Le 20 avril 2008 est décédé à Layrac (Lot-et-Garonne) à l`âge de 77 ans, le Père Goulven Madec, religieux assomptionniste français. Si la philosophie occidentale redécouvre aujourd`hui l`œuvre de saint Augustin (354-430), c`est pour une bonne part, grâce à ce spécialiste mondialement reconnu. En effet, il a consacré sa vie à découvrir et à faire aimer celui qui fut l`un des principaux « Pères » de l`Église. Il a de plus contribué à sortir l`œuvre d`Augustin des cercles universitaires. Son commerce quotidien avec Augustin lui a permis d`apporter des réponses justes à quelques questions centrales, comme l`évolution et la conversion d`Augustin ou l`influence du néoplatonisme, en refusant la distinction médiévale entre philosophie et théologie qui, par son anachronisme, lui paraît avoir souvent faussé l`approche d`Augustin.

Parmi ses activités professionnelles, le Père Madec fut coéditeur, à partir de 1976, de l`Augustinus-Lexikon, patronné par la Deutsche Forschungsgemeinschaft et l`Université de Giessen, Schwabe-Verlab, Bâle. À ce titre, il s`occupait, outre la rédaction d`articles personnels, de la révision des notices à teneur philosophique et de toutes les notices qui y sont publiées en langue française. Il fut responsable du Bulletin Augustinien de la Revue des Études Augustiniennes. Il fut également responsable de la collection « Bibliothèque Augustinienne. Œuvres de saint Augustin ». Il fut aussi collaborateur du Handbuch der lateinischen Literatur der Antike, sous la direction des professeurs R. Herzog et P.-L. Schmitt. Il collabora également à la Nuova Biblioteca Agostiniana.

Il naît à Brélès (Finistère) le 31 octobre 1930. Il est issu d`une famille modeste du Finistère. Il fait ses études secondaires à l`alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire) et de Cavalerie (Dordogne), philosophiques, théologiques et littéraires, au Scolasticat de Layrac. En 1948, il entre dans la Congrégation des Augustins de l`Assomption. En 1957, il est ordonné à Rome. En 1958, il obtient une licence en théologie de l`Université pontificale Saint-Thomas, dite Angelicum, située à Rome. Depuis 1958, il est membre permanent de l`Institut d`Études Augustiniennes (dont il reste la cheville ouvrière). La même année, il débute sa collaboration au Bulletin Augustinien. Devenu religieux assomptionniste, il entreprend des études de lettres classiques qui débouchent sur une licence ès lettres classiques à la Sorbonne, à Paris en 1961. À ce même endroit, il acquiert également une licence d`enseignement ainsi qu`un certificat d`histoire de la philosophie. En 1963, il se voit accorder un diplôme d`études supérieures en lettres classiques. En 1964, il décroche une licence en philosophie obtenue à la Faculté de philosophie de l`Institut catholique de Paris.

En 1965, il enseigne à la Faculté de philosophie de l`Institut catholique de Paris. De juin 1967 à décembre 1978, il a le grade de « technicien » au Centre de recherche et de confrontation sur la pensée médiévale au CNRS. Le 19 décembre 1972, il soutient sa thèse de doctorat ès lettres de la Sorbonne, qui porte sur Saint Ambroise et la philosophie. En 1974, il est lauréat de l`Académie des Inscriptions et Belles Lettres et reçoit le prix Bordin pour son ouvrage Saint Ambroise et la philosophie (Études Augustiniennes). En 1977, il est titulaire d`un doctorat en philosophie de l`Institut catholique de Paris. Depuis octobre 1977, il a le grade d` « ingénieur » au CNRS. De janvier 1979 à septembre 1983, il est chargé de recherche au CNRS. En 1982, il assume la direction du Bulletin Augustinien. D`ailleurs, plusieurs de ses articles de recherche, publiés dans le Bulletin Augustinien, ont pour origine son travail de critique. Or, comme ledit Bulletin s`étend aux études concernant l`influence d`Augustin au cours des âges, il est amené à travailler occasionnellement sur les philosophes français suivants : Nicolas Malebranche (1638-1715), Maurice Blondel (1861-1949), Léon Brunschvicg (1869-1944) et Paul Ricoeur (1913-2005). D`octobre 1983 à octobre 1992, il est maître de recherche, puis directeur de recherche de 2e classe au CNRS. En 1987, il publie Augustin. Le message de la foi (Desclée de Brouwer). Il s`agit de causeries données à Radio Notre-Dame, à l`occasion du seizième centenaire de la conversion d`Augustin. En 1989, il est appelé par l`Institut supérieur de philosophie de l`Université de Louvain-la-Neuve, à faire quinze heures de conférences dans la « Chaire du Cardinal Mercier », sur le thème : « Aspects de l`augustinisme, chez Augustin et dans sa postérité médiévale ». La même année, il publie La Patrie et la Voie. Le Christ dans la vie et la pensée de saint Augustin (Desclée de Brouwer). En octobre 1992, il est directeur de recherche de 1ère classe au CNRS. En 1997, il publie Saint Augustin et la philosophie (Brepols). En 1998, il publie dans la collection « Philosophie et Théologie », Le Dieu d`Augustin (Cerf) où il revient sur quelques idées reçues concernant l`évêque d`Hippone. L`ouvrage est une reprise légèrement modifiée d`un article de dictionnaire consacré à la pensée de saint Augustin. En février 2008, il publie Portrait de saint Augustin (Desclée de Brouwer). L`ouvrage se veut une approche de la personnalité d`Augustin et de son idéal spirituel. L`auteur y aborde les différentes facettes de ce personnage, soit sa vie, son enseignement, son œuvre et les controverses qui lui sont liées. Ses obsèques furent célébrées à Layrac, le 24 avril à 15 heures.

Son œuvre imposante comprend plus de 120 titres dont 22 ouvrages. L`ensemble de ses travaux porte sur la lecture mais aussi la réception d`Augustin. Il appert que lorsqu`un chercheur part à la retraite après avoir eu des responsabilités à l`Université ou fait jaillir une source à laquelle ses disciples sont venus puiser l`inspiration pour leurs propres recherches, la tradition veut que ses collègues et amis lui offrent un volume de« Mélanges ». Toutefois, par modestie naturelle, le Père Madec a refusé qu`une telle célébration universitaire puisse se tenir même si ses nombreux titres mentionnés ci-haut le justifiaient pleinement. Néanmoins, l`Institut catholique de Paris a voulu marquer sa reconnaissance à l`égard de son professeur en réunissant dans un petit volume au titre évocateur, Chez Augustin, non seulement les hommages de ses collègues mais aussi deux de ses contributions. En premier lieu, la reprise d`une conférence qu`il a déjà donné en avril 1997 à la Scola normale superiore de Pise en Italie et intitulée « Le christianisme comme accomplissement du platonisme ». En second lieu, sa leçon académique ou « terminale » ayant pour titre « Lire saint Augustin aujourd`hui en philosophie et en théologie ». Cette même leçon se trouve précédée d`une introduction où le doyen Philippe Capelle rappelle la carrière du Père Goulven Madec à l`Institut catholique de Paris.