Philosophie Magazine, no. 13 (octobre 2007), 98p. [10.50$]

Le Dossier a pour thème « La bombe écologique : changer le rapport de l`homme à la nature ». Devant une catastrophe écologique qui se dessine à l`horizon, la philosophie de l`écologie est devenue une discipline active comme on peut le voir à travers les points de vue suivants. Catherine et Raphaël Larrère, respectivement professeur de philosophie à Paris-I et directeur de recherche à l`Inra, reviennent sur l`histoire de l`idée de nature pour y puiser une inspiration nouvelle. Le philosophe Bruno Latour propose, lui, de transformer le Sénat en un parlement des objets. À la question faut-il choisir entre l`homme ou la Nature, le philosophe Luc Ferry soutient qu`il faut protéger la nature en fonction des intérêts humains; l`anthropologue Philippe Descola entend dépasser l`opposition entre nature et culture. Malgré leur différend, ils prônent une nouvelle relation au monde, qui accorde une place centrale à l`intelligence des écosystèmes, à la beauté de la nature et à la souffrance animale.

La rubrique Entretien recueille les propos du philosophe français Jean-Luc Nancy. Interrogé par Nicolas Truong sur l`influence du christianisme sur sa pensée, Nancy répond que « Foi dans la raison et foi religieuse peuvent se questionner l`une l`autre, contribuer à se décloisonner. Je n`opère pas un retour à la religion, je ne cherche pas à la sauver. Je tente de déclore, c`est-à-dire d`ouvrir l`enclos, de lever la clôture dans laquelle la religion comme la philosophie s`enfermaient » (p.56). Le penseur de la communauté est également interrogé sur l`« être avec » qu`il interprète de la manière suivante : « « Avec » n`est ni extériorité ni intériorité, c`est proximité et éloignement, c`est contact et écart, attrait et retrait; c`est l`ouverture du sens : sensation, sentiment, langage, désir. »  (p.58).

La section Biographie est consacrée à Henri Bergson (1859-1941). Celui-là même qui se détourne du positivisme de ses prédécesseurs pour emprunter la voix du spiritualisme et développer une philosophie de l`intuition. Anne-Sophie Moreau, dans le premier article, mentionne en ce sens que « Le bergsonisme est à la convergence des aspirations de ce début de siècle, frustré par des décennies de scientisme et avide d`une philosophie du vécu » (p.62). Le lecteur peut par après, grâce à Élie During, professeur de philosophie aux Beaux-Arts de Lyon, s`initier à la pensée bergsonienne à travers les notions suivantes : durée, intuition, élan vital, etc. Le dernier article intitulé « Nouvel élan » contient deux contributions : celle de Frédéric Worms, professeur de philosophie à Lille-3 et spécialiste de Bergson et celle d`Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit. Le premier souligne qu`avec le développement des neurosciennes, Bergson revient au coeur des débats scientifiques : « Refusant de réduire la conscience à un assemblage mécanique de fonctions, il propose une vision globale de la mémoire individuelle inséparable de l`histoire du sujet dans sa relation même au cerveau. Une idée très actuelle pour les neurosciences » (p.68). Le second confronte la thèse du rire de Bergson aux comiques contemporains.

En guise de supplément, un Cahier central (16 pages) présenté par Arnaud Bouaniche, chargé de cours en philosophie à Lille-3, et contenant des extraits de l` Essai sur les données immédiates de la conscience, soit le chapitre III intitulé « De l`organisation des états de conscience : liberté ».

Info : http://www.philomag.com