Sommaire

 

 

Le contexte historique

La Hongrie dans la première moitié du XXe siècle

L`assujettissement communiste

La Révolution hongroise de 1956

Les intellectuels hongrois dans l`après-guerre 39-45

La réaction des intellectuels en France

Bibliographie

 

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L`année 2016 marque le 60e anniversaire de la Révolution hongroise. En octobre 1956, une révolte éclate à Budapest contre le régime communiste au pouvoir en Hongrie. Celle-ci, devenue une révolution, est écrasée dans le sang par l`intervention de l`Armée soviétique du 4 au 13 novembre qui impose un nouveau gouvernement présidé par János Kádár. Néanmoins, la révolution hongroise inflige une blessure profonde à l`Empire soviétique qui s`effondre en 1989. En effet, elle met en évidence pour la première fois le caractère oppressif et brutal du communisme.

À l’occasion de cette commémoration, le présent article donne un aperçu des principaux événements de 1956 et rappelle la réaction des intellectuels hongrois et français face à ce soulèvement populaire.

 

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Le contexte historique

 

Après la Seconde Guerre mondiale, deux blocs se constituent : celui des pays fidèles au libéralisme, dirigé par les États-Unis (bloc atlantique), et celui des pays communistes (bloc continental), dirigé par l`Union des Républiques Socialistes Soviétiques (l`U.R.S.S.). Dans le camp communiste, l`expansion économique est indéniable, mais les libertés privées et publiques sont restreintes. Du côté des États libéraux, ceux-ci limitent aussi la liberté de leurs concitoyens mais dans une moindre mesure; leur puissance économique  prospèrent également. À partir de ce moment, ces deux mêmes blocs économico-politiques étendent leur influence dans toutes les parties du monde et se consolident en alliances militaires.

Pendant que les Américains signent une série de traités avec les pays limitrophes de l`U.R.S.S. afin de contenir « l`expansion soviétique », celle-ci consolide ses liens avec les nouvelles démocraties populaires qui voient le jour notamment en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Bulgarie. En septembre 1947, à l`initiative de l`U.R.S.S., le Kominform (Bureau d`information des partis communistes et ouvriers) est créé, à Belgrade (Yougoslavie) pour coordonner les politiques économiques et idéologiques des partis communistes de l`Est, auxquels se joignent les partis communistes de France et d`Italie. Il réclame à ses membres le dévouement inconditionnel à l`U.R.S.S., seul pays capable de diriger le « camp anti-impérialiste et démocratique ». Il est dissous en 1956 sur décision de Nikita Khrouchtchev (1894-1971), premier secrétaire du Parti communiste d`U.R.S.S. Dès 1948, sur le plan économique, les Américains mettent en place le Plan Marshall de redressement économique de l`Europe, réservé exclusivement aux pays de l`Ouest. Ce plan offre à tous les pays d`Europe, y compris aux démocraties populaires et à l`U.R.S.S., une aide économique gratuite destinée à accélérer la reconstruction de leurs économies et à faciliter leur réintégration dans le marché mondial en comblant leur manque de ressources financières. À cette occasion, le secrétaire général du Parti communiste, Joseph Staline (1879-1953) somme les pays qui  manifestent un certain intérêt pour l`aide américaine (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie) de refuser celle-ci immédiatement, sous peine d`être traités comme des ennemis de l`U.R.S.S. Par conséquent, dès juillet 1947, les pays de l`Est refusent l`assistance économique américaine, sous la pression du ministre des Affaires étrangères soviétiques Viatcheslav Molotov (1890-1986). C`est alors le début de la « Guerre froide » entre les deux superpuissances, désormais maîtresses des destins de la planète.

Le 4 avril 1949, douze pays (Angleterre, Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal) signent, à Washington, le Traité de l`Atlantique Nord et créent l`Organisation du Traité de l`Atlantique Nord (O.T.A.N.) pour le gérer.  Son but est de décourager toute agression de l`U.R.S.S. en assurant aux pays d`Europe occidentale l`appui militaire des États-Unis. À la fin de 1949, l`Europe est bel et bien coupée en deux par ce que l`ex-Premier ministre britannique et leader occidental Winston Churchill (1874-1965) nomme le « rideau de fer », expression lancée lors de son discours prononcé au Westminster College de Fulton (Missouri, États-Unis), le 5 mai 1946, en présence du président américain Harry Truman (1884-1972). En riposte à l`O.T.A.N., l`U.R.S.S. signe le Pacte de Varsovie le 14 mai 1955 avec les pays d`Europe de l`Est (Albanie, Bulgarie, République démocratique allemande, Roumanie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne). Il s`agit d`un traité d`amitié, de coopération et d`assistance mutuelle unissant les huit membres du bloc soviétique et confiant le commandement unique de leurs armées à un membre de l`état-major soviétique. C`est en vertu de ce même traité que le Pacte justifie l`intervention armée de l`U.R.S.S., lors de l`insurrection populaire de Hongrie en 1956, sous le prétexte de maintenir l`unité du bloc communiste.

À la mort de Joseph Staline (5 mars 1953), l`U.R.S.S. revient alors à une direction collégiale. C`est Nikita Khrouchtchev qui lui succède au poste de premier secrétaire du Comité central du Parti communiste d`U.R.S.S. Ainsi, lors du XXe Congrès du Parti communiste de l`Union soviétique qui se tient du 14 au 25 février 1956, dans un long rapport secret d`abord présenté à huit clos devant les délégués soviétiques et prononcé le 25 février 1956, Khrouchtchev dénonce  le « culte de la personnalité de Staline », la perversion des principes du Parti et de la démocratie socialiste, les purges, les déportations et les exécutions, et remet en question le prétendu génie militaire dont a fait preuve Staline pendant la guerre. Face à la politique de « déstalinisation » de  Khrouchtchev, les partis communistes étrangers doivent s`adapter à la nouvelle propagande et certains d`entre eux se résignent mal à devoir brûler ce qu`ils ont honoré. Or, cette condamnation des crimes de Staline fait naître l`espérance d`une humanisation du système, d`une réforme qui prend en considération les aspirations élémentaires des populations dominées : amélioration des libertés personnelles, respect des traditions nationales et religieuses, disparition des camps de travaux forcés, de l`isolement international, de la terreur. Suite aux critiques formulées par Khrouchtchev, l`agitation reprend dans les démocraties populaires (Hongrie, Pologne, Tchécoslovaquie).

Or, dans plusieurs de ces démocraties populaires, l`opposition la plus capable de renverser le régime vient du peuple même, plus précisément des ouvriers, soit de ceux qui auraient dû être les plus intéressés au succès du communisme. Que se soit à Berlin en juin 1953, à Poznan en Pologne en juin 1956 ou en Hongrie, c`est la population ouvrière des villes que se soulèvent contre des normes trop rigoureuses, une bureaucratie trop lourde, des gouvernements despotiques ou inféodés à l`étranger. Partout, les foules revendiquent plus de liberté et d`indépendance nationale. Improvisés, ces mouvements sont réprimés par l`Armée Rouge, comme à Budapest en Hongrie, et cela malgré de vives protestations en Occident. La suite >