Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, no. 10 (mars-avril-mai 2008), 82p. [12.95$]

Dossier « Les grandes questions de la philosophie »

Le sommaire en regroupe dix-huit qu`éclaircissent quatorze spécialistes des sciences humaines. Parmi les notions philosophiques examinées : le bonheur, la conscience, le travail, la vérité, la morale et d`autres… De plus, dans chaque article, l`auteur fait référence aux réflexions de divers penseurs concernant ladite notion examinée. Plusieurs articles sont accompagnés d`encadrés où l`auteur prolonge et précise sa réflexion.

En éditorial, Catherine Halpern précise les intentions qui ont présidé à ce numéro « Nous avons voulu réinterroger les grandes notions de la philosophie. Non pas en se cantonnant à la contemplation d`idées abstraites, mais en arrimant les concepts au réel et au savoir. […] nous avons sollicité les sciences humaines dans leur diversité, non pour donner des réponses toutes faites mais pour nourrir et informer la réflexion philosophique » (p.3).

À la question « Le bonheur est-il obligatoire ? », Martine Fournier, rédactrice en chef, rappelle qu`il règne dans nos sociétés individualistes contemporaines une véritable injonction au bonheur. On assiste aujourd`hui à la psychologisation du bonheur ainsi qu`à la multiplication des recettes de bonheur : Prozac, coaching philosophique, publications traitant de développement personnel, hyperconsommation, etc. Mais, souligne-t-elle, le bonheur est un état fugitif et fragile qu`on tend à oublier, une « indépassable énigme » selon le philosophe et sociologue français Gilles Lipovetsky. Elle termine sa réflexion en se demandant « Quelles que soient les opportunités offertes par les sociétés avancées, n`y aurait-il pas, malgré tout, quelque chose d`incontrôlable dans la sensation de bonheur ? Ne serait-ce pas un mythe prométhéen que de vouloir faire du bonheur un état stable et durable ? » (p.19).

Pour sa part, Florence Mottot s`intéresse à la question « L`histoire a-t-elle encore un sens ? ». Pour elle, avec la fin des grandes idéologies et la privatisation du monde et des intérêts, « le sens de l`histoire semble bien disparaître sous un individualisme narcissique » (p.45). Or, l`histoire peut-elle être la somme de projets singuliers », se demande-t-elle encore. En cela, Mottot prend à témoin la prolifération des études biographiques ainsi que l`avènement depuis les années 1980 d`une histoire de la victime. Elle termine son article en parlant de la crise de la réflexion sur l`histoire et se demande s`il faut abandonner toute histoire collective. Par le biais d`un encadré, Mottot définit ce qu`est la « big history ».

De son côté, Catherine Halpern pose la question suivante : « Quelle justice voulons-nous ? ». Par conséquent, quel principe de justice faut-il privilégier : l`égalité, la reconnaissance du mérite ou le respect de l`autonomie ? Elle cite le philosophe américain John Rawls qui, dans Théorie de la justice (1971), affirme que la justice doit être impartiale et tenir en respect les intérêts personnels. À propos de la question de l`égalité des chances, elle fait référence cette fois au philosophe Patrick Savidan pour qui il faut dépasser la conception d`une « justice sociale capacitaire » qui impute les inégalités aux individus et les rend responsables de leurs mauvaises positions sociales. Sur ce, faut-il conclure que la justice est un vain mot ? Halpern allègue qu`« elle n`est pas une affaire simple et nos attentes sont de plus en plus grandes. Elle ne se résout ni dans la pure égalité, ni dans le simple mérite. Il n`existe pas de principe unique ni de recette miracle réglant une fois pour toutes le problème, mais une exigence lucide vers laquelle il faut tendre malgré tout pour tenter de calmer la colère du petit enfant qui en nous s`insurge et réclame justice… » (p.71).

Nicolas Journet, chef de la rubrique Lire pour Sciences Humaines, s`interroge à son tour sur cette question maintes fois abordées par les philosophes et les psychologues : « La morale est-elle naturelle ? ». Il s`attarde ainsi aux notions suivantes : l`origine du sens moral, l`altruisme réciproque, l`exigence de sanction. Il termine en notant que « les normes sont donc culturellement et socialement diverses, mais elles renvoient à aussi des intuitions fondamentalement identiques et universelles » (p.75).

Info. : www.scienceshumaines.com