Le Monde de l`éducation, no. 371 (juillet-août 2008), 84p. [6.95$]

Dossier « Leçons pour penser et apprendre le monde » Ce numéro, conçu et coordonné par Nicolas Truong, propose de nouvelles leçons de choses. En effet, les auteurs ici présents plaident pour la centralité de nouvelles humanités. Le sommaire est divisé en trois parties : penser, enseigner, éveiller. Dans chacune d`elle, on retrouve des extraits de textes et des entretiens avec divers spécialistes et auteurs.

La première partie « Penser » contient quatre entretiens. On nous y dit que « Capable de penser son univers sans recourir au religieux, l`individu contemporain doit apprendre à reconnaître la diversité des espèces et des cultures sans renoncer aux valeurs qu`il a forgées » (p.8). Dans le troisième entretien qui porte sur la diversité humaine, l`anthropologue Françoise Héritier invite à dissoudre les hiérarchies sexuelles et culturelles face aux nouvelles formes de racisme et de relativisme. Elle allègue que « C`est donc à partir de la diversité que l`on peut extraire un certain nombre de lois générales de fonctionnement de l`esprit humain » (p.30). Dans le quatrième entretien, qui porte sur la religion et le spirituel, le metteur en scène Jean-Claude Carrière s`insurge contre la captation du spirituel par la religion. Citant l`écrivain français André Gide (1869-1951), il nous invite à « suivre ceux qui cherchent la vérité et à fuir ceux qui l`ont trouvée » (p.30).

La deuxième partie « Enseigner » regroupe quatre textes et un entretien. On y postule que « Pour enseigner la globalisation qui bouleverse l`identité de l` Europe, il convient d`étudier la nouvelle géopolitique mondiale, la condition urbaine et le rôle que joue l`immigration dans le concert des nations » (p.36). À propos de la nouvelle géopolitique de la planète, le géographe et historien Yves Lacoste, professeur émérite à l`Université Paris-VIII, mentionne que pour comprendre le nouveau désordre mondial, l`étude des rivalités de pouvoir sur un territoire s`avère indispensable. Selon lui, « La géopolitique n`est pas seulement destinée aux stratèges et aux chefs d`État (qui la négligent plus souvent qu`on le croit), mais aussi aux citoyens (souvent affectés de myopie partisane) et surtout pour le long terme à ces futurs citoyens que sont les jeunes. C`est en cela que le rôle des professeurs d`histoire-géographie est fort important, dans la mesure où ils peuvent montrer à leurs élèves comment on peut confronter les représentations antagonistes de tel ou tel conflit. Celles-ci passent non seulement par l`histoire, la géographie, la presse plus ou moins partisane, mais aussi par le cinéma et le roman. En cela, le rôle de leurs collègues philosophes et littéraires peut être novateur et précieux » (p.42).

Le géographe Michel Lussault considère qu`il est temps d`apprendre aux jeunes la nouvelle condition urbaine étant donné que la population vit aujourd`hui majoritairement dans les villes. Pour lui, l`urbanisation est partout visible, à travers ses objets, ses architectures et ses infrastructures. Si bien que cet urbain généralisé auto-organisé est devenu le nouveau  » milieu  » de l`existence humaine. L`historien Gérard Noiriel croit qu`il y a urgence à enseigner l`histoire de l`immigration et que la transmission de celle-ci doit mobiliser les arts, la littérature et le cinéma. Enfin, pour Guy Fontaine, membre fondateur du Réseau universitaire Les Lettres européennes, l`identité européenne est une réalité littéraire évidente et qu`en ce sens l`initiation des élèves à leur culture continentale est indispensable.

La troisième partie « Éveiller » comprend des extraits de quatre textes (Derrida, Deleuze, Freinet, Serres) et quatre reportages. On y mentionne que pour éveiller au monde, il faut inventer d`autres manières d`enseigner, initier les petits à la philosophie, miser sur l`interdisciplinarité et faire le pari du logiciel libre. Dans le premier reportage, on rencontre Audrey Bigot-Destailleur, enseignante à l`école Sainte-Marie de Tourcoing, qui initie dans son atelier philosophique des écoliers à l`art de penser par soi-même dans le but de mieux les armer pour la vie. Sans ses ateliers philosophiques, les enfants de sa classe prennent un malin plaisir à déconstruire les idées reçues. Luc Cédelle, lui, s`intéresse au projet du collège expérimental Clisthène, à Bordeaux où un tiers du temps scolaire est consacré à l`interdisciplinarité. Un autre reportage s`intéresse au projet de Sylvain Connac qui expérimente la pédagogie coopérative pour les élèves d`un quartier en difficulté à l`école Antoine Balard, à Montpellier. Le projet est basé sur la prise de parole et la participation à la vie scolaire.

Info. : www.lemonde.fr/mde/