Les Philoconférences de Trois-Rivières ont le plaisir de vous convier, le lundi 11 mai prochain, à partager les réflexions de Marc André Bernier sur « Les métamorphoses de la sympathie au siècle des Lumières. De la philosophie morale écossaise à l’invention d’une éloquence républicaine » (voir le résumé ci-après). 

La conférence aura lieu à l’église St-James (rue des Ursulines, quartier historique de Trois-Rivières), à compter de 19h, le lundi 11 mai 2009.

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« Les métamorphoses de la sympathie au siècle des Lumières.
De la philosophie morale écossaise à l’invention d’une éloquence républicaine »
RESUMÉ. En s’inscrivant dans le vaste mouvement de réhabilitation du corps et des passions qui anime le XVIIIe siècle, les discours sur la sympathie ont renouvelé en profondeur l’imaginaire scientifique, philosophique et littéraire de la modernité. Si la notion de sympathie permet d’associer l’affectivité à la formation du lien social, c’est pour mieux dénoncer la philosophie stoïcienne, fondée sur la négation des désirs, ou les moralistes classiques, qui proclament le triomphe universel de l’intérêt personnel. Si elle valorise l’activité irréfléchie de la sensibilité, c’est pour mieux inspirer une littérature attentive à décrire le mystère qui unit les êtres en évoquant affinités électives et chimie des cœurs. En ce sens, la force et l’intérêt de cette notion tiennent moins à la rigueur de sa définition qu’aux transferts conceptuels qu’elle autorise entre la science, la philosophie politique ou le discours amoureux, et qui contribuent puissamment à nourrir son génie métaphorique. Pourtant, l’histoire de cette notion au siècle des Lumières comporte toujours une part d’ombre, surtout lorsqu’il s’agit d’envisager la manière dont la philosophie morale écossaise se prolonge et se transforme dans les milieux qui, en France, se réclament de l’idéal républicain et du matérialisme athée. C’est précisément ce qu’invitent à redécouvrir les huit Lettres sur la sympathie, que Sophie de Grouchy (1764-1822), marquise de Condorcet, fait paraître en 1798 à la suite de sa traduction de la Theory of moral sentiments du philosophe écossais Adam Smith. Figure particulièrement représentative d’une génération qui, engagée dans la Révolution, se regroupe autour du cercle des idéologues, Sophie de Grouchy y poursuit l’œuvre des philosophes des Lumières en cherchant notamment à établir les fondements d’une parole citoyenne. 

BIOGRAPHÈME. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en rhétorique, Marc André Bernier est professeur de littérature du XVIIIe siècle à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ses travaux portent sur l’histoire de la rhétorique, l’archive littéraire et les rapports entre littérature et philosophie à l’âge classique. Il a notamment publié Parallèle des Anciens et des Modernes. Histoire, rhétorique et esthétique au siècle des Lumières (2006) ; avec Sébastien Charles, Scepticisme et modernité (2005) ; avec Réal Ouellet, Nouvelles françaises du XVIIIe siècle (2005) ; Archive et poétique de l’invention (2003) ; avec Bernard Andrès, Portrait des arts, des lettres et de l’éloquence au Québec (1760-1840) (2002) ; Libertinage et figures du savoir. Rhétorique et roman libertin dans la France des Lumières (2001) ; et une première traduction française de Figura d’Erich Auerbach (1993). Avec Claude La Charité, il vient de faire paraître une réédition des Mémoires de Philippe Aubert de Gaspé (2007) et Philippe Aubert de Gaspé mémorialiste (2009). Avec Deidre Dawson, il vient de terminer une réédition des Lettres sur la sympathie (1798) de Sophie de Grouchy, suivies de six études.