important avec le  stimulateur cardiaque et le premier défibrillateur implantable notamment. Ce n’était plus alors qu’une question de temps avant que la projection futuriste d’un  cyborg  perfectionné ou d’un  robot  s’installe dans l’imaginaire collectif par l’entremise du 7<sup>e</sup> art.

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Il vaut d’ailleurs la peine de clarifier quelques termes avant d’aller plus loin dans la présentation des thèmes importants du film. D’abord, qu’est-ce qu’un cyborg? Le mot lui-même « cyb-org » est l’union des deux termes « cybernétique » et « organisme ». La cybernétique est la science de la communication de l’information, synonyme ici d’informatique. Le terme « organisme » se réfère quant à lui à un aspect biologique, ce qui fait en sorte que le mot « cyborg » renvoie immédiatement à l’idée d’un être qui est conçu à partir de composantes informatiques et à partir d’organes vivants. Il peut donc s’agir d’un être humain qui a reçu des greffes de parties mécaniques, des prothèses, des implants, des puces, etc. Par opposition au cyborg, un simple robot peut difficilement être considéré comme un être humain, car il est purement mécanique. Dans le cadre du visionnement du film, la question qui se pose alors est la suivante : RoboCop est-il humain? Est-il un cyborg très perfectionné ou simplement un robot, une machine?

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Cette question nous plonge au cœur de l’anthropologie philosophique, car nous sommes tout sauf des choses, nous sommes des personnes.

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En philosophie, pour comprendre une notion, il est souvent très utile de savoir à quoi elle s’oppose. Par exemple, la conception matérialiste s’oppose à la conception spiritualiste selon laquelle l’être humain ne se réduit pas à son corps (en particulier à son cerveau), mais est composé en plus d’une conscience immatérielle. Si on oppose le cyborg (ou le robot) à l’être humain, la question « qui sommes-nous? » prend un tout autre éclairage. Jusqu’où peut-on modifier le corps d’un humain  à l’aide de prothèses, de puces électroniques, d’implants (en particulier dans le cerveau) sans que son humanité soit perdue? Quelle est alors la limite entre le biologique et le mécanique ? À partir de quel niveau d’artificialité le mélange  informatique et organique  devient-il impropre à la manifestation de la nature humaine?

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Poser cette question aux collégiennes et aux collégiens ─ RoboCop est-il humain? ─ oriente alors leurs réflexions directement sur l’essence du 2<sup>e</sup> cours de philosophie : quelle est la spécificité de l’humain? Est-ce la raison? Le langage? La liberté? Comment certains philosophes l’ont pensé? Sommes-nous des humains parce que nous sommes capables d’amour et d’amitié? Parce que nous savons qu’un jour nous allons mourir? Une spécificité dans son essence, l’humain en a-t-il vraiment une? En effet, si les matérialistes avaient raison, si ce que nous appelons notre vie mentale, à savoir nos pensées, nos émotions, nos souvenirs, etc., se réduisaient à de l’activité électrochimique entre les neurones du cerveau, comment alors pourrait-on établir une différence essentielle entre un humain, un cyborg, ou même un robot doué d’intelligence artificielle?

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Ce questionnement nous transporte sans doute loin dans notre imaginaire, mais c’est parce que la fiction est en train de devenir notre réalité : la révolution biotechnologique qui fera de nous des corps informatisés, robotisés, améliorés ne fait que commencer. Voilà une raison de plus pour choisir <i>RoboCop </i>: il devient de plus en plus urgent de réfléchir à ces questions et ce film offre un point de départ riche en enseignements.

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Il faut toutefois noter que certaines scènes du film sont particulièrement violentes, notamment lorsque Murphy, un policier, se fait mutiler cruellement à coups de fusil dans le cadre de ses fonctions (c’est d’ailleurs après avoir succombé à ses multiples blessures que son corps sera récupéré par la compagnie privée OCP pour concevoir RoboCop). Nous pouvons débattre de la gratuité de ces scènes violentes, mais celles-ci pourraient offenser des jeunes autant que des adultes (le film avait été classé 18 ans et plus à l’époque). Il est donc important de faire les avertissements nécessaires avant le visionnement.

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Maintenant, à quoi pourrait ressembler un débat philosophique sur l’humanité de RoboCop? Quels sont les arguments pour et les arguments contre auxquels nous pouvons nous attendre? Commençons par la position affirmative. Il y a plusieurs scènes du film qui présentent le robot justicier avec des réactions émotives très fortes. Il y a la scène où, après avoir retrouvé où habitait Murphy avant d’être assassiné, RoboCop accède spontanément à des souvenirs touchants sur sa vie antérieure (celle de Murphy) et sur sa famille. Il s’ensuit une colère impulsive ainsi que des actions qui inspirent un goût de vengeance envers les criminels qui ont éliminé Murphy, ce qui donne un regard nouveau sur ce pantin à la voix et aux mouvements artificiels. Des liens avec Rousseau, Hume et Freud peuvent alors se dessiner assez aisément pour faire ressortir comment les sentiments (pitié, haine, sympathie et dégoût) et les pulsions peuvent être impliqués dans un grande partie de l’action dite humaine.

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De plus, les manières qu’a RoboCop de manier son arme, de conduire sa voiture et de réagir avec ses collègues laissent entendre qu’il a une certaine personnalité, une certaine individualité dans ses choix, bien que ceux-ci soient tous soumis à des lois intégrées dans son système informatique. Est-ce un signe manifeste de son existence, au sens sartrien du terme, révélant ainsi une relation particulière avec ses entours? C’est défendable. À la fin du film, le héros mécanisé finit même par s’identifier à ses souvenirs de Murphy, car il signifie au grand patron de l’OCP qu’il doit l’appeler « Murphy ».

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RoboCop est également capable de faire des raisonnements rationnels : retrouver ses assassins et planifier ses interventions par exemple. Il peut aussi s’adapter à des situations imprévues et trouver des solutions originales aux problèmes qu’il rencontre. Y a-t-il alors une partie rationnelle qui manifeste en lui une liberté de pensée, comme le dirait Aristote? Y a-t-il là une substance pensante, se demanderait Descartes?

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Par contre, plusieurs autres scènes et quelques autres aspects du robot justicier pourraient être exploités pour mettre en évidence son absence d’humanité véritable. Des sceptiques pourraient soutenir que les manières du pantin de métal ne donnent qu’une image de l’humain qu’il était avant d’être complètement modifié. Ces éléments ne sont que des imitations de Murphy puisque celui-ci a été déclaré cliniquement mort par les médecins. Il serait donc davantage une sorte de zombie et non un être humain à part entière.

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Également, il ne reste pratiquement plus rien d’organique en lui. Son visage a gardé sa forme humaine, mais il ne manifeste plus aucun trait particulier lorsqu’il s’exprime : il ne rit pas et il ne pleure jamais non plus. Sa capacité à ressentir de l’empathie semble elle aussi limitée : lorsque la victime d’une tentative de viol saute dans ses bras pour le remercier, RoboCop répond mécaniquement que la procédure à suivre est de contacter le centre d’aide aux victimes.

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Puis, sa prétention à la liberté est grandement entachée par la directive 4 de son programme qui l’empêche d’appréhender un chef de la compagnie qui l’a créé (OCP), et cela, même si ce dirigeant est un dangereux criminel. Dans une autre scène, alors qu’il s’apprête à se venger de l’homme qui l’a tué, la directive qui l’oblige à obéir aux lois l’empêche de passer à l’action.  Il semble donc être totalement contrôlé par des directives préétablies dans ces scènes précises, ce qui laisse entendre que peut-être au fond, toutes ses actions qui avaient des apparences humaines n’étaient en réalité que de simples réactions issues d’un programme informatique et complexe.

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Bien sûr, ces arguments en faveur du fait que<i> </i>RoboCop n’est pas humain sont valides seulement si nous considérons que le fait d’être programmé n’est pas compatible avec le fait d’être humain. Si au contraire nous adoptons une approche béhavioriste à la Skinner, alors peut-être que ces scènes mettant en évidence l’aspect prédéterminé des choix de RoboCop ne sont pas des raisons pour le disqualifier du genre humain puisque tous ici sur terre font face à cette même condition. Peut-être que la liberté de ses choix n’est qu’une illusion, mais cela ne le rend pas moins humain puisque tous les choix que les hommes et les femmes font sont des actes illusoirement libres, comme l’expliquerait Spinoza.

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Bref, le débat philosophique sur la nature humaine peut ainsi se développer à partir de l’analyse de très nombreuses scènes du film et, en fait, nous n’avons ici qu’effleuré le potentiel réflexif de l’ensemble de l’œuvre. Il y a tout le volet éthique et politique qui aurait pu être également exploité. De nombreux personnages du film, pas juste RoboCop, vivent des dilemmes qui mettent en scène des conflits qui ont des enjeux éthiques et politiques. En fait, dans la trame narrative du film, la création de RoboCop est elle-même directement liée à un conflit de nature politique : la grève des policiers et le recours à une compagnie privée pour assurer la sécurité de la ville de Détroit. C’est d’ailleurs une perspective du film que Thierry Hoquet fait ressortir avec beaucoup de perspicacité dans sa <i>Cyborg philosophie </i>(2011, p. 10)<i> </i>: « Robocop est donc une identité sous copyright : c’est […] l’individu dépouillé de sa personne et de sa liberté, assigné à devenir le valet du capitalisme et de la bourgeoisie. » Il y a en effet une critique très acerbe du capitalisme dans le scénario qu’ont conçu les écrivains <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Edward_Neumeier">Edward Neumeier</a> et Michael Miner…

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C’est pourquoi même si <i>RoboCop</i> a plus de 25 ans, même si la magnificence des effets spéciaux de l’époque n’est plus du tout comparable avec celle d’aujourd’hui, même si la version française des dialogues est parfois risible, il ne faut pas s’étonner si les collégiens et les collégiennes applaudissent spontanément à la fin du film (c’est ce qui nous est arrivé) : ils sont contents d’avoir vécu pendant quelques moments la complexité d’un monde futur… qui ressemble drôlement au monde dans lequel ils vivent présentement.

&nbsp;

Bon cinéma!

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_______________

BIBLIOGRAPHIE

Hoquet, Thierry (2011), <i>Cyborg philosophie</i>, Seuil : Paris.

&nbsp;
<p style="text-align: center;"><a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7908-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-4522" alt="IMG_7908 - copie" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7908-copie-200x133.jpg" width="200" height="133" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7911-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-4523" alt="IMG_7911 - copie" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7911-copie-200x133.jpg" width="200" height="133" /></a></p>
&nbsp;]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Robocop au Cégep de Trois-Rivières</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2013/05/robocop-au-cegep-de-trois-rivieres/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2013/05/robocop-au-cegep-de-trois-rivieres/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 08 May 2013 15:35:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jan Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[La Semaine de la philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos en philo sur Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="133" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7911-copie-200x133.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="IMG_7911 - copie" /></p>Voici la captation vidéo de la présentation des dimensions philosophiques du film <em>Robocop I</em>, issue du ciné-philo présenté le 20 février 2013 au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières dans le cadre de la 2<sup>e</sup> <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/semaine-de-la-philosophie/"><i>Semaine de la philosophie</i></a>.

&nbsp;

La présentation des dimensions philosophiques du film est l’œuvre de <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/jmichel/">Jan Michel</a>, <a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/a-propos/">Guy Béliveau</a> et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/mhould/">Martin Hould</a> – avec, à la fin, une apparition sur scène de Robocop.

&nbsp;

<iframe src="http://www.youtube.com/embed/gSjoelNsXHY" height="315" width="420" allowfullscreen="" frameborder="0"></iframe>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="133" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/IMG_7911-copie-200x133.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="IMG_7911 - copie" /></p>Voici la captation vidéo de la présentation des dimensions philosophiques du film <em>Robocop I</em>, issue du ciné-philo présenté le 20 février 2013 au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières dans le cadre de la 2<sup>e</sup> <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/categorie/semaine-de-la-philosophie/"><i>Semaine de la philosophie</i></a>.

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La présentation des dimensions philosophiques du film est l’œuvre de <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/jmichel/">Jan Michel</a>, <a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/a-propos/">Guy Béliveau</a> et <a href="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/author/mhould/">Martin Hould</a> – avec, à la fin, une apparition sur scène de Robocop.

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		</item>
		<item>
		<title>Cinéma et cours de philosophie</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2013/04/cinema-et-cours-de-philosophie/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2013/04/cinema-et-cours-de-philosophie/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 16 Apr 2013 04:16:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Clément Loranger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Informations]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="107" height="99" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Louis-Samsom.png" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Louis Samsom" /></p><b><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;">Ce mardi 16 avril, dans le cadre du </span></b><a href="http://cercle-est-ouest.blogspot.ca/"><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;"><i>Cercle Est-Ouest</i></span></a><b><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;">, Louis Samson s’entretiendra des liens entre l’enseignement de la philosophie et le cinéma.</span></b>

&nbsp;

<strong>Voici un bref résumé de sa présentation :</strong>

&nbsp;

«Depuis quelques années, on a observé une forte tendance à l’utilisation de longs métrages de fiction et de documentaires dans les classes de philosophie. Il y a toutefois un débat à ce sujet. Certains affirment que cela n’est pas approprié. Personnellement, je ne partage pas cette opinion, dans la mesure où je pense que, à des étudiants de 17 ou 18 ans, l’usage de documents audiovisuels peut apporter une contribution intéressante à la présentation, à l’illustration de certains concepts. Par ailleurs, banaliser leur usage serait une manière de nier la valeur d’œuvres importantes dans la vie culturelle des êtres humains. Le cinéma fait partie de notre patrimoine intellectuel, mais ne peut pas remplacer la littérature. On ne peut pas enseigner la philosophie qu’à partir de films et un usage disproportionné de ce média poserait bien sûr un problème de crédibilité.

&nbsp;

Cependant, certains passages contenus dans des films peuvent rendre de précieux services à l’occasion aux enseignants. Dans la mesure où de tels documents pourraient être utiles d’un point de vue scolaire, il me semble que l’on peut s’en servir judicieusement. Je partirai donc de ce principe dans cette conférence et je mettrai en évidence certains films, que j’utilise ou que l’on pourrait utiliser, dans le but de soutenir une position philosophique dans l’un ou l’autre des trois cours obligatoires au collégial.

&nbsp;

Je présenterai ces films en justifiant les raisons pour lesquelles j'en recommande l'usage. Qu’ont-ils de philosophique pour justifier leur visionnage ? Je ferai ainsi une brève présentation des enjeux présents dans ces œuvres en montrant quels objectifs ils permettent d’atteindre dans tel ou tel cours. Cependant, cette communication pourra tout aussi bien intéresser les personnes qui n’enseignent pas la philosophie en leur faisant découvrir des œuvres de grande valeur du répertoire cinématographique.

&nbsp;

Ce travail s’inscrit dans le cadre de la sortie prochaine de la revue <i>Philosopher,</i> en mai, qui proposera le thème cinéma et philosophie. Une partie de cette communication sera donc publiée dans cette revue. J’espère que nos échanges permettront de poursuivre cette réflexion sur les liens entre la philosophie et le cinéma.

<span id="more-4564"></span>
<p align="center"><b>LOUIS SAMSON</b></p>
Il est présentement professeur de philosophie au cégep de St-Hyacinthe. Il l'a été aussi au cégep de Trois-Rivières pendant plusieurs années. Il s'occupe également de la revue <i>Philosopher</i><b>. </b>Il a déjà présenté<b> </b>deux conférences devant le cercle Est-Ouest, ainsi que deux textes dans la Quinzaine : au numéro 25 sur l'écrivain Philippe Sollers, et au numéro 81 sur la légitimité de la culture populaire.»

&nbsp;

<i>*** </i>

<i>À ne pas manquer…</i><i></i>

Au Cercle Est-Ouest,

Ce mardi 16 avril à 19h, au Bistro rue Bonenventure

<i>Entrée libre et gratuite</i>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="107" height="99" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Louis-Samsom.png" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Louis Samsom" /></p><b><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;">Ce mardi 16 avril, dans le cadre du </span></b><a href="http://cercle-est-ouest.blogspot.ca/"><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;"><i>Cercle Est-Ouest</i></span></a><b><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;">, Louis Samson s’entretiendra des liens entre l’enseignement de la philosophie et le cinéma.</span></b>

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<strong>Voici un bref résumé de sa présentation :</strong>

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«Depuis quelques années, on a observé une forte tendance à l’utilisation de longs métrages de fiction et de documentaires dans les classes de philosophie. Il y a toutefois un débat à ce sujet. Certains affirment que cela n’est pas approprié. Personnellement, je ne partage pas cette opinion, dans la mesure où je pense que, à des étudiants de 17 ou 18 ans, l’usage de documents audiovisuels peut apporter une contribution intéressante à la présentation, à l’illustration de certains concepts. Par ailleurs, banaliser leur usage serait une manière de nier la valeur d’œuvres importantes dans la vie culturelle des êtres humains. Le cinéma fait partie de notre patrimoine intellectuel, mais ne peut pas remplacer la littérature. On ne peut pas enseigner la philosophie qu’à partir de films et un usage disproportionné de ce média poserait bien sûr un problème de crédibilité.

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Cependant, certains passages contenus dans des films peuvent rendre de précieux services à l’occasion aux enseignants. Dans la mesure où de tels documents pourraient être utiles d’un point de vue scolaire, il me semble que l’on peut s’en servir judicieusement. Je partirai donc de ce principe dans cette conférence et je mettrai en évidence certains films, que j’utilise ou que l’on pourrait utiliser, dans le but de soutenir une position philosophique dans l’un ou l’autre des trois cours obligatoires au collégial.

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Je présenterai ces films en justifiant les raisons pour lesquelles j'en recommande l'usage. Qu’ont-ils de philosophique pour justifier leur visionnage ? Je ferai ainsi une brève présentation des enjeux présents dans ces œuvres en montrant quels objectifs ils permettent d’atteindre dans tel ou tel cours. Cependant, cette communication pourra tout aussi bien intéresser les personnes qui n’enseignent pas la philosophie en leur faisant découvrir des œuvres de grande valeur du répertoire cinématographique.

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Ce travail s’inscrit dans le cadre de la sortie prochaine de la revue <i>Philosopher,</i> en mai, qui proposera le thème cinéma et philosophie. Une partie de cette communication sera donc publiée dans cette revue. J’espère que nos échanges permettront de poursuivre cette réflexion sur les liens entre la philosophie et le cinéma.

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<p align="center"><b>LOUIS SAMSON</b></p>
Il est présentement professeur de philosophie au cégep de St-Hyacinthe. Il l'a été aussi au cégep de Trois-Rivières pendant plusieurs années. Il s'occupe également de la revue <i>Philosopher</i><b>. </b>Il a déjà présenté<b> </b>deux conférences devant le cercle Est-Ouest, ainsi que deux textes dans la Quinzaine : au numéro 25 sur l'écrivain Philippe Sollers, et au numéro 81 sur la légitimité de la culture populaire.»

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<i>*** </i>

<i>À ne pas manquer…</i><i></i>

Au Cercle Est-Ouest,

Ce mardi 16 avril à 19h, au Bistro rue Bonenventure

<i>Entrée libre et gratuite</i>]]></content:encoded>
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		<title>Freud et le cinéma</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2010/04/freud-et-le-cinema/</link>
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		<pubDate>Sun, 25 Apr 2010 22:38:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et Cité]]></category>
		<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[conceptions de l'être humain]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Noël Lafarque]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="224" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/marnie-ext-jean-no.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="marnie-ext-jean-no" /></p><p style="text-align: right;"><span class="small">«Une fois on m’a dit que le meilleur moyen de perdre un poste
précaire à Paris 8, c’était de taper sur Freud.
Je vous dirai si ça a marché.»
– Jean-Noël Lafargue</span></p>
<a href="http://hyperbate.fr/dernier/?page_id=12333">Jean-Noël Lafargue</a>, qui enseigne les arts et qui a notamment participé à la concrétisation du cd-rom «<a href="http://www.ciren.org/ciren/productions/moments/generique.html">Moments de Jean-Jacques Rousseau</a>» (Éditions Gallimard, 2000), est maître de conférences associé à l’<a href="http://www-artweb.univ-paris8.fr/" target="_blank">Université Paris 8</a> et professeur à l’<a href="http://www.esadhar.fr/lh/">École Supérieure d’Arts du Havre</a>.  Sur <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/" target="_blank">son blogue</a> (<span class="small">fil <a href="feed://www.hyperbate.com/dernier/?feed=rss2" target="_blank">RSS</a></span>), il publie régulièrement des billets sur le cinéma.

Les personnes s’intéressant aux conceptions philosophiques de l’être humain trouveront sans doute un intérêt à lire son billet intitulé «<a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">Le presque ça et le je-ne-sais-rien</a>».

<strong>Un extrait :</strong>
<blockquote>«[...] C’est à ce stade que je retrouve un des sujets redondants de ce blog : la manière dont la représentation fictionnelle et l’opinion s’influencent mutuellement. Car si Freud a tant d’importance aujourd’hui, ce n’est pas grâce à ses textes (qu’il faudrait avoir lus en allemand, dit-on) ni grâce à la nouveauté ou à la justesse de ses théories. Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’il a su peaufiner une légende que ses héritiers ont perpétuée — cela aurait fini par devenir une faiblesse puisque tout fait incarné par une personnalité fondatrice court le risque d’être emportée avec cette personne dès qu’il est atteint par une révélation scandaleuse. C’est aussi, à mon avis, parce que la psychanalyse, plus encore que Freud lui-même, s’est imposée comme un emblème du XXe siècle, et que cela est passé, notamment, par le cinéma. En effet, si des écrivains ou des artistes ont popularisé la psychanalyse (les surréalistes notamment), les plus spectaculaires succès de Freud se trouvent à mon avis dans deux films de Sir Alfred Hitchcock, deux films que tout le monde a vus ou presque : <em>Spellbound</em> (<em>La maison du docteur Edwardes</em>, 1945) et <em>Marnie</em> (<em>Pas de printemps pour Marnie</em>, 1964) deux fictions qui ont popularisé la notion de souvenir refoulé. [...]» (Lire le billet en entier : Jean-Noël Lafargue, <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank"><em>Le presque ça et le je-ne-sais-rien</em></a>)</blockquote>
<span id="more-121"></span>
___
Note : la présente image a été découpée à partir d’une image tirée <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">dudit billet</a> de Jean-Noël Lafargue.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="200" height="224" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/marnie-ext-jean-no.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="marnie-ext-jean-no" /></p><p style="text-align: right;"><span class="small">«Une fois on m’a dit que le meilleur moyen de perdre un poste
précaire à Paris 8, c’était de taper sur Freud.
Je vous dirai si ça a marché.»
– Jean-Noël Lafargue</span></p>
<a href="http://hyperbate.fr/dernier/?page_id=12333">Jean-Noël Lafargue</a>, qui enseigne les arts et qui a notamment participé à la concrétisation du cd-rom «<a href="http://www.ciren.org/ciren/productions/moments/generique.html">Moments de Jean-Jacques Rousseau</a>» (Éditions Gallimard, 2000), est maître de conférences associé à l’<a href="http://www-artweb.univ-paris8.fr/" target="_blank">Université Paris 8</a> et professeur à l’<a href="http://www.esadhar.fr/lh/">École Supérieure d’Arts du Havre</a>.  Sur <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/" target="_blank">son blogue</a> (<span class="small">fil <a href="feed://www.hyperbate.com/dernier/?feed=rss2" target="_blank">RSS</a></span>), il publie régulièrement des billets sur le cinéma.

Les personnes s’intéressant aux conceptions philosophiques de l’être humain trouveront sans doute un intérêt à lire son billet intitulé «<a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">Le presque ça et le je-ne-sais-rien</a>».

<strong>Un extrait :</strong>
<blockquote>«[...] C’est à ce stade que je retrouve un des sujets redondants de ce blog : la manière dont la représentation fictionnelle et l’opinion s’influencent mutuellement. Car si Freud a tant d’importance aujourd’hui, ce n’est pas grâce à ses textes (qu’il faudrait avoir lus en allemand, dit-on) ni grâce à la nouveauté ou à la justesse de ses théories. Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’il a su peaufiner une légende que ses héritiers ont perpétuée — cela aurait fini par devenir une faiblesse puisque tout fait incarné par une personnalité fondatrice court le risque d’être emportée avec cette personne dès qu’il est atteint par une révélation scandaleuse. C’est aussi, à mon avis, parce que la psychanalyse, plus encore que Freud lui-même, s’est imposée comme un emblème du XXe siècle, et que cela est passé, notamment, par le cinéma. En effet, si des écrivains ou des artistes ont popularisé la psychanalyse (les surréalistes notamment), les plus spectaculaires succès de Freud se trouvent à mon avis dans deux films de Sir Alfred Hitchcock, deux films que tout le monde a vus ou presque : <em>Spellbound</em> (<em>La maison du docteur Edwardes</em>, 1945) et <em>Marnie</em> (<em>Pas de printemps pour Marnie</em>, 1964) deux fictions qui ont popularisé la notion de souvenir refoulé. [...]» (Lire le billet en entier : Jean-Noël Lafargue, <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank"><em>Le presque ça et le je-ne-sais-rien</em></a>)</blockquote>
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Note : la présente image a été découpée à partir d’une image tirée <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=10573" target="_blank">dudit billet</a> de Jean-Noël Lafargue.]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Suggestions de films autour des conceptions de l’être humain</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2009/03/suggestions-de-films-autour-des-conceptions-de-letre-humain/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2009/03/suggestions-de-films-autour-des-conceptions-de-letre-humain/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 19 Mar 2009 17:36:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie philosophique]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[philo 102]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://philosophie.cegeptr.qc.ca/?p=379</guid>
		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="93" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="without limits" /></p>Pour garder en action quelques neurones philosophiques tout en se divertissant, voici trois petites suggestions de films en relation avec les conceptions de l’être humain :
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1336 alignnone" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" /> <img class="size-full wp-image-1337 alignnone" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" /> <img class="alignnone size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" /></p>
<span id="more-379"></span>
<strong>«Without Limits»</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0119934/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie du coureur de fond Steve Prefontaine (détenteur de divers records américains, du 2000 mètres jusqu’au 10000 mètres) et de son entraîneur, Bill Bowerman (aussi cofondateur de Nike).

Dans ce film, la mise en scène des personnages de Prefontaine et Bowerman met en relief deux conceptions divergentes de la volonté – toutes deux articulées dans une perspective différente de ce qui constitue un <img class="alignright size-full wp-image-1336" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" />«dépassement de soi».  Pour Prefontaine, le «talent est un mythe», tel qu’il l’explique notamment à sa copine Mary.  Selon lui, s’il peut battre des coureurs qui ont plus de «talent» que lui, c’est qu’il peut endurer la souffrance et l’effort «mieux que quiconque».  En somme, le corps et le «talent» ne pèsent que peu dans la balance, tout se joue à coup de volonté – et de «tripes».  On remarquera, et ce, à maints égards, que cette conception implique une dualité <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=311" target="_blank">corps</a>/volonté (qui est une variante du dualisme corps/esprit).  À l’opposé, pour Bowerman la volonté est elle-même le fruit des diverses «forces» qui se trament en l’être humain, chacune tentant de teinter de leur couleur les autres «forces» qui s’y trament.  C’est pourquoi il dira par exemple à Prefontaine, lors de la scène du bar, que «le talent, ce n’est jamais un concept qui plane dans les nuages» et qu’il considère que son insistance à nier son propre talent au nom de sa volonté n’est qu’une contrepartie «du comble de sa vanité».  Notons ici que l’un des aspects intéressants du film est qu’il met en valeur chacune des positions et leur ambiguïté, sans vraiment trancher en faveur d’une conception plutôt que l’autre…

_
<strong>«Vers l’inconnu» («Into the Wild»)</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0758758/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie de Christopher McCandless.<img class="alignright size-full wp-image-1337" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" />

Très tôt dans le film, on peut constater la tension que Christopher McCandless éprouve entre «avoir» et «être» – qui est aussi soutenue par <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ok7utac94dM" target="_blank">les chansons</a> composées par Eddie Vedder.   Tentant de se dégager du «paraître», il partira sur les routes à la recherche d’une liberté détachée des apparences et, dans un retour vers la nature, se dirigera vers les régions sauvages de l’Alaska.  À maints égards au cours de ce film, on peut aisément tracer plusieurs parallèles avec la conception de l’être humain de Rousseau, ainsi qu’avec ses propos sur les rapports entre nature et culture – et sur ce qui serait à l’origine de la corruption de la nature humaine.

_
<strong>«Le Placard»</strong>
Dans <a href="http://www.imdb.com/title/tt0243493/" target="_blank">cette comédie</a> de Francis Veber, plusieurs parallèles peuvent être faits avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, en particulier avec ses conceptions des relations avec autrui, et plus précisément avec cette idée, énoncée dans <a href="http://www.cdrnet.net/kb/data/FR_Sartre.asp" target="_blank">la pièce «Huis clos»</a>, selon laquelle «l’enfer, c’est les autres».

<img class="alignright size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" />
<span class="small">(Ce qui suit est une reprise de <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=385&amp;Itemid=42" target="_blank">cet article</a>)</span>
<em><strong>Les autres, un enfer, vraiment?</strong></em>
Lorsque Sartre dit que «l’enfer, c’est les autres», il ne se place pas en premier lieu dans le domaine de la moralité : il le fait d’abord et avant tout en se plaçant au cœur de sa conception de la condition humaine.  On se rappelle que pour Sartre, l’être humain est fondamentalement libre, au sens où il ne répondrait pas à une prédestination.  D’où sa célèbre formule : «l’existence précède l’essence».  En premier lieu nous existons, et c’est notre existence concrète qui déterminera notre essence, c’est-à-dire la définition de «qui nous sommes».  Bien sûr, cette liberté fondamentale ne nie pas qu’il y ait un ensemble de contraintes qui puissent entrer en ligne de compte, d’où la facticité.  Il faudrait donc savoir reconnaître le poids des contraintes, ne pas voiler notre facticité, sans se dérober à notre responsabilité quant à la définition de «qui» nous devenons.  La liberté apparaîtra donc comme une manière de constamment et perpétuellement assumer ses possibilités de choisir, et par là même, elle apparaîtra comme une constante et perpétuelle (re)mise en définition de notre essence, de «qui» nous sommes.  Face à cette liberté fondamentale, il faudra alors éviter ce que Sartre appelait «la mauvaise foi», c’est-à-dire cette manière d’être où l’on perd de vue la responsabilité et le poids de nos propres choix, soit en refusant de choisir, soit en refusant d’assumer (ou de voir) la responsabilité de nos actes, soit en refusant de se montrer tel que l’on est.  En d’autres termes, pour éviter la mauvaise foi, il faudrait être «authentique», ce qui n’est cependant pas si évident lorsqu’on tente d’examiner ça d’un point de vue pratique : par exemple, comment s’assurer qu’on ne donne pas trop peu de poids à notre passé, niant alors <em>qui</em> nous avons été, ou qu’au contraire on n’y donne pas trop de poids, s’engluant alors dans un passé qui nierait les possibilités de <em>façonnement</em> de notre identité.  Quelle est la juste mesure, lorsqu’il n’y a justement pas de mesure <em>a priori </em>?

On rencontre là l’un des paradoxes de cette authenticité : il faudrait être fidèle à soi-même, à qui l’on est, mais notre liberté fondamentale fait pourtant en sorte qu’on ne pourra jamais prétendre avoir une essence déjà-donnée ou déjà-fixée, puisque c’est notre manière d’exister qui redéfinira constamment et perpétuellement «qui» l’on est.  Dès lors, à quoi faudrait-il être fidèle exactement, s’il n’y a pas un «modèle» prédéterminé auquel se conformer, si notre essence est constamment et perpétuellement en redéfinition ?  Cette situation paradoxale constitue en fait la racine du phénomène de la mauvaise foi, celle-ci venant de pair avec la liberté humaine, lui collant à la peau comme son ombre.  Bref, la notion de mauvaise foi, chez Sartre, désigne précisément cette constante possibilité de s’engluer dans les facticités, ou au contraire d’y être aveugle, au cours de la constante esquisse de notre «identité»…

Dans cette mesure, les autres deviendront indispensables à la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes, en même temps qu’ils nous offriront des visions inévitablement tronquées, déformées ou déformantes de nous-mêmes.  Comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne tient jamais compte de l’interprétation que les autres peuvent avoir de nos actions? Mais à l’inverse, comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne s’en remet qu’à l’interprétation des autres? Encore là, quel est le «juste milieu», quelle est la juste «mesure» ?  En fait, si nous n’avons pas d’essence (une définition de notre identité) avant notre existence, la difficulté à bien saisir «qui l’on est» se pose autant lorsque c’est nous qui portons un regard sur nous-mêmes que lorsque ce sont les autres qui le font.   Cette condition humaine fait donc en sorte que les autres nous seront tout autant indispensables qu’aliénants, lorsque nous tenterons de nous définir et de nous comprendre; ce qui teintera l’ensemble des relations avec autrui, l’être humain oscillant alors sans cesse entre un pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté dans sa tentative de se définir (empiétant dès lors sur d’autres libertés) et un pôle où il donne davantage de place à la liberté d’autrui (empiétant dès lors sur sa propre liberté dans la définition de son identité) <span class="small">[1]</span>.

On est alors mieux à même de comprendre pourquoi, selon Sartre, «l’enfer, c’est les autres» – ces «autres» qui sont tout autant indispensables à la perpétuelle définition de notre être qu’ils ne viennent contraindre cette redéfinition…

<em><strong>Et «Le placard», dans tout ça</strong></em>
Venons-en enfin au film <em>Le Placard</em>.  Une des clés du film est dans cette réplique : «ne changez surtout pas, <img class="alignleft size-full wp-image-1339" title="le placard (extrait)" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard-extrait.jpg" width="130" height="86" />vous verrez, c’est le regard des autres qui va changer».  La trame de cette comédie est, dans ses grandes lignes, plutôt simple : un comptable (François Pignon) dans une usine de dérivés du caoutchouc, jusqu’alors perçu comme plutôt grisâtre et relativement anonyme, est menacé de devenir encore plus effacé : il sera sous peu touché par un licenciement.  C’est alors que son nouveau voisin (Belone) lui suggère de laisser croire qu’il est homosexuel, afin de faire en sorte que l’employeur ne puisse pas supporter le regard que les autres pourraient porter sur ce licenciement, même si les motifs véritables n’ont rien à voir avec de la discrimination.  Ne pouvant pas feindre d’être ce qu’il n’est pas, c’est alors que Belone suggère à Pignon de ne rien changer à ses comportements… Et effectivement, c’est d’abord les spectres interprétatifs des autres, de leurs regards, qui se modifient.  En cela, on retrouve tout au cours du film une bonne illustration, sous diverses facettes, de ce jeu où «l’enfer, c’est les autres».

Mais, signe que la définition de soi ne se fait jamais en vase clos, Pignon a beau connaître la vérité sur ce qu’il n’est pas, la modification du regard des autres entraînera aussi une modification de Pignon.  Aussi, il aura l’impression que ce n’est que depuis cet événement qu’il a «commencé à se comporter comme un homme», redéfinissant au passage ses rapports avec son fils, qui jusque-là le fuyait, et réévaluant aussi lors d’un repas le regard qu’il portait sur son ancienne femme, dont il dira que, «perdu dans son obsession, [il] avait perdu de vue qui elle était» mais que là, «enfin [il] respire».  Au final, le personnage de Pignon livre en quelque sorte une autre clé de ses rapports avec autrui, lorsqu’il dit que : «toute ma vie on m’a traité de chiant, maintenant vous me traitez de chieur, je vois ça comme une promotion.»  Le personnage se situant alors à l’orée du pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté, ce qui empiète dès lors inévitablement sur d’autres libertés dans la définition de son identité – pour reprendre les termes de la conception sartrienne des rapports avec autrui…

__
<span class="small">[1] Voir notamment le chapitre sur «Les relations concrètes avec autrui», dans l’<em>Être et le néant</em>.</span>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="93" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="without limits" /></p>Pour garder en action quelques neurones philosophiques tout en se divertissant, voici trois petites suggestions de films en relation avec les conceptions de l’être humain :
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1336 alignnone" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" /> <img class="size-full wp-image-1337 alignnone" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" /> <img class="alignnone size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" /></p>
<span id="more-379"></span>
<strong>«Without Limits»</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0119934/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie du coureur de fond Steve Prefontaine (détenteur de divers records américains, du 2000 mètres jusqu’au 10000 mètres) et de son entraîneur, Bill Bowerman (aussi cofondateur de Nike).

Dans ce film, la mise en scène des personnages de Prefontaine et Bowerman met en relief deux conceptions divergentes de la volonté – toutes deux articulées dans une perspective différente de ce qui constitue un <img class="alignright size-full wp-image-1336" title="without limits" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/without-limits.jpg" width="93" height="140" />«dépassement de soi».  Pour Prefontaine, le «talent est un mythe», tel qu’il l’explique notamment à sa copine Mary.  Selon lui, s’il peut battre des coureurs qui ont plus de «talent» que lui, c’est qu’il peut endurer la souffrance et l’effort «mieux que quiconque».  En somme, le corps et le «talent» ne pèsent que peu dans la balance, tout se joue à coup de volonté – et de «tripes».  On remarquera, et ce, à maints égards, que cette conception implique une dualité <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=311" target="_blank">corps</a>/volonté (qui est une variante du dualisme corps/esprit).  À l’opposé, pour Bowerman la volonté est elle-même le fruit des diverses «forces» qui se trament en l’être humain, chacune tentant de teinter de leur couleur les autres «forces» qui s’y trament.  C’est pourquoi il dira par exemple à Prefontaine, lors de la scène du bar, que «le talent, ce n’est jamais un concept qui plane dans les nuages» et qu’il considère que son insistance à nier son propre talent au nom de sa volonté n’est qu’une contrepartie «du comble de sa vanité».  Notons ici que l’un des aspects intéressants du film est qu’il met en valeur chacune des positions et leur ambiguïté, sans vraiment trancher en faveur d’une conception plutôt que l’autre…

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<strong>«Vers l’inconnu» («Into the Wild»)</strong>
<a href="http://www.imdb.com/title/tt0758758/" target="_blank">Ce film</a> est inspiré de la vie de Christopher McCandless.<img class="alignright size-full wp-image-1337" title="into the wild" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/into-the-wild.jpg" width="93" height="135" />

Très tôt dans le film, on peut constater la tension que Christopher McCandless éprouve entre «avoir» et «être» – qui est aussi soutenue par <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ok7utac94dM" target="_blank">les chansons</a> composées par Eddie Vedder.   Tentant de se dégager du «paraître», il partira sur les routes à la recherche d’une liberté détachée des apparences et, dans un retour vers la nature, se dirigera vers les régions sauvages de l’Alaska.  À maints égards au cours de ce film, on peut aisément tracer plusieurs parallèles avec la conception de l’être humain de Rousseau, ainsi qu’avec ses propos sur les rapports entre nature et culture – et sur ce qui serait à l’origine de la corruption de la nature humaine.

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<strong>«Le Placard»</strong>
Dans <a href="http://www.imdb.com/title/tt0243493/" target="_blank">cette comédie</a> de Francis Veber, plusieurs parallèles peuvent être faits avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, en particulier avec ses conceptions des relations avec autrui, et plus précisément avec cette idée, énoncée dans <a href="http://www.cdrnet.net/kb/data/FR_Sartre.asp" target="_blank">la pièce «Huis clos»</a>, selon laquelle «l’enfer, c’est les autres».

<img class="alignright size-full wp-image-1338" title="le placard" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" width="90" height="140" />
<span class="small">(Ce qui suit est une reprise de <a href="index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=385&amp;Itemid=42" target="_blank">cet article</a>)</span>
<em><strong>Les autres, un enfer, vraiment?</strong></em>
Lorsque Sartre dit que «l’enfer, c’est les autres», il ne se place pas en premier lieu dans le domaine de la moralité : il le fait d’abord et avant tout en se plaçant au cœur de sa conception de la condition humaine.  On se rappelle que pour Sartre, l’être humain est fondamentalement libre, au sens où il ne répondrait pas à une prédestination.  D’où sa célèbre formule : «l’existence précède l’essence».  En premier lieu nous existons, et c’est notre existence concrète qui déterminera notre essence, c’est-à-dire la définition de «qui nous sommes».  Bien sûr, cette liberté fondamentale ne nie pas qu’il y ait un ensemble de contraintes qui puissent entrer en ligne de compte, d’où la facticité.  Il faudrait donc savoir reconnaître le poids des contraintes, ne pas voiler notre facticité, sans se dérober à notre responsabilité quant à la définition de «qui» nous devenons.  La liberté apparaîtra donc comme une manière de constamment et perpétuellement assumer ses possibilités de choisir, et par là même, elle apparaîtra comme une constante et perpétuelle (re)mise en définition de notre essence, de «qui» nous sommes.  Face à cette liberté fondamentale, il faudra alors éviter ce que Sartre appelait «la mauvaise foi», c’est-à-dire cette manière d’être où l’on perd de vue la responsabilité et le poids de nos propres choix, soit en refusant de choisir, soit en refusant d’assumer (ou de voir) la responsabilité de nos actes, soit en refusant de se montrer tel que l’on est.  En d’autres termes, pour éviter la mauvaise foi, il faudrait être «authentique», ce qui n’est cependant pas si évident lorsqu’on tente d’examiner ça d’un point de vue pratique : par exemple, comment s’assurer qu’on ne donne pas trop peu de poids à notre passé, niant alors <em>qui</em> nous avons été, ou qu’au contraire on n’y donne pas trop de poids, s’engluant alors dans un passé qui nierait les possibilités de <em>façonnement</em> de notre identité.  Quelle est la juste mesure, lorsqu’il n’y a justement pas de mesure <em>a priori </em>?

On rencontre là l’un des paradoxes de cette authenticité : il faudrait être fidèle à soi-même, à qui l’on est, mais notre liberté fondamentale fait pourtant en sorte qu’on ne pourra jamais prétendre avoir une essence déjà-donnée ou déjà-fixée, puisque c’est notre manière d’exister qui redéfinira constamment et perpétuellement «qui» l’on est.  Dès lors, à quoi faudrait-il être fidèle exactement, s’il n’y a pas un «modèle» prédéterminé auquel se conformer, si notre essence est constamment et perpétuellement en redéfinition ?  Cette situation paradoxale constitue en fait la racine du phénomène de la mauvaise foi, celle-ci venant de pair avec la liberté humaine, lui collant à la peau comme son ombre.  Bref, la notion de mauvaise foi, chez Sartre, désigne précisément cette constante possibilité de s’engluer dans les facticités, ou au contraire d’y être aveugle, au cours de la constante esquisse de notre «identité»…

Dans cette mesure, les autres deviendront indispensables à la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes, en même temps qu’ils nous offriront des visions inévitablement tronquées, déformées ou déformantes de nous-mêmes.  Comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne tient jamais compte de l’interprétation que les autres peuvent avoir de nos actions? Mais à l’inverse, comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne s’en remet qu’à l’interprétation des autres? Encore là, quel est le «juste milieu», quelle est la juste «mesure» ?  En fait, si nous n’avons pas d’essence (une définition de notre identité) avant notre existence, la difficulté à bien saisir «qui l’on est» se pose autant lorsque c’est nous qui portons un regard sur nous-mêmes que lorsque ce sont les autres qui le font.   Cette condition humaine fait donc en sorte que les autres nous seront tout autant indispensables qu’aliénants, lorsque nous tenterons de nous définir et de nous comprendre; ce qui teintera l’ensemble des relations avec autrui, l’être humain oscillant alors sans cesse entre un pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté dans sa tentative de se définir (empiétant dès lors sur d’autres libertés) et un pôle où il donne davantage de place à la liberté d’autrui (empiétant dès lors sur sa propre liberté dans la définition de son identité) <span class="small">[1]</span>.

On est alors mieux à même de comprendre pourquoi, selon Sartre, «l’enfer, c’est les autres» – ces «autres» qui sont tout autant indispensables à la perpétuelle définition de notre être qu’ils ne viennent contraindre cette redéfinition…

<em><strong>Et «Le placard», dans tout ça</strong></em>
Venons-en enfin au film <em>Le Placard</em>.  Une des clés du film est dans cette réplique : «ne changez surtout pas, <img class="alignleft size-full wp-image-1339" title="le placard (extrait)" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard-extrait.jpg" width="130" height="86" />vous verrez, c’est le regard des autres qui va changer».  La trame de cette comédie est, dans ses grandes lignes, plutôt simple : un comptable (François Pignon) dans une usine de dérivés du caoutchouc, jusqu’alors perçu comme plutôt grisâtre et relativement anonyme, est menacé de devenir encore plus effacé : il sera sous peu touché par un licenciement.  C’est alors que son nouveau voisin (Belone) lui suggère de laisser croire qu’il est homosexuel, afin de faire en sorte que l’employeur ne puisse pas supporter le regard que les autres pourraient porter sur ce licenciement, même si les motifs véritables n’ont rien à voir avec de la discrimination.  Ne pouvant pas feindre d’être ce qu’il n’est pas, c’est alors que Belone suggère à Pignon de ne rien changer à ses comportements… Et effectivement, c’est d’abord les spectres interprétatifs des autres, de leurs regards, qui se modifient.  En cela, on retrouve tout au cours du film une bonne illustration, sous diverses facettes, de ce jeu où «l’enfer, c’est les autres».

Mais, signe que la définition de soi ne se fait jamais en vase clos, Pignon a beau connaître la vérité sur ce qu’il n’est pas, la modification du regard des autres entraînera aussi une modification de Pignon.  Aussi, il aura l’impression que ce n’est que depuis cet événement qu’il a «commencé à se comporter comme un homme», redéfinissant au passage ses rapports avec son fils, qui jusque-là le fuyait, et réévaluant aussi lors d’un repas le regard qu’il portait sur son ancienne femme, dont il dira que, «perdu dans son obsession, [il] avait perdu de vue qui elle était» mais que là, «enfin [il] respire».  Au final, le personnage de Pignon livre en quelque sorte une autre clé de ses rapports avec autrui, lorsqu’il dit que : «toute ma vie on m’a traité de chiant, maintenant vous me traitez de chieur, je vois ça comme une promotion.»  Le personnage se situant alors à l’orée du pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté, ce qui empiète dès lors inévitablement sur d’autres libertés dans la définition de son identité – pour reprendre les termes de la conception sartrienne des rapports avec autrui…

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<span class="small">[1] Voir notamment le chapitre sur «Les relations concrètes avec autrui», dans l’<em>Être et le néant</em>.</span>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Cinéma et philosophie : de «Huis clos» au «Placard»</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/12/cinema-et-philosophie-de-huis-clos-au-placard/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/12/cinema-et-philosophie-de-huis-clos-au-placard/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 14 Dec 2007 05:55:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Huis clos]]></category>
		<category><![CDATA[Placard]]></category>
		<category><![CDATA[Sartre]]></category>
		<category><![CDATA[Veber]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="90" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="le placard" /></p><div>Les films de <a href="http://www.ecrannoir.fr/real/france/veber.htm" target="_blank">Francis</a> <a href="http://www.imdb.com/name/nm0891554/" target="_blank">Veber</a>, du <em>Jouet</em> (1976) à <em>La Doublure</em> (2006), en passant par <em>La Chèvre</em> (1981), <em>Le Dîner de cons</em> (1997) et <em>Tais-toi!</em> (2002), donnent certes à rire, mais aussi à réfléchir.En écoutant la comédie <a href="http://www.imdb.com/title/tt0243493/" target="_blank"><em>Le Placard</em></a> (<a href="http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=12&amp;cfilm=27793.html" target="_blank">bande-annonce</a>), on est frappé par l’analogie qu’il y aurait à faire avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, avec ses conceptions des relations avec autrui, et en particulier avec cette idée, énoncée dans <a href="http://www.cdrnet.net/kb/data/FR_Sartre.asp" target="_blank">la pièce Huis clos</a>, selon laquelle «l’enfer, c’est les autres».  Peut-être même que le fait que ce film soit une comédie est susceptible d’en faire un allié pédagogique d’autant plus redoutable, afin de contribuer à mieux faire saisir cet aspect de la pensée de Sartre.

Regardons-y d’un peu plus près.

</div>
<span id="more-378"></span>
<div><strong>Les autres, un enfer, vraiment?</strong>
Lorsque Sartre dit que «l’enfer, c’est les autres», il ne se place pas en premier lieu dans le domaine de la moralité : il le fait d’abord et avant tout en se plaçant au cœur de sa conception de la condition humaine.  On se rappelle que pour Sartre, l’être humain est fondamentalement libre, au sens où il ne répondrait pas à une prédestination.  D’où sa célèbre formule : «l’existence précède l’essence».  En premier lieu nous existons, et c’est notre existence concrète qui déterminera notre essence, c’est-à-dire la définition de «qui nous sommes».  Bien sûr, cette liberté fondamentale ne nie pas qu’il y ait un ensemble de contraintes qui puissent entrer en ligne de compte, d’où la facticité.  Il faudrait donc savoir reconnaître le poids des contraintes, ne pas voiler notre facticité, sans se dérober à notre responsabilité quant à la définition de «qui» nous devenons.  La liberté apparaîtra donc comme une manière de constamment et perpétuellement assumer ses possibilités de choisir, et par là même, elle apparaîtra comme une constante et perpétuelle (re)mise en définition de notre essence, de «qui» nous sommes.  Face à cette liberté fondamentale, il faudra alors éviter ce que Sartre appelait la mauvaise foi, c’est-à-dire cette manière d’être où l’on perd de vue la responsabilité et le poids de nos propres choix, soit en refusant de choisir, soit en refusant d’assumer (ou de voir) la responsabilité de nos actes, soit en refusant de se montrer tel que l’on est.  En d’autres termes, pour éviter la mauvaise foi, il faudrait être «authentique», ce qui n’est cependant pas si évident lorsqu’on tente d’examiner ça d’un point de vue pratique: par exemple, comment s’assurer qu’on ne donne pas trop peu de poids à notre passé, niant <em>qui</em> nous avons été, ou qu’au contraire on n’y donne pas trop de poids, s’engluant dans un passé qui nierait les possibilités de <em>façonnement</em> de notre identité.  Quelle est la juste mesure, lorsqu’il n’y a justement pas de mesure <em>a priori</em>?On rencontre là l’un des paradoxes de cette authenticité : il faudrait être fidèle à soi-même, à qui l'on est, mais notre liberté fondamentale fait pourtant en sorte qu’on ne pourra jamais prétendre avoir une essence déjà-donnée ou déjà-fixée, puisque c’est notre manière d’exister qui redéfinira constamment et perpétuellement «qui» l'on est.  Dès lors, à quoi faudrait-il être fidèle exactement, s’il n’y a pas un «modèle» prédéterminé auquel se conformer, si notre essence est constamment et perpétuellement en redéfinition?  Cette situation paradoxale constitue en fait la racine du phénomène de la mauvaise foi, celle-ci venant de pair avec la liberté humaine, lui collant à la peau comme son ombre.  Bref, la notion de mauvaise foi, chez Sartre, désigne précisément cette constante possibilité de s’engluer dans les facticités, ou au contraire d’y être aveugle, au cours de la constante esquisse de notre «identité»…

Dans cette mesure, les autres deviendront indispensables à la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes, en même temps qu’ils nous offriront des visions inévitablement tronquées, déformées ou déformantes de nous-mêmes.  Comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne tient jamais compte de l’interprétation que les autres peuvent avoir de nos actions.  Mais à l’inverse, comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne s’en remet qu’à l’interprétation des autres.  Encore là, quel est le «juste milieu», quelle est la juste «mesure»?  En fait, si nous n’avons pas d’essence (une définition de notre identité) avant notre existence, la difficulté à bien saisir «qui l'on est» se pose autant lorsque c’est nous qui portons un regard sur nous-mêmes que lorsque ce sont les autres qui le font.   Cette condition humaine fait donc en sorte que les autres nous seront tout autant indispensables qu’aliénants, lorsque nous tenterons de nous définir et de nous comprendre; ce qui teintera l’ensemble des relations avec autrui, l’être humain oscillant alors sans cesse entre un pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté dans sa tentative de se définir (empiétant dès lors sur d’autres libertés) et un pôle où il donne davantage de place à la liberté d’autrui (empiétant dès lors sur sa propre liberté dans la définition de son identité) [1].

On est alors mieux à même de comprendre pourquoi, selon Sartre, «l’enfer, c’est les autres» – ces «autres» qui sont tout autant indispensables à la perpétuelle définition de notre être qu’ils ne viennent contraindre cette redéfinition…

<strong>Et <em>Le placard</em>, dans tout ça</strong>
Venons-en enfin au film <em>Le Placard</em>.  Une des clés du film est dans cette réplique : «ne changez surtout pas, vous verrez, c’est le regard des autres qui va changer».  La trame du film est, dans ses grandes lignes, plutôt simple : un comptable (François Pignon) dans une usine de dérivés du caoutchouc, jusqu’alors perçu comme plutôt grisâtre et relativement anonyme, est menacé de devenir encore plus effacé : il sera sous peu touché par un licenciement.  C’est alors que son nouveau voisin (Belone) lui suggère de laisser croire qu’il est homosexuel, afin de faire en sorte que l’employeur ne puisse pas supporter le regard que les autres pourraient porter sur ce licenciement, même si les motifs véritables n’ont rien à voir avec de la discrimination.  Ne pouvant pas feindre d’être ce qu’il n’est pas, c’est alors que Belone suggère à Pignon de ne rien changer à ses comportements… Et effectivement, c’est d’abord les spectres interprétatifs des autres, de leurs regards, qui se modifient.  En cela, on retrouve tout au cours du film une bonne illustration, sous diverses facettes, de ce jeu où «l’enfer, c’est les autres».

Mais, signe que la définition de soi ne se fait jamais en vase clos, Pignon a beau connaître la vérité sur ce qu’il n’est pas, la modification du regard des autres entraînera aussi une modification de Pignon.  Aussi, il aura l’impression que ce n’est que depuis cet événement qu’il a «commencé à se comporter comme un homme», redéfinissant au passage ses rapports avec son fils, qui jusque-là le fuyait, et réévaluant lors d’un repas le regard qu’il portait sur son ancienne femme, dont il dira que, «perdu dans son obsession, [il] avait perdu de vue qui elle était» mais que là, «enfin [il] respire».  Au final, le personnage de Pignon livre en quelque sorte une autre clé de ses rapports avec autrui, lorsqu’il dit que : «toute ma vie on m’a traité de chiant, maintenant vous me traitez de chieur, je vois ça comme une promotion.»  Le personnage se situant alors à l’orée du pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté, ce qui empiète dès lors inévitablement sur d’autres libertés dans la définition de son identité – pour reprendre les termes de la conception sartrienne des rapports avec autrui…

_______
[1] Voir notamment le chapitre sur «Les relations concrètes avec autrui», dans <em>l’Être et le néant</em>.

</div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="90" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/le-placard.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="le placard" /></p><div>Les films de <a href="http://www.ecrannoir.fr/real/france/veber.htm" target="_blank">Francis</a> <a href="http://www.imdb.com/name/nm0891554/" target="_blank">Veber</a>, du <em>Jouet</em> (1976) à <em>La Doublure</em> (2006), en passant par <em>La Chèvre</em> (1981), <em>Le Dîner de cons</em> (1997) et <em>Tais-toi!</em> (2002), donnent certes à rire, mais aussi à réfléchir.En écoutant la comédie <a href="http://www.imdb.com/title/tt0243493/" target="_blank"><em>Le Placard</em></a> (<a href="http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=12&amp;cfilm=27793.html" target="_blank">bande-annonce</a>), on est frappé par l’analogie qu’il y aurait à faire avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, avec ses conceptions des relations avec autrui, et en particulier avec cette idée, énoncée dans <a href="http://www.cdrnet.net/kb/data/FR_Sartre.asp" target="_blank">la pièce Huis clos</a>, selon laquelle «l’enfer, c’est les autres».  Peut-être même que le fait que ce film soit une comédie est susceptible d’en faire un allié pédagogique d’autant plus redoutable, afin de contribuer à mieux faire saisir cet aspect de la pensée de Sartre.

Regardons-y d’un peu plus près.

</div>
<span id="more-378"></span>
<div><strong>Les autres, un enfer, vraiment?</strong>
Lorsque Sartre dit que «l’enfer, c’est les autres», il ne se place pas en premier lieu dans le domaine de la moralité : il le fait d’abord et avant tout en se plaçant au cœur de sa conception de la condition humaine.  On se rappelle que pour Sartre, l’être humain est fondamentalement libre, au sens où il ne répondrait pas à une prédestination.  D’où sa célèbre formule : «l’existence précède l’essence».  En premier lieu nous existons, et c’est notre existence concrète qui déterminera notre essence, c’est-à-dire la définition de «qui nous sommes».  Bien sûr, cette liberté fondamentale ne nie pas qu’il y ait un ensemble de contraintes qui puissent entrer en ligne de compte, d’où la facticité.  Il faudrait donc savoir reconnaître le poids des contraintes, ne pas voiler notre facticité, sans se dérober à notre responsabilité quant à la définition de «qui» nous devenons.  La liberté apparaîtra donc comme une manière de constamment et perpétuellement assumer ses possibilités de choisir, et par là même, elle apparaîtra comme une constante et perpétuelle (re)mise en définition de notre essence, de «qui» nous sommes.  Face à cette liberté fondamentale, il faudra alors éviter ce que Sartre appelait la mauvaise foi, c’est-à-dire cette manière d’être où l’on perd de vue la responsabilité et le poids de nos propres choix, soit en refusant de choisir, soit en refusant d’assumer (ou de voir) la responsabilité de nos actes, soit en refusant de se montrer tel que l’on est.  En d’autres termes, pour éviter la mauvaise foi, il faudrait être «authentique», ce qui n’est cependant pas si évident lorsqu’on tente d’examiner ça d’un point de vue pratique: par exemple, comment s’assurer qu’on ne donne pas trop peu de poids à notre passé, niant <em>qui</em> nous avons été, ou qu’au contraire on n’y donne pas trop de poids, s’engluant dans un passé qui nierait les possibilités de <em>façonnement</em> de notre identité.  Quelle est la juste mesure, lorsqu’il n’y a justement pas de mesure <em>a priori</em>?On rencontre là l’un des paradoxes de cette authenticité : il faudrait être fidèle à soi-même, à qui l'on est, mais notre liberté fondamentale fait pourtant en sorte qu’on ne pourra jamais prétendre avoir une essence déjà-donnée ou déjà-fixée, puisque c’est notre manière d’exister qui redéfinira constamment et perpétuellement «qui» l'on est.  Dès lors, à quoi faudrait-il être fidèle exactement, s’il n’y a pas un «modèle» prédéterminé auquel se conformer, si notre essence est constamment et perpétuellement en redéfinition?  Cette situation paradoxale constitue en fait la racine du phénomène de la mauvaise foi, celle-ci venant de pair avec la liberté humaine, lui collant à la peau comme son ombre.  Bref, la notion de mauvaise foi, chez Sartre, désigne précisément cette constante possibilité de s’engluer dans les facticités, ou au contraire d’y être aveugle, au cours de la constante esquisse de notre «identité»…

Dans cette mesure, les autres deviendront indispensables à la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes, en même temps qu’ils nous offriront des visions inévitablement tronquées, déformées ou déformantes de nous-mêmes.  Comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne tient jamais compte de l’interprétation que les autres peuvent avoir de nos actions.  Mais à l’inverse, comment ne pas sombrer dans la mauvaise foi si on ne s’en remet qu’à l’interprétation des autres.  Encore là, quel est le «juste milieu», quelle est la juste «mesure»?  En fait, si nous n’avons pas d’essence (une définition de notre identité) avant notre existence, la difficulté à bien saisir «qui l'on est» se pose autant lorsque c’est nous qui portons un regard sur nous-mêmes que lorsque ce sont les autres qui le font.   Cette condition humaine fait donc en sorte que les autres nous seront tout autant indispensables qu’aliénants, lorsque nous tenterons de nous définir et de nous comprendre; ce qui teintera l’ensemble des relations avec autrui, l’être humain oscillant alors sans cesse entre un pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté dans sa tentative de se définir (empiétant dès lors sur d’autres libertés) et un pôle où il donne davantage de place à la liberté d’autrui (empiétant dès lors sur sa propre liberté dans la définition de son identité) [1].

On est alors mieux à même de comprendre pourquoi, selon Sartre, «l’enfer, c’est les autres» – ces «autres» qui sont tout autant indispensables à la perpétuelle définition de notre être qu’ils ne viennent contraindre cette redéfinition…

<strong>Et <em>Le placard</em>, dans tout ça</strong>
Venons-en enfin au film <em>Le Placard</em>.  Une des clés du film est dans cette réplique : «ne changez surtout pas, vous verrez, c’est le regard des autres qui va changer».  La trame du film est, dans ses grandes lignes, plutôt simple : un comptable (François Pignon) dans une usine de dérivés du caoutchouc, jusqu’alors perçu comme plutôt grisâtre et relativement anonyme, est menacé de devenir encore plus effacé : il sera sous peu touché par un licenciement.  C’est alors que son nouveau voisin (Belone) lui suggère de laisser croire qu’il est homosexuel, afin de faire en sorte que l’employeur ne puisse pas supporter le regard que les autres pourraient porter sur ce licenciement, même si les motifs véritables n’ont rien à voir avec de la discrimination.  Ne pouvant pas feindre d’être ce qu’il n’est pas, c’est alors que Belone suggère à Pignon de ne rien changer à ses comportements… Et effectivement, c’est d’abord les spectres interprétatifs des autres, de leurs regards, qui se modifient.  En cela, on retrouve tout au cours du film une bonne illustration, sous diverses facettes, de ce jeu où «l’enfer, c’est les autres».

Mais, signe que la définition de soi ne se fait jamais en vase clos, Pignon a beau connaître la vérité sur ce qu’il n’est pas, la modification du regard des autres entraînera aussi une modification de Pignon.  Aussi, il aura l’impression que ce n’est que depuis cet événement qu’il a «commencé à se comporter comme un homme», redéfinissant au passage ses rapports avec son fils, qui jusque-là le fuyait, et réévaluant lors d’un repas le regard qu’il portait sur son ancienne femme, dont il dira que, «perdu dans son obsession, [il] avait perdu de vue qui elle était» mais que là, «enfin [il] respire».  Au final, le personnage de Pignon livre en quelque sorte une autre clé de ses rapports avec autrui, lorsqu’il dit que : «toute ma vie on m’a traité de chiant, maintenant vous me traitez de chieur, je vois ça comme une promotion.»  Le personnage se situant alors à l’orée du pôle où il donne davantage de place à sa propre liberté, ce qui empiète dès lors inévitablement sur d’autres libertés dans la définition de son identité – pour reprendre les termes de la conception sartrienne des rapports avec autrui…

_______
[1] Voir notamment le chapitre sur «Les relations concrètes avec autrui», dans <em>l’Être et le néant</em>.

</div>]]></content:encoded>
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		<title>Crash</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/11/crash/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/11/crash/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 04 Nov 2007 20:28:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Bastarache</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[102]]></category>
		<category><![CDATA[Collision]]></category>
		<category><![CDATA[Crash]]></category>
		<category><![CDATA[être humain]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="125" height="185" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/crash_voa.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="crash_voa" /></p>Il y a celui que je crois être, il y a celui que je voudrais être, il y a celui que je suis pour les autres, et il y a, enfin, ce que je suis. À tout cela, il faut ajouter les circonstances qui peuvent me déterminer à être de telle ou telle manière, imprévisiblement.

Crash (Collision), film récipiendaire de l'<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_du_cin%C3%A9ma">Oscar</a> du meilleur film de l'année (2006), est un poème des plus subtils, en dépit des apparences (on se croirait, au départ, dans un film américain de série B dans lequel "on va casser du noir"), à la difficile et improbable vocation d'être un homme.

<span id="more-149"></span>Crash a cette remarquable et très philosophique caractéristique de nous garder, tout le long de la représentation, dans un état de déséquilibre qui se révèle profondément salutaire à qui pense qu'il est parfois nécessaire de faire ses comptes avec nos croyances sur la condition humaine.

Socrate disait qu'une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue... Crash vous fera passer tout un examen!!!

Ce film est taillé sur mesure pour le cours "les conceptions de l'être humain" (102).

<strong>Fiche du film</strong>

<strong>Genre</strong>: drame social
<strong>Origine</strong>: Allemagne, États-Unis
<strong>Durée</strong>: 1 h 53
<strong>Réalisateur</strong>: Paul Haggis
<strong>Acteurs</strong>: Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon, Jennifer Esposito, William Fichtner, Brendan Fraser, Terrence Dashon Howard, Ludacris, Thandie Newton, Ryan Phillippe, Larenz Tate, Tony Danza
<strong>Scénaristes/Écrivains</strong>: Paul Haggis, Robert Moresco
<strong>Producteurs</strong>: Paul Haggis, Don Cheadle, Mark R. Harris, Robert Moresco, Cathy Schulman, Bob Yari]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="125" height="185" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/crash_voa.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="crash_voa" /></p>Il y a celui que je crois être, il y a celui que je voudrais être, il y a celui que je suis pour les autres, et il y a, enfin, ce que je suis. À tout cela, il faut ajouter les circonstances qui peuvent me déterminer à être de telle ou telle manière, imprévisiblement.

Crash (Collision), film récipiendaire de l'<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_du_cin%C3%A9ma">Oscar</a> du meilleur film de l'année (2006), est un poème des plus subtils, en dépit des apparences (on se croirait, au départ, dans un film américain de série B dans lequel "on va casser du noir"), à la difficile et improbable vocation d'être un homme.

<span id="more-149"></span>Crash a cette remarquable et très philosophique caractéristique de nous garder, tout le long de la représentation, dans un état de déséquilibre qui se révèle profondément salutaire à qui pense qu'il est parfois nécessaire de faire ses comptes avec nos croyances sur la condition humaine.

Socrate disait qu'une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue... Crash vous fera passer tout un examen!!!

Ce film est taillé sur mesure pour le cours "les conceptions de l'être humain" (102).

<strong>Fiche du film</strong>

<strong>Genre</strong>: drame social
<strong>Origine</strong>: Allemagne, États-Unis
<strong>Durée</strong>: 1 h 53
<strong>Réalisateur</strong>: Paul Haggis
<strong>Acteurs</strong>: Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon, Jennifer Esposito, William Fichtner, Brendan Fraser, Terrence Dashon Howard, Ludacris, Thandie Newton, Ryan Phillippe, Larenz Tate, Tony Danza
<strong>Scénaristes/Écrivains</strong>: Paul Haggis, Robert Moresco
<strong>Producteurs</strong>: Paul Haggis, Don Cheadle, Mark R. Harris, Robert Moresco, Cathy Schulman, Bob Yari]]></content:encoded>
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		<title>La dernière tentation du Christ</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/10/la-derniere-tentation-du-christ/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/10/la-derniere-tentation-du-christ/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 29 Oct 2007 20:40:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Bastarache</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents 102]]></category>
		<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[102]]></category>
		<category><![CDATA[Christ]]></category>
		<category><![CDATA[double substance]]></category>
		<category><![CDATA[être humain]]></category>
		<category><![CDATA[film]]></category>
		<category><![CDATA[Nikos Kazantzakis]]></category>
		<category><![CDATA[Scorsese]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="99" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/last_temptation.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="last_temptation" /></p>Le film de Martin Scorsese, <em>La dernière tentation du Christ</em>, est maintenant disponible en format DVD NTSC (c’est-à-dire, pour les néophytes, en format lisible sur nos platines DVD de salon).  Sorti en 1988, ce film n’était disponible en français qu’en format DVD européen (PAL).

Basé sur l’œuvre de l'auteur grec, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis" target="_blank">Nikos Kazantzakis</a>, ce film est un bijou finement ciselé sur le thème de la double substance du Christ.  Il nous montre de manière toujours originale et parfois troublante un Jésus profondément déchiré entre ses aspirations humaines et l’appel d’un Ailleurs entre les mains duquel il ne se reposera complètement qu’à la toute fin.

<span id="more-148"></span>Ce film pourrait être un précieux outil à qui voudrait montrer la dimension proprement humaine (anthropologique) du christianisme.  Je conseillerais cependant alors au pédagogue de doubler sa préparation d’une lecture du roman de Kazantzakis.

Fiche technique du film

<address style="font-size: 12px; font-family: Arial,Helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: xx-small;"><span style="font-size: 12px; font-family: Verdana;">The Last Temptation of Christ
USA, 1988
De Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader, d’après le roman de Nikos Kazantzakis
Avec Willem Dafoe, Harvey Keitel, Barbara Hershey
Photo : Michael Ballhaus
Musique : Peter Gabriel
Durée : 2h44</span></span></address>Voici les premiers paragraphes de la préface du roman :

<em>« La double substance du Christ a toujours été pour moi un mystère profond et impénétrable : le désir des hommes, si humain, si surhumain, d’arriver à Dieu – ou plus exactement de retourner à Dieu et de s’identifier à lui.  Cette nostalgie si mystérieuse à la fois et si réelle, ouvrait en moi des blessures, de larges blessures.</em>

<em>Depuis ma jeunesse, mon angoisse première, la source de toutes mes joies et de toutes mes amertumes, a été celle-ci : la lutte incessante et impitoyable entre la chair et l’esprit.</em>

<em>En moi-même les forces ténébreuses du Malin, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme; en moi-même les forces lumineuses de Dieu, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme.  Et mon âme était le champ de bataille où s’affrontaient ces deux armées. »</em>

<img class="alignleft size-full wp-image-1751" title="tentation_livre" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/tentation_livre.jpg" width="240" height="240" />• Auteur : Nikos Kazantzakis
• Titre : La dernière tentation du Christ
• Éditeur : Presses Pocket (1 novembre 1988)
• Collection : Pocket
• Langue : Français
• ISBN-10: 2266026445
• ISBN-13: 978-2266026444]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="99" height="140" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/last_temptation.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="last_temptation" /></p>Le film de Martin Scorsese, <em>La dernière tentation du Christ</em>, est maintenant disponible en format DVD NTSC (c’est-à-dire, pour les néophytes, en format lisible sur nos platines DVD de salon).  Sorti en 1988, ce film n’était disponible en français qu’en format DVD européen (PAL).

Basé sur l’œuvre de l'auteur grec, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis" target="_blank">Nikos Kazantzakis</a>, ce film est un bijou finement ciselé sur le thème de la double substance du Christ.  Il nous montre de manière toujours originale et parfois troublante un Jésus profondément déchiré entre ses aspirations humaines et l’appel d’un Ailleurs entre les mains duquel il ne se reposera complètement qu’à la toute fin.

<span id="more-148"></span>Ce film pourrait être un précieux outil à qui voudrait montrer la dimension proprement humaine (anthropologique) du christianisme.  Je conseillerais cependant alors au pédagogue de doubler sa préparation d’une lecture du roman de Kazantzakis.

Fiche technique du film

<address style="font-size: 12px; font-family: Arial,Helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: xx-small;"><span style="font-size: 12px; font-family: Verdana;">The Last Temptation of Christ
USA, 1988
De Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader, d’après le roman de Nikos Kazantzakis
Avec Willem Dafoe, Harvey Keitel, Barbara Hershey
Photo : Michael Ballhaus
Musique : Peter Gabriel
Durée : 2h44</span></span></address>Voici les premiers paragraphes de la préface du roman :

<em>« La double substance du Christ a toujours été pour moi un mystère profond et impénétrable : le désir des hommes, si humain, si surhumain, d’arriver à Dieu – ou plus exactement de retourner à Dieu et de s’identifier à lui.  Cette nostalgie si mystérieuse à la fois et si réelle, ouvrait en moi des blessures, de larges blessures.</em>

<em>Depuis ma jeunesse, mon angoisse première, la source de toutes mes joies et de toutes mes amertumes, a été celle-ci : la lutte incessante et impitoyable entre la chair et l’esprit.</em>

<em>En moi-même les forces ténébreuses du Malin, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme; en moi-même les forces lumineuses de Dieu, antiques, aussi vieilles et plus vieilles que l’homme.  Et mon âme était le champ de bataille où s’affrontaient ces deux armées. »</em>

<img class="alignleft size-full wp-image-1751" title="tentation_livre" alt="" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/tentation_livre.jpg" width="240" height="240" />• Auteur : Nikos Kazantzakis
• Titre : La dernière tentation du Christ
• Éditeur : Presses Pocket (1 novembre 1988)
• Collection : Pocket
• Langue : Français
• ISBN-10: 2266026445
• ISBN-13: 978-2266026444]]></content:encoded>
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		<title>Philosophie de Woody Allen</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/10/philosophie-de-woody-allen/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2007/10/philosophie-de-woody-allen/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 07 Oct 2007 03:13:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Létourneau</dc:creator>
				<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Allen]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Quilliot]]></category>
		<category><![CDATA[Woody]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="79" height="100" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/woody-allen-clarinette.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="woody allen (clarinette)" /></p>Pour qui souhaite entrer dans l’univers du cinéaste <a href="http://www.woodyallen.com/" target="_blank">Woody</a> <a href="http://www.imdb.com/name/nm0000095/" target="_blank">Allen</a>, signalons que Roland Quilliot, professeur de philosophie à l’Université de Bourgogne, a publié en 2004 un livre intitulé <a href="http://www.editions-ellipses.fr/fiche_detaille.asp?identite=4253" target="_blank"><em>Philosophie de Woody Allen</em></a>, aux Éditions Ellipses.

<span id="more-377"></span>________________
Précisons cependant la perspective de ce petit ouvrage : si on y cherche la reconstruction de quelque chose s’apparentant à un «système philosophique» se dessinant au travers de l’œuvre de Woody Allen, on restera sans doute sur notre faim, car la perspective de l’auteur sur l’œuvre d’Allen consiste ni à tenter d’en tirer un système, ni à y superposer des théories, mais plutôt à parcourir l’œuvre, avec un œil attentif, en regroupant les propos autour d’une quinzaine de thèmes, où s’esquisse «quelque chose comme une sensibilité intellectuelle originale» (page 179).  Ainsi, des films tels que <a href="http://www.imdb.com/title/tt0075686/" target="_blank"><em>Annie Hall</em></a> et <a href="http://www.imdb.com/title/tt0079522/" target="_blank"><em>Manhattan</em></a> se retrouvent au cœur du thème du «Nouveau désordre amoureux», alors que des films comme <a href="http://www.imdb.com/title/tt0097123/" target="_blank"><em>Crime et délits</em></a> et <a href="http://www.imdb.com/title/tt0087003/" target="_blank"><em>Broadway Danny Rose</em></a> trouvent leur place dans le thème «Morale et réalisme»…

Une lecture se présentant un peu à l’image d’un guide de voyage, dans l’œuvre de Woody Allen.

__
Roland Quilliot, <em>Philosophie de Woody Allen</em>, Paris, Éditions Ellipses, 2004 (<a href="http://worldcat.org/isbn/2729815686" target="_blank">isbn : 2-7298-1568-6</a>)]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="79" height="100" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/woody-allen-clarinette.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="woody allen (clarinette)" /></p>Pour qui souhaite entrer dans l’univers du cinéaste <a href="http://www.woodyallen.com/" target="_blank">Woody</a> <a href="http://www.imdb.com/name/nm0000095/" target="_blank">Allen</a>, signalons que Roland Quilliot, professeur de philosophie à l’Université de Bourgogne, a publié en 2004 un livre intitulé <a href="http://www.editions-ellipses.fr/fiche_detaille.asp?identite=4253" target="_blank"><em>Philosophie de Woody Allen</em></a>, aux Éditions Ellipses.

<span id="more-377"></span>________________
Précisons cependant la perspective de ce petit ouvrage : si on y cherche la reconstruction de quelque chose s’apparentant à un «système philosophique» se dessinant au travers de l’œuvre de Woody Allen, on restera sans doute sur notre faim, car la perspective de l’auteur sur l’œuvre d’Allen consiste ni à tenter d’en tirer un système, ni à y superposer des théories, mais plutôt à parcourir l’œuvre, avec un œil attentif, en regroupant les propos autour d’une quinzaine de thèmes, où s’esquisse «quelque chose comme une sensibilité intellectuelle originale» (page 179).  Ainsi, des films tels que <a href="http://www.imdb.com/title/tt0075686/" target="_blank"><em>Annie Hall</em></a> et <a href="http://www.imdb.com/title/tt0079522/" target="_blank"><em>Manhattan</em></a> se retrouvent au cœur du thème du «Nouveau désordre amoureux», alors que des films comme <a href="http://www.imdb.com/title/tt0097123/" target="_blank"><em>Crime et délits</em></a> et <a href="http://www.imdb.com/title/tt0087003/" target="_blank"><em>Broadway Danny Rose</em></a> trouvent leur place dans le thème «Morale et réalisme»…

Une lecture se présentant un peu à l’image d’un guide de voyage, dans l’œuvre de Woody Allen.

__
Roland Quilliot, <em>Philosophie de Woody Allen</em>, Paris, Éditions Ellipses, 2004 (<a href="http://worldcat.org/isbn/2729815686" target="_blank">isbn : 2-7298-1568-6</a>)]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La neuvaine</title>
		<link>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2005/08/la-neuvaine/</link>
		<comments>http://philosophie.cegeptr.qc.ca/2005/08/la-neuvaine/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 24 Aug 2005 01:59:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Paris</dc:creator>
				<category><![CDATA[La philo au cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philo et cinéma]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="125" height="203" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/neuvaine.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="La Neuvaine" /></p><em>La neuvaine</em> de Bernard Émond sortira <span style="text-decoration: line-through;">vendredi sur nos écrans</span> [<strong>mise à jour</strong> : le film est maintenant sorti en DVD].  On aimera ou pas, on jugera bon ou mauvais ce film qui aborde une thématique spirituelle.   Des scènes sont tournées à Sainte-Anne-de-Beaupré.  Dans les entrevues données à la presse, Émond se définit de façon paradoxale comme un « catholique non-croyant »  L’expression a-t-elle un sens ?

<span id="more-376"></span>Ce film semble un des rares au Québec depuis belle lurette à aborder notre passé catholique autrement que sous l’angle de la dérision ou du refus indigné de celui qui par ses lumières a su dépasser ce stade infantile de la pensée.  Pour un, j’ai toujours été frappé par le manichéisme de certains intellectuels dont toute la pensée sur la religion se réduit à un « Écrasons l’infâme » voltairien.  Les curés, par exemple, c’est bien connu, sont des pédophiles ou, au mieux, des frustrés sexuels.  J’étonne toujours les gens lorsque je leur dis qu’ayant été éduqué par les Frères de l’instruction chrétienne et les Jésuites, je n’ai jamais subi d’agression sexuelle en plus de 15 ans !  On peut alors se demander si les baby-boomers, à tout le moins ceux qui se piquent de penser, entretiennent une relation saine à l’égard de notre passé religieux et sont en mesure de dépasser la révolte adolescente.  Dans mes périodes de cynisme, il m’arrive de penser que réduire notre passé culturel religieux à une quelconque « grande noirceur » constitue un truc facile pour passer pour une lumière.

Bref, athée, agnostique ou croyant, quelle approche devrions-nous avoir devant notre héritage culturel religieux ?  Ou, pour être plus polémique, l’esprit du temps nous a-t-il réduit à n’être que de petits rationalistes coupés de toute transcendance ?

Bon cinéma et, espérons-le, bonne discussion.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img width="125" height="203" src="http://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/neuvaine.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="La Neuvaine" /></p><em>La neuvaine</em> de Bernard Émond sortira <span style="text-decoration: line-through;">vendredi sur nos écrans</span> [<strong>mise à jour</strong> : le film est maintenant sorti en DVD].  On aimera ou pas, on jugera bon ou mauvais ce film qui aborde une thématique spirituelle.   Des scènes sont tournées à Sainte-Anne-de-Beaupré.  Dans les entrevues données à la presse, Émond se définit de façon paradoxale comme un « catholique non-croyant »  L’expression a-t-elle un sens ?

<span id="more-376"></span>Ce film semble un des rares au Québec depuis belle lurette à aborder notre passé catholique autrement que sous l’angle de la dérision ou du refus indigné de celui qui par ses lumières a su dépasser ce stade infantile de la pensée.  Pour un, j’ai toujours été frappé par le manichéisme de certains intellectuels dont toute la pensée sur la religion se réduit à un « Écrasons l’infâme » voltairien.  Les curés, par exemple, c’est bien connu, sont des pédophiles ou, au mieux, des frustrés sexuels.  J’étonne toujours les gens lorsque je leur dis qu’ayant été éduqué par les Frères de l’instruction chrétienne et les Jésuites, je n’ai jamais subi d’agression sexuelle en plus de 15 ans !  On peut alors se demander si les baby-boomers, à tout le moins ceux qui se piquent de penser, entretiennent une relation saine à l’égard de notre passé religieux et sont en mesure de dépasser la révolte adolescente.  Dans mes périodes de cynisme, il m’arrive de penser que réduire notre passé culturel religieux à une quelconque « grande noirceur » constitue un truc facile pour passer pour une lumière.

Bref, athée, agnostique ou croyant, quelle approche devrions-nous avoir devant notre héritage culturel religieux ?  Ou, pour être plus polémique, l’esprit du temps nous a-t-il réduit à n’être que de petits rationalistes coupés de toute transcendance ?

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