Le 2 décembre 2004, à la Maison Hertel-de-La-Fresnière, a eu lieu une discussion entre le poète Yves Boisvert et le philosophe Guy Béliveau sur le thème de l’esprit révolutionnaire aujourd’hui. Cette activité a été animée par Gérald Gaudet, président de la SEM. Le texte de Guy Béliveau, qui occupe le poste de secrétaire de la SEM, vient de paraître dans les Soirs rouges (no 8, mai 2005, p. 8-11). Il est reproduit ici avec l’autorisation de la rédaction.

Qu’en est-il de l’esprit révolutionnaire aujourd’hui ?

(Passage du chaos de la scission au cosmos de l’un et de la forme)

Est lié au concept de révolution, l’idée de rupture, de cassure, de profond bouleversement des choses. Par essence, toute révolution renvoie au changement, au mouvement, au devenir.

Qu’est-ce que le devenir ? La pensée (in)augurale grecque – cette inscription de la poésie dans le corps de la philosophie – répond hardiment : le devenir est passage réciproque de l’être dans le non-être. Une chose se transforme quand ce qui en elle est cesse d’exister, disparaît ; et quand ce qu’elle n’était pas apparaît, commence d’être. Ce passage réciproque est réputé impossible : « rien ne se crée, rien ne se perd » : rien ne commence d’être à partir du néant, rien de ce qui est ne retourne au néant. Et pourtant, toute l’histoire en témoigne – il y a sans cesse destruction inexorable de l’ancien et création imprévisible du nouveau.

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