En ce mois d’août 2016 vient de paraître le 10e numéro du magazine Nouveau Projet – magazine qui, depuis sa fondation, publie des textes soignés pour une lecture lente, où se côtoie au sein d’un même magazine philosophie, littérature, reportages, essais, lettre de l’étranger, commentaires, reprise de «Grands essais» (dans le 3e numéro était publié De la brièveté de la vie de Sénèque, alors que dans le 7e numéro était publié De ce que l’on représente de Shopenhauer, par exemple), poésie et bande dessinée.

 

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La jeunesse de la vieillesse2017 marquera les 50 ans des cégeps. Aussi, à l’approche imminente de ce 50e anniversaire, ce 10e numéro de Nouveau Projet ouvre ses pages à un intéressant commentaire de Jérémie McEwen sur le passé, le présent et l’avenir de cette institution originale du Québec. Dans un commentaire de quatre pages intitulé «La jeunesse de la vieillesse» (selon le qualificatif que Victor Hugo donnait à la cinquantaine), Jérémie McEwen (professeur de philosophie au Cégep Montmorency) aborde sans complaisance la perpétuelle crise identitaire des cégeps et la place de la formation générale en son sein. Rappelant la conférence de Guy Rocher de l’an dernier où ce dernier soulignait l’exception historique qu’avait constituée la commission Parent (dont il fut membre) dans l’histoire du Québec, Jérémie McEwen prend au sérieux le risque de liquidation des acquis des années 1960. Aussi, face aux critiques des cégeps et de la formation générale, il écarte d’emblée la réponse qui consiste à faire l’éloge de «l’inutile», puisque cet éloge ne convainc que les convaincus, quoiqu’elle ait quelque chose de romantique. Aux critiques en ces matières, il faut répondre en empruntant le langage des critiques, affirme-t-il. Donc, sans complaisance il faut dire «à quoi ça sert, le cégep» et les disciplines qui forment le socle commun de la formation générale (philosophie, littérature, anglais, éducation physique) qui lui est propre. Ce qui donne quatre pages empreintes d’une fort intéressante réflexion, dont voici de brefs extraits :

 

«Quand on y songe, les membres de la commission Parent avaient raison de craindre que leur idée soit rejetée. C’était un projet fou et terriblement dispendieux.

 

[…]

 

C’est un moment fort de notre parcours national où l’humanisme a triomphé, avant d’être grugé petit à petit par la logique de l’efficacité.

 

[…]

 

Le socle commun proposé par le rapport Parent était fondamentalement lié à la réalité linguistique et historique québécoise. Il appartenait aux Québécois de définir les éléments essentiels de leur culture. C’est ce qui a été fait. Et c’est là qu’il faut chercher l’utilité de la formation générale.

 

En lisant un corpus tiré d’une tradition partagée, les jeunes prennent conscience de leur appartenance à une communauté de langue française, aux origines européennes, enracinée en Amérique.

 

[…]

 

Se définir soi, sans s’inscrire au sein d’une société, ça a quelque chose de vide. Définir une société, sans y inclure les points de vue de chacun, ça a quelque chose d’aliénant.

 

[…]

 

C’est en faisant des choses comme ça qu’on s’outille pour conjuguer l’individuel et le collectif.»

 

Dans les quatre pages du commentaire de Jérémie McEwen sur «La jeunesse de la vieillesse» des cégeps et de sa formation générale, il y a là une intéressante et stimulante réflexion, dont il serait dommage de passer à côté. Un texte à lire lentement, donc, et à décanter – que l’on peut lire aux pages 139 à 142 du 10e numéro de Nouveau Projet.

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