Les Philoconférences de Trois-Rivières (cégep de Trois-Rivières et UQTR), en collaboration avec Une cité pour l’Homme et le collège Laflèche,  entreprendront l’année 2009 par une conférence de prestige : nous avons en effet l’immense plaisir de vous annoncer la visite, le mercredi 11 février prochain, du philosophe, écrivain essayiste et journaliste français de renom (Le Monde, Le Nouvel Obs), Jean-Claude Guillebaud.  Ce génial voyageur du monde des hommes et des idées, qui a vu plusieurs de ses œuvres primées (1),  nous entretiendra de son dernier livre, Le commencement d’un monde (Seuil, 2008).

Un rendez-vous à ne pas manquer !

La conférence aura lieu le mercredi  11 février à l’église St-James (au cœur de l’arrondissement historique de Trois-Rivières) à compter de 19h30.  Comme à l’habitude, l’entrée est libre.


Extrait d’une entrevue publiée (2003) dans le site internet L’Humanité

L’Humanité. Nos sociétés se refusent à distinguer le mal du bien, dites-vous, et vous précisez de prime abord :  » Le contraire du mal n’est pas le bien, mais le sens.  » Qu’est-ce à dire ?

Jean-Claude Guillebaud. J’ai trouvé cette magnifique formule chez le pasteur Lytta Basset. Elle signifie tout simplement ceci : penser que le contraire du mal c’est le bien, le bien absolutisé, conduit à se prendre pour l’incarnation du bien dès lors que l’on s’oppose au mal. L’exemple le plus frappant de cette logique en miroir nous est donné par l’attitude de Georges W. Bush après les attentats du World Trade Center. Et le combat du bien contre le mal est un jeu de dupes. Les deux adversaires en présence utilisent les mêmes armes et produisent les mêmes dégâts. Pour sortir de cette spirale infernale, il y a le sens. C’est-à-dire ce minimum de représentations collectives que nous sommes capables de partager et qui fondent notre communauté d’hommes. Dans les faits, c’est cela que le mal vient briser. Je me suis dit qu’au fond, si nous voulions nous opposer au mal, il faudrait étudier ce sens. Et, dans cette perspective, j’ai choisi d’explorer six des principales contradictions contemporaines : limite et transgression, autonomie et lien, transparence et intériorité, innocence et culpabilité, corps et esprit, savoir et croyance.

Retrouvez l’entrevue in extenso ici


Le commencement d’un monde  -notice de l’éditeur

Nous sommes au commencement d’un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l’ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde « nouveau » qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l’émergence d’une modernité radicalement « autre ». Elle ne se confond plus avec l’Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Une longue séquence historique s’achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse.

Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l’événement. On annonce un «choc» des civilisations, alors même que c’est d’une rencontre progressive qu’il s’agit. On s’inquiète d’une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n’ont jamais été aussi fortes. Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les « civilisations » se rapprochent les unes des autres. De l’Afrique à la Chine et de l’Inde à l’Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l’état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences. Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine.

Jean-Claude Guillebaud, avec ce livre, parachève sa grande « enquête sur le désarroi contemporain », engagée en 1995 et plusieurs fois couronnée par des prix ou récompenses internationales.


(1) Grand prix européen de l’essai en 2002 pour Le principe d’humanité, le prix Roger-Nimier en 1988 pour Le voyage à Kéren, et le prix Albert Londres qui couronne de jeunes journalistes de moins de quarante ans en 1972.