Le 11 juin 2018 est décédé à l`âge de 75 ans à l`hôpital de La Jolla, à San Diego, en Californie (États-Unis), le philosophe et anthropologue français  Marcel Hénaff, spécialiste de Claude Lévi-Strauss. Titulaire d’un doctorat en philosophie de l’Université de Copenhague (Danemark) et d’une agrégation de philosophie (Paris), il a aussi étudié l’anthropologie sociale à l’Université d’Abidjan (Côte-d`Ivoire). À cet endroit, il découvre d`autres formes de vie commune, d`autres formes de pensée, des systèmes de parenté complexes ainsi que le rôle central du lien de réciprocité. Il a également enseigné à l’Université Johns-Hopkins à Baltimore, au Maryland (États-Unis) ainsi qu`à celle de Kyoto (Japon) comme chercheur associé. De plus, il fut un ami et collaborateur fidèle de la revue d`idées française Esprit où il a publié de nombreux textes.

Ses recherches ethnologiques sont dans la tradition du sociologue et ethnologue français Marcel Mauss (1872-1950). Comme ce dernier, il localise la source du social dans l’échange élémentaire du don et du retour. En cela, la question principale qui l’occupe est celle du don, qui, pour lui, ne peut être séparé du lien social et de ses implications éthologiques et symboliques.

Il est l`auteur de plus d`une dizaine d`ouvrages ainsi qu`une soixantaine d`articles allant de la littérature à l’anthropologie, à l’architecture et à la philosophie politique. Son travail est traduit en espagnol, anglais, italien, russe et allemand.

Repères biographiques

 

Il naît le 21 juillet 1942 à Hauteluce (Savoie).

Au début des années 1970, il enseigne à l’Université de Copenhague. Il s`intéresse alors à l’œuvre du Marquis de Sade (1740-1814), écrivain français et au structuralisme. Ensuite, il obtient un poste de directeur de programmes au Collège international de philosophie de Paris (CIPh).

En 1978, il publie l`essai Sade, l’invention du corps libertin (PUF, coll. « Croisées »).

En 1988, il est professeur de philosophie et d’anthropologie à l’Université de Californie à San Diego (États-Unis). Il travaille en particulier sur la question du don et de la réciprocité dans les sociétés humaines, à partir de l’œuvre de Marcel Mauss, auteur  de l`Essai sur le don. Ce même texte paraît en 1923-1924 dans la revue L’Année sociologique. Dans ses livres Le Prix de la Vérité : le don, l`argent, la philosophie (Seuil, 2002), puis Le Don des philosophes : Repenser la réciprocité (Seuil, 2012), Hénaff confronte le travail sur le don chez plusieurs philosophes comme Emmanuel Levinas (1906-1995) ou Jean-Luc Marion à l’Essai sur le don de Mauss, il y aborde le don comme une procédure de reconnaissance publique.

À partir des années 1990, il est l`un des principaux artisans, avec la philosophe et logicienne française Claude Imbert, de la reproblématisation philosophique du structuralisme et de l’œuvre de l`anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss (1908-2009), notamment à travers ses livres Claude Lévi-Strauss et l’anthropologie structurale (Belfond, 1991; rééd. Presses-Pocket, coll. « Agora », 2000), puis Claude Lévi-Strauss, le Passeur de sens (Perrin, 2008).

En 2001, il publie avec le professeur de sciences politiques de l`Université de Southampton (Angleterre) Tracy Strong, Public Space and Democracry (Espace public et démocratie), University of Minnesota Press.

En 2002, il publie « De la philosophie à l`anthropologie. Comment interpréter le don ? » (entretien), Esprit (février 2002). En 2002 aussi, il publie Le Prix de la Vérité : le don, l`argent, la philosophie (Seuil) pour lequel il reçoit le Grand Prix Moron de l’Académie française. Il s`agit d`un prix annuel, créé en 1987 et attribué à « l’auteur français d’un ouvrage ou d’une œuvre favorisant une nouvelle éthique ». La même année, il reçoit également le Prix Victor-Cousin de l`Académie des Sciences Morales et Politiques pour son livre Le Prix de la Vérité : le don, l`argent, la philosophie. Ce prix triennal est destiné à récompenser l’auteur d’un mémoire sur une question d’histoire de la philosophie ancienne. En 2002 également, il publie « Le don, la dette, le temps », Figures du temps (Marseille, Éd. Parenthèses, coll. « Savoirs à l`œuvre »), p. 37-58.

 

 

La suite >