«Un philosophe a-t-il une vie ?  […]  Telle est la question qui fut posée, en octobre 1996, à un colloque organisé par la New York University.  Dans une intervention improvisée, Jacques Derrida commença par rappeler :
«[…]  Vous vous souvenez sans doute de la formule de Heidegger à propos d’Aristote : «Quelle fut la vie d’Aristote ?»  Eh bien, la réponse tient en une seule phrase : «Il est né, il a pensé, il est mort.»  Et tout le reste est anecdote.»
Cette position, pourtant, n’était pas celle de Derrida.  […]  [Il] appelait alors à inventer «une nouvelle problématique du biographique en général, de la biographie des philosophes en particulier» pour penser la frontière entre «le corpus et le corps.».»

– Benoît Peeters, Derrida, Paris, Éditions Flammarion, 2010, page 9.

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On ne va pas réduire une pensée à ses occasions d’émergence.  Ce serait non seulement réducteur, mais aussi pas très fair.  Mais il reste que l’on peut s’interroger de bonne foi à savoir si, par exemple, Aristote était/avait une personnalité bipolaire, sans rien enlever à ses considérations sur le juste milieu, et si l’on doit alors considérer cela que comme pure anecdote, ou comme un surcroît de sens pour éclairer quelques zones d’ombre ?

Et puis, quelles ont été ses relations avec des gens qui ont pu compter pour lui, dont le jeune Alexandre le Grand ?

Si on rejette la mythologie d’une pensée désincarnée, tout en rejetant un pur réductionnisme (qui n’est qu’une autre mythologie, plus contemporaine, celle-là), alors peut-on d’emblée rejeter ce genre d’interrogations ?

Sous la forme de roman, l’auteure Annabel Lyon (qui a une formation en philosophie), propose une mise en scène de la vie d’Aristote et de ses relations avec Alexandre le Grand.  C’est publié sous le titre «Le juste milieu», aux Éditions Alto (sises à Québec, sous la direction d’Antoine Tanguay).

Pour découvrir les premières pages de ce roman, on peut consulter ce site.

Voici la présentation de ce roman, par l’éditeur :

«En 342 avant Jésus-Christ, lorsque le philosophe Aristote devient précepteur d’Alexandre, futur roi de Macédoine, ni le maître ni l’élève ne se doutent que, à eux deux, ils transformeront le monde. Tant par des démonstrations sur la table de dissection que par ses réflexions éthiques et métaphysiques, Aristote transmet à celui qu’on connaîtra sous le nom d’Alexandre le Grand la notion de « juste milieu », point d’équilibre entre deux extrêmes. Le jeune prince fougueux, qui désire déjà « ouvrir la gueule pour avaler le monde entier », révèle quant à lui des perspectives inattendues à son maître trop sage. Des cahutes enfumées aux chambres du palais royal, Annabel Lyon brosse un portrait subtil de deux hommes qui deviendront légendes. Au fil de descriptions fines et de dialogues incisifs, elle jette une lumière nouvelle sur la transmission du savoir, les jeux de pouvoir et ce qui fait l’essence même de la nature humaine.»