Philosophie Magazine, no. 15 (déc. 2007-jan. 2008), 98p. [10.50$] Le Dossier a pour thème « Dieu : l`opium des philosophes ». Dans le premier article, Philippe Chevalier, doctorant en philosophie à Paris-XII retrace les relations houleuses entre foi et raison. Il montre comment les grands penseurs de l`Occident chrétien (d`Augustin à Kierkegaard), qu`ils soient mystiques ou rationalistes, n`ont cessé de réinventer Dieu. De sorte qu`ils en ont fait tantôt une source d`extase mystique, tantôt un architecte de la nature ou le pilier de la morale. Dans un entretien, Guy Petitdemange, rédacteur en chef de la revue Archives de philosophie et spécialiste de la pensée juive, évoque le rapport au judaïsme de trois penseurs majeurs du XXe siècle : Emmanuel Lévinas, Jacques Derrida et Benny Lévy.

Pour sa part, Abdennour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires et à l`université de Nice retrace son parcours atypique et se fait le défenseur d`un « existentialisme musulman ». Il plaide ici pour une alliance de la libre pensée et de la vie mystique. Dans le dernier article, le journaliste Philippe Nassif s`interroge sur la fascination des philosophes d`extrême gauche (Alain Badiou, Slavoj Zizek, Giorgio Agamben et Bernard Sichère ) pour les Épitres de Paul. Ces héritiers du marxisme puisent en saint Paul des outils pour une critique du matérialisme contemporain. La rubrique Entretien recueille les propos du sociologue Edgar Morin. Il précise notamment en quoi la « pensée complexe » permet d`appréhender le tout : « La pensée complexe montre au contraire qu`une connaissance totale est impossible parce qu`on ne peut éliminer totalement l`incertitude. […] La pensée complexe que je défends part du latin complexus, qui veut dire  » ce qui est tissé ensemble « , afin d`opérer une tension permanente entre l`aspiration à un savoir non parcellaire, non cloisonné, non réducteur, et la reconnaissance de l`inachèvement et de l`incomplétude de toute connaissance.   » Complexe  » ne signifie nullement  » compliqué « , encore moins  » obscur  » ou  » abscons « , mais désigne cette forme de pensée qui relie un tout à ses parties, articule au lieu de segmenter « . (p.54).

La section Biographie est consacrée à Albert Camus (1913-1960). C`est la journaliste Marion Rousset qui établit ici les repères biographiques de celui qui, face à l`absurde du monde, incarne la révolte. Elle termine son article en disant de Camus qu`il est « Celui qui voyait dans les hommes un horizon indépassable, sur lequel nul système ne devait prendre le pas, a contribué à sa manière à redéfinir le rôle de l`intellectuel :  » Éclairer les définitions pour désintoxiquer les esprits et apaiser les fanatismes, même à contre-courant.  » » (p.59). Puis, Marion Richez examinant la pensée de Camus, mentionne que chez ce dernier tout concept a son pendant, de même que tout élément est ambivalent. Si bien que sa vie durant, l`auteur de L`Étranger juxtapose les antagonismes, préférant la tempérance à l`absolu. Le dernier article s`intéresse à l`actualité de Camus à travers l`influence qu`il a eu chez trois individus : un magistrat, un écrivain et un acteur. Tous trois concluent que la lucidité de son regard sur la complexité des êtres et des choses nourrit encore leurs réflexions.

En guise de supplément, un Cahier central (16 pages) présenté par Jean Daniel et contenant des extraits de La crise de l`homme. Il s`agit du texte original de la conférence donnée au McMillin Theater de l`université Colombia, à New York, le 28 mars 1946.

Info. : http://www.philomag.com