Discours de circonstance

prononcé par Pierre Lemay

à l’occasion du départ à la retraite de Robert Drolet

Trois-Rivières

Musée Boréalis

29 mai 2015

 

 

Monsieur le coordonnateur Patrice Létourneau,

Membres actuels et anciens du département de philosophie,

Distingués invités (es) et amis (es),

Cher Robert Drolet,

 

 

Lorsque que Patrice Létourneau, l`actuel responsable du département de philosophie du Cégep de Trois-Rivières m`a sollicité pour prononcer une brève allocution à l`occasion de ton départ à la retraite, c`est avec joie et empressement que j`ai accepté son invitation à te rendre hommage.

 

Au préalable, commençons par le choix de la date retenue par le Comité organisateur pour souligner le départ à la retraite de Robert Drolet, soit le 29 mai 2015. Ledit comité était-il conscient que ce jour de l`année est l`anniversaire d`une date importante de l`histoire de l`humanité ? En effet, que s`est-il donc passé en ce jour du 29 mai au fil des ans ? D`abord, c`est la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Puis, c`est le sacre de Charles X, dernier roi de France sacré à Reims en 1825. Ensuite, c`est la conquête du mont Everest par Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay en 1953. Enfin, en pleine révolte de la jeunesse étudiante et de la grève générale nationale des syndicats ouvriers, le président Charles de Gaulle annule la réunion du gouvernement à l`Élysée et quitte secrètement Paris en hélicoptère à 11h20 pour une destination inconnue; il se rend alors auprès du général Massu au QG des forces françaises en Allemagne à Baden-Baden en 1968. Son départ plonge alors la France dans un désarroi total. À ces événements majeurs, il faudra désormais inscrire le départ à la retraite de Robert Drolet en 2015. Cher Robert, j`ose croire que tu es maintenant conscient d`entrer au panthéon de l`histoire des retraités du département de philosophie du Cégep de Trois-Rivières ! Je suis certain que ce même 29 mai 2015 demeurera pour toi un événement mémorable et très significatif.

En effet, j`ai eu l`occasion de te côtoyer pendant trente-six ans dans cette institution éducative trifluvienne où tous les deux nous avons oeuvré à titre de professeur de philosophie. À cet égard, tu auras assurément tout le temps nécessaire au cours des prochains mois pour établir le bilan de ta carrière d`enseignant. Pour ma part, c`est à la session Automne 1978 que je fis la connaissance de Robert qui provenait du Cégep de Chicoutimi situé dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, après y avoir enseigné une année. Dès son arrivée en sol trifluvien, il se liait d`amitié avec deux confrères aujourd`hui décédés, soit Denis Gouin et Jean-Claude Leclair. D`ailleurs ce dernier, par ses taquineries répétées mais toujours amicales, prenait un malin plaisir à faire sortir de ses gonds son collègue Robert. Bien que fulminant intérieurement, j`ai toujours à l`esprit la grande retenue de Robert qui néanmoins lui répondait du tac au tac avec finesse.

 

D`entrée de jeu, rappelons que Robert est natif de Neuville, municipalité régionale du comté de Portneuf, située à l`ouest de Québec. Il est le fils de feu Paul-Eugène Drolet et de feu Louise Gignac; il a un frère prénommé François. Il est également diplômé de l`Université Laval, à Québec, dont le Mémoire de maîtrise portait sur « La dualité ontologique chez Maine de Biran » avec comme directeur de thèse M. Lionel Ponton. Philosophe français du XVIIIe siècle, Maine de Biran est considéré comme le plus important représentant de la renaissance du spiritualisme dans la tradition de Descartes et de Malebranche, en opposition à la philosophie des Lumières.

 

Fuyant la vaine complaisance, je tiens néanmoins à souligner quelques traits de ta personnalité observés au fil des années.

 

Premièrement, ton esprit organisé et méthodique plusieurs fois constatés dans l`exercice de ton travail. Une qualité observée, à titre d`exemple, dans le classement impeccable de ta riche et volumineuse bibliothèque personnelle, digne d`un érudit et dont tu peux être fier. Plus d`une fois aussi, j`ai vu Robert défrayer à même ses avoirs personnels, le coût d`impression de Plan de cours, de textes d`auteurs ou encore de notes personnelles occasionnés par les problèmes techniques ou les retards du Service de l`imprimerie du Cégep de Trois-Rivières, cela afin que ses étudiants (es) aient à temps tout le matériel scolaire requis pour amorcer correctement leur session académique.

 

Deuxièmement, ton rire explosif et volcanique, par Zeus, mais aussi franc et joyeux. En cela, il me semble que tu t`éloignes de la morale stoïcienne car Épictète dans son Manuel (125 ap. J.-C.) fait la recommandation suivante : « Ne ris pas beaucoup, ni de beaucoup de choses, ni sans retenue ». Pour sa part, le moraliste français Sébastien Chamfort affirme dans Maximes et Pensées (1795) que : « La plus perdue de toutes les journées est celle où l`on n`a pas ri ». Aux intéressés ici présents, je laisse le soin de résoudre ce dilemme.

 

Troisièmement, ton intérêt marqué pour les classiques du cinéma français dont tu te régales avec délice. Ainsi, entendre Robert, mimique à l`appui, raconter avec moult détails le scénario d`un film mettant en vedette l`acteur français Louis de Funès, c`est un divertissement assuré. Ou encore, l`écouter décrire la filmographie du cinéaste français Marcel Pagnol, c`est comme suivre une propédeutique du type « Cinéma 101 ».

 

Quatrièmement, ton côté mélomane passionné par la musique américaine de l`entre-deux-guerres, notamment le negro-spiritual et le blues comme en témoigne l`impressionnante discographie que tu possèdes chez-toi. Discutant un jour avec Robert, il m`avait mentionné que ces mêmes styles musicaux constituaient deux voix différentes d`un seul drame humain. Et Robert de préciser que le premier chante l`espérance alors que le second est un cri de rage ou de révolte de sorte qu`on peut découvrir l`âme d`un peuple à travers son langage musical, me disait-il. Bref, Robert m`a souvent impressionné par l`étendue de ses connaissances concernant l`histoire de la musique.

 

Cinquièmement, Robert est un bibliophile averti qui m`a fait découvrir les librairies de livres anciens de la ville de Québec tant celles de la rue Saint-Jean que celles situées dans le Faubourg Saint-Jean-Baptiste, le quartier des artistes, dans la Haute-Ville. Des cavernes d`Ali Baba dédiées aux livres, j`en ai visité et arpenté en sa compagnie. Que de souvenirs mémorables en ai-je encore maintenant ! Partout, il était familièrement accueilli par un « Bonjour M. Drolet, que cherchez-vous aujourd`hui ? ». C`est dire que Robert était perçu comme un acheteur connu et sérieux, mieux un fin connaisseur. De plus, lui et moi avions pris l`habitude de nous téléphoner assez régulièrement pour nous faire part de nos achats respectifs en matière de livres. À cet égard, Robert était intarissable et soucieux de partager avec moi ses lectures. J`en conserve un vif plaisir. J`ai également été impressionné par le savoir qu`il possédait à propos de la littérature française du XVIIe et du XVIIIe siècle dont sa bibliothèque personnelle s`énorgueillait. Sa connaissance des auteurs et des principaux ouvrages de cette époque faisait l`envie.

 

En terminant, je tiens à souligner la franche camaraderie qui nous a uni durant ces longues années sans jamais pâlir. Cher Robert, tu fus à mes yeux un collègue estimé et apprécié. Sur ce, je te souhaite donc une belle et longue retraite remplie de repos bien mérité mais également de nouveaux projets. Enfin, je te laisse méditer cette pensée de Maine de Biran qui dans son Journal intime (1793) affirme que : « Notre âme a plus de capacité pour le plaisir que pour la douleur ». Alors, cher Robert, fais ce que dois et de nouveau toutes mes félicitations pour ta belle carrière dans l`enseignement de la philosophie.

 

En toute amitié.

Pierre Lemay

Enseignant retraité (2014)

Cégep de Trois-Rivières