«Lorsqu’une influence se fait sentir avec trop de force,
on essaie d’ouvrir une fenêtre.»
– Michel Foucault, Dits et écrits II, Quarto Gallimard, p. 1599.

«Que vaudrait l’acharnement du savoir s’il ne devait assurer
que l’acquisition de connaissances, et non pas, d’une certaine façon
et autant que faire se peut, l’égarement de celui qui connaît ?»
– Michel Foucault, Histoire de la sexualité II, tel Gallimard, p. 15.

Première lecture l’été passé.  Relecture de quelques passages récemment.  Une impression demeure : le livre que l’historien Paul Veyne consacre à son ami Michel Foucault apporte une perspective singulière, qui dépasse la biographie comme la simple présentation de ses idées, en exemplifiant une manière d’incarner un scepticisme philosophique.

 

Le point de départ de Paul Veyne dans «Foucault.  Sa pensée, sa personne» (éd. Albin Michel, 2008), c’est que toutes les tentatives de ramener Foucault à une forme de relativisme seraient injustes.  Selon Paul Veyne, qui à ce sujet prend appuie sur les témoignages de Jean-Marie Schaeffer (à qui il attribue «la clé philosophique»), Foucault ne serait ni relativiste, ni nihiliste, ni subjectiviste, ni même structuraliste, mais plutôt un penseur sceptique, au sens philosophique du terme – dans une lignée faite de Carnéade, Montaigne, Hume…  Et à cet égard, tel que cela a déjà été fort bien exposé (voir notamment à partir du 5e paragraphe), on peut dire que malgré certains aspects de l’ouvrage qui laissent sur notre faim, c’est là l’apport singulièrement intéressant de ce livre : exemplifier un scepticisme philosophique, autant dans ses ramifications dans le travail intellectuel que dans la vie privée et publique – et, ce faisant, montrer que le scepticisme philosophique ne débouche pas nécessairement sur des impossibilités, ni sur l’inaction.

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