Archives pour octobre 2013

Traité de savoir vivre à l’usage de toutes les générations

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StaelNecker

Mme de Staël par Jacques Necker

 

« Les hommes qui vivent dans des siècles démocratiques ne comprennent pas aisément l’utilité des Formes, ils ressentent un dédain instinctif pour elles, les formes excitent leur mépris et souvent leur haine…  » Tocqueville

Samedi dernier, l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut, diffusée hebdomadairement sur France Culture, proposait une réflexion autour des « formes », c’est-à-dire de la civilité, de la politesse, des manières. En compagnie de ces deux invités, Mona Ozouf, directrice de recherche au C.N.R.S et Philippe Reynaud, professeur de science politique à l’Université Paris 2, Alain Finkielkraut commençait par discuter des échanges entre les philosophes des Lumières sur les mœurs des sociétés françaises et anglaises pour revenir ensuite à notre époque. Ce retour historique permettait de rappeler et de mieux comprendre l’usage et l’intérêt des formes. S’il est clair que ces dernières ont été négligées par notre époque, leur vertu mérite grandement d’être rappelée. À l’heure de la spontanéité érigée en idéal, de l’authenticité qui ne peut être réelle que par son immédiateté, de l’exhibition crue de l’ego et de son intimité, les formes répondent par la lenteur de la pensée, l’admiration de l’exemple, la priorité d’autrui sur le soi. Cette émission, surtout dans sa deuxième moitié (à partir de la 25ème min), déploie toute la richesse et la pertinence d’un tel débat pour repenser les conditions du vivre-ensemble aujourd’hui. Mona Ozdouf mentionne ainsi que les manières adoucissent la vie, mais que c’est surtout sur le terrain de la vérité qu’elles montrent toute leur puissance. L’interlocutrice fait référence à un très beau texte d’Alain qui montre cet enjeu fondamental. Si les manières sont souvent accusées de voiler la vérité, elles peuvent en réalité être une autre façon de l’atteindre. Alain note que ce qui rend la vie familiale difficile, c’est qu’il y a un demi-sommeil, un engourdissement des contraintes qui ont lieu dans la vie sociale. Dès lors, on se laisse aller à l’humeur, à dire tout ce qu’on pense, et finalement surtout ce qu’on ne pense pas. La civilité est un remède en ce sens qu’elle permet à nos mots de ne pas dépasser notre pensée, ce qui exige l’effort, la patience et le courage de chercher les mots pour exprimer nos émotions. Le vrai ne sort pas nécessairement sous le coup de l’emportement, de l’indignation ou du dégoût.

À méditer.

Vous trouverez le lien pour réécouter l’émission et s’abonner au podcast sur le site de France culture : http://www.franceculture.fr/emission-repliques-13-14-traite-de-savoir-vivre-a-l%E2%80%99usage-de-toutes-les-generations-2013-10-26

Nouvelle édition du «Scholar américain» d’Emerson pour son 176e anniversaire

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À l’occasion du 176e anniversaire de la parution du livre du philosophe et poète étasunien Ralph Waldo Emerson sur Le scholar américain, publié en 1835, les éditions Triptyque en offrent une nouvelle traduction annotée et commentée par Pierre Monette.

 

Comme l’indique Michel Lapierre dans l’édition du 26 octobre 2013 du Devoir, «Dès 1885, on considéra l’ensemble du texte comme la «déclaration intellectuelle d’indépendance» des États-Unis.  [Et que]  L’essayiste Pierre Monette pense qu’aujourd’hui il devrait aussi inspirer le Québec». (source)

 

Voici la présentation de l’éditeur :

«Paru il y a 175 ans [sic : 176], en 1837, The American Scholar de Ralph Waldo Emerson (1803-1882) est le texte fondateur de l’identité culturelle états-unienne. Les États-Unis en avaient alors assez de se «nourrir des restes flétris de moissons étrangères», ainsi que l’écrivait Emerson. Or, nous aussi «avons trop longtemps prêté l’oreille aux gracieuses muses de l’Europe».

Accompagnée d’une présentation et de notes abondantes, cette traduction permet de retracer les voies qu’ont prises les hommes de lettres des États-Unis du XIXe siècle pour définir l’identité culturelle de leur nation — et peut-être de déterminer ce que pourraient être, aujourd’hui, les voies d’une ouverture de la culture québécoise à ce qui la lie à l’expérience continentale américaine.

 

Pierre Monette a enseigné pendant vingt ans au département de français du cégep du Vieux-Montréal, a signé de nombreux articles dans divers périodiques québécois et français et a collaboré pendant près d’une décennie à l’hebdomadaire Voir. Il a également publié plusieurs ouvrages: Onon:ta’. Une histoire naturelle du mont Royal (essai, Boréal, 2012), St. John de Crèvecoeur et les Lettres d’un fermier américain (essai, PUL, 2009), Rendez-vous manqué avec la révolution américaine (essai, Québec Amérique, 2007), Dernier automne (roman, Boréal, 2005), Pour en finir avec les intégristes de la culture (essai, Boréal, 1996), L’immigrant Montréal (essai, Triptyque, 1994), Le guide du tango (essai, Triptyque / Syros-Alternatives, 1992), Macadam Tango (essai, Triptyque, 1992) et, avec Ramon Pelinski, Tango nomade (essai, Triptyque, 1991).» (source)

 

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*Note : les personnes intéressées par ce sujet le seront peut-être aussi par celui-ci : «En vue d’un État des lieux de la philosophie au Québec (22-24 novembre 2013)»

La suite >

Philo & Cie no. 6 (septembre-décembre 2013)

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On peut lire dans le numéro 6 de Philo & Cie un long entretien avec Christian Nadeau à propos de l’État des lieux de la philosophie au Québec qui s’enclenchera les 22, 23 et 24 novembre 2013.

 

Par ailleurs, l’ensemble des textes de ce numéro a pour thème fédérateur la transmission.  À ce sujet, l’éditorial indique que si «l’histoire du Québec depuis le milieu du vingtième siècle apparaît comme une succession de conflits de générations », il reste que «On assiste régulièrement, depuis une dizaine d’années peut-être, à des efforts sérieux pour renouer des liens, pour mettre fin à l’esprit d’antagonisme que le Québec cultive depuis trop longtemps».  À la lecture de l’éditorial de ce 6e numéro de Philo & Cie, on peut se demander s’il n’y a pas là un signe de l’air du temps, considérant qu’un autre magazine, Nouveau projet, publiait lui aussi cet automne un article d’André Laurendeau, datant de 1964, s’opposant justement à la posture de conflit de générations pour retrouver des «familles d’esprit».

 

On peut lire l’éditorial entier de Giovanni Calabrese à ce 6e numéro de Philo & Cie sur le site des éditions Liber.