ISSN 1927-4211

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Amartya Sen et la philosophie politique

«L’idée de justice se place elle-même, délibérément, en face
du plus important ouvrage de Rawls, Théorie de la justice,
et, pour une large part, en est la contestation radicale.»
– Robert Maggiori (source [1])

La traduction française de The Idea of Justice [2] (paru le 30 septembre 2009, chez Harvard University Press), de Amartya Sen, est parue ce mois-ci aux Éditions Flammarion.

Voici la présentation de l’éditeur français :

«Imaginons trois enfants et une flûte. Anne affirme qu’on doit lui donner la flûte  parce qu’elle est la seule qui sache en jouer ; Bob parce qu’il est pauvre au point de n’avoir aucun jouet ; Carla parce qu’elle a passé des mois à la fabriquer. Comment trancher entre ces trois revendications, toutes aussi légitimes ? Les partisans des théories aujourd’hui dominantes – utilitarisme, égalitarisme, école libertarienne – plaideront chacun pour une option différente, selon la valeur qu’ils attachent à la recherche de l’épanouissement humain, à l’élimination de la pauvreté ou au droit de jouir des fruits de son travail. Mais, souligne Amartya Sen, aucune institution, aucune procédure ne nous aidera à résoudre ce différend d’une manière qui serait universellement acceptée comme juste.

C’est pourquoi Sen s’écarte aujourd’hui – résolument et définitivement – des théories de la justice qui veulent définir les règles et les principes qui gouvernent des institutions justes dans un monde idéal. C’est la tradition de Hobbes, Rousseau, Locke et Kant, et, à notre époque, du principal penseur de la philosophie politique, John Rawls. Sen s’inscrit dans une autre tradition des Lumières, portée par Smith, Condorcet, Bentham, Wollstonecraft, Marx et Mill : celle qui compare différentes situations sociales pour combattre les injustices réelles.

La démocratie, en tant que « gouvernement par la discussion », joue dans cette lutte un rôle clé. Car c’est à partir de l’exercice de la raison publique qu’on peut choisir entre les diverses conceptions du juste, selon les priorités du moment et les facultés de chacun. Ce pluralisme raisonné est un engagement politique : le moyen par lequel Sen veut combattre les inégalités de pouvoir comme les inégalités de revenu, en-deçà de l’idéal mais au-delà de la nation, vers la justice réelle globale. Il importe d’accroître les revenus, mais aussi de renforcer le pouvoir des individus de choisir eux-mêmes la vie qu’ils aspirent à mener. C’est ainsi qu’une personne devient concrètement libre.

L’Idée de justice représente l’aboutissement de cinq décennies de travail et de réflexion, mais aussi d’engagement dans les affaires du monde. Sen, l’un des plus grands penseurs de notre temps, va dans ce livre plus loin que jamais.

Amartya Sen occupe la chaire Lamont à l’université Harvard, où il enseigne la philosophie et l’économie. Il a reçu le prix Nobel d’économie en 1998 et a dirigé le Trinity College de Cambridge de 1998 à 2004. Parmi ses nombreux ouvrages en langue française : Éthique et Économie (1993), L’économie est une science morale (1999), Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté (2000), Rationalité et Liberté en économie (2005), L’Inde. Histoire, culture et identité (2007) et Identité et Violence. L’illusion du destin (2007).»

AUTEUR : Amartya Sen
TRADUCTEUR : Paul Chelma
ÉDITEUR : Flammarion
COLLECTION : Essais
PAGES : 558
PARU LE : 5 janvier 2010
ISBN-10 : 2081227568
ISBN-13 : 978-2081227569

Voir aussi :
→ Robert Maggiori, « Les injustices réparables selon Amartya Sen [1] », Libération, 14 janvier 2010