L’année 2014 marque le 100e anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès. En effet, c’est le 31 juillet 1914 qu’est assassiné le philosophe et homme politique français Jean Jaurès par le nationaliste Raoul Villain, au Café du Croissant, à Paris. L’événement se produit trois jours avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, qu’il a tout fait pour empêcher.

 

Jaurès et le socialisme

 

Il incarne véritablement le socialisme français du début du XXe siècle, donnant voix à un projet de démocratie socialiste, internationaliste et pacifiste. Orateur brillant, il devient à la Chambre des députés, l`avocat de la classe ouvrière et de la paix, ce qui lui vaut de fortes inimitiés. Il réussit à fusionner les groupes socialistes et lors du congrès de Paris, il participe à la création de la S.F.I.O. (Section française de l`Internationale ouvrière). Journaliste de talent, orateur lyrique, il fut aussi un remarquable historien de la Révolution. Inspiré d`un ardent idéalisme, optimiste, il croit au triomphe final de la justice, de la paix éternelle; il aime les hommes et leur fait confiance.

 

Il découvre le socialisme sous l`influence de l`intellectuel français et pionnier du socialisme Lucien Herr (1864-1926), agrégé de philosophie (1886) et bibliothécaire de l`École normale supérieure (ENS); c`est ce dernier qui donne à Jaurès le titre de son journal : L`Humanité. C`est aussi ce dernier qui entraîne Jaurès en lui montrant que le socialisme est l’aboutissement logique de ses convictions républicaines. Il subit également l`influence de l`homme politique socialiste français Jules Guesde (1845-1922), alors leader marxiste du parti ouvrier français (POF) qu`il fonde avec Paul Lafargue en 1879 au Congrès du Parti des travailleurs socialistes, à Marseille.

 

Tribun et penseur politique, Jaurès domine le mouvement socialiste français au début du XXe siècle. Bien que s`appuyant sur le marxisme (du moins sur la partie critique de cette doctrine), il ne fut jamais un marxiste orthodoxe. En effet, il refuse la dictature du prolétariat, la réalisation du collectivisme par un étatisme bureaucratique ainsi que l`antipatriotisme systématique. Il veut plutôt concilier le socialisme avec les idéaux du libéralisme politique, de la démocratie et de la raison. Selon lui, la justification essentielle du socialisme consiste à permettre le libre et plein épanouissement de la personne humaine, plus encore de donner tout son sens à la « Déclaration des droits de l`homme ». Il présume possible d`assurer l`avènement de la société sans classe par un effort pacifique et sans sortir du cadre démocratique. Pour lui, le moteur de l`histoire réside dans la divergence entre les sentiments humanistes de l`homme et leur négation dans les rapports économiques. Ce sont ces mêmes idées qu`il développe dans ses articles publiés dans La Dépêche de Toulouse, La Petite République, et plus tard dans L`Humanité.

 

Sa conception humaniste du socialisme séduit des écrivains français et des hommes aussi différents que Romain Rolland (1866-1944), Charles Péguy (1873-1914), Anatole France (1844-1924) ou encore le poète belge d`expression française Émile Verhaeren (1855-1916), qui se rallie à un socialisme fraternel.

 

Repères biographiques

 

Il naît le 3 septembre 1859, à Castres (Tarn). Il est le premier fils de Jules Jaurès, négociant et d`Adélaïde Barbaza. Son père, après avoir essayé divers métiers, exploite la Fédial, un petit domaine de 6 hectares situé dans la partie rurale du vaste territoire occupé par la ville de Castres. C`est à cet endroit, de 1862 à 1876, que Jean Jaurès vit son enfance et son adolescence En 1914, son frère Louis devient le troisième amiral de la famille. Il est issu d`une famille catholique appartenant à la petite bourgeoise provinciale urbaine et comptant plusieurs officiers de haut rang, soit deux amiraux, deux cousins germains de Jaurès : l`amiral Charles Jaurès (1808-1870) qui fait partie, en 1856, de la Commission internationale pour le percement de l`isthme de Suez et l`amiral Benjamin Jaurès (1823-1889), frère du précédent et ministre de la Marine en 1889.

 

Il effectue de brillantes études au Collège de Castres, puis à Paris, au Collège Sainte-Barbe et au Lycée Louis-le-Grand. Le 19 mai 1876, il prononce son premier discours public devant le préfet du Tarn. Il obtient une bourse pour préparer, à Paris, l`École normale supérieure (ENS). En 1878, il est reçu premier à l`ENS, rue d`Ulm, à Paris. La même année, le philosophe français Henri Bergson (1859-1941), fait partie de la même promotion; d`ailleurs, Jaurès est en compétition intellectuelle permanente avec ce dernier. En 1881, il est reçu troisième à l`agrégation de philosophie, derrière Paul Lesbazailles et Henri Bergson. De 1881 à 1883, il est professeur de philosophie au Lycée La Pérouse, d`Albi (Midi-Pyrénées). En 1882, il commence à préparer une thèse de doctorat qu`il soutient en Sorbonne en 1892; en mai de la même année, son père, Jules Jaurès, meurt à l`âge de 63 ans. De 1883 à 1885, il est maître de conférences à la Faculté des lettres de l`Université de Toulouse. En même temps, il se lance dans la politique. En avril 1884, il prononce une conférence pour l`Alliance française. Partisan convaincu de la « mission civilisatrice » de la France, il soutient la politique coloniale de Jules Ferry (1832-1893).

 

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