Le Magazine littéraire, no 464 (Mai 2007), 98 p. [8.10$]

Dossier « Un autre regard sur Montaigne »

Le dossier de 36 pages qui comprend 18 articles est coordonné par Michel Delon. Dans le premier article, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, allègue que l`oeuvre de Montaigne ne s`est laissée enfermer dans aucun système et a ainsi traversé le temps sans jamais perdre son actualité, si bien qu`« Un grand texte survit dans les aléas de ses lectures. On a lu tout ce qu`on a voulu dans les Essais, et c`est très bien ainsi : cela prouve l`élan de la littérature. Si l`on cesse de se disputer à propos de son sens et de son contresens, c`est qu`elle nous devient indifférente » (p.29). Pour Jean Balsamo, professeur de littérature française à l`Université de Reims et codirecteur de la nouvelle édition (mai 2007) de Montaigne dans la Bibliothèque de la Pléiade, celle-ci se justifie de la manière suivante : « Il nous fallait revenir à un texte authentique et cohérent, sans prétendre inventer une version idéale des Essais. Nous donnons donc à nouveau le texte posthume de 1595.[…] Notre caractéristique est le respect scrupuleux de la présentation et de la disposition des Essais, de la graphie et de la ponctuation » (p.34)

Dans l`article intitulé « L`autoportrait », Daniel Ménager, professeur émérite à l`Université de Paris X-Nanterre, affirme que les Essais ne sont ni une véritable autobiographie, ni un journal personnel. Et l`auteur de citer Montaigne : « Si je parle diversement de moi, c`est que je me regarde diversement » (p.39) Sur l`amitié qui unit Montaigne et La Boétie, Jean-Michel Delacomptée, maître de conférences en littérature française classique à l`Université de Paris-VIII, soutient qu`elle préfigure les relations individuelles modernes. À propos de la pratique citationnelle de Montaigne, Michel Magnien, professeur à l`Université de Paris III-Sorbonne, estime que celle-ci est trop systématique, informe trop sur son texte, pour ne constituer qu`un « amas de fleurs estranges ». (p.50) Enfin, Géralde Nakam, professeur émérite à l`Université de Paris III-Sorbonne nouvelle, mentionne que le mot « liberté » est l`un de ceux que Montaigne emploie le plus dans ses Essais. Or, s`il s`oppose rigoureusement à « servitude », chez Montaigne, « Il ne désigne jamais la licence de tout faire ni de tout dire. Il s`intègre dans une éthique de justice et d`honneur, de responsabilité » (p.56).

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