Le 24 décembre 2008 est décédé à l`âge de 81 ans, le politologue américain Samuel Phillips Huntington dans l`île de Martha`s Vineyard, dans l`État du Massachusetts (États-Unis). Il est considéré par ses pairs comme « l`un des plus influents politologues américains des cinquante dernières années ». Il fut membre du Department of Government de l`Université Harvard depuis 1950, sauf pour une brève période entre 1959 et 1962.

Il naît le 18 avril 1927 à New York. Son père Richard Thomas Huntington est éditeur et sa mère Dorothy Sanborn Phillips est écrivaine. Il est diplômé de l`école secondaire Stuyvesant, à New York. En 1946, il est diplômé de l`Université de Yale, située à New Haven (Connecticut). Il a servi dans l`Armée de terre américaine. En 1948, il obtient sa maîtrise de l`Université de Chicago (Illinois). En 1951, il obtient son doctorat de l`Université Harvard. À 23 ans, il commence à enseigner à l`Université Harvard, près de Boston (Massachusetts). En 1957, ses recherches sur les relations entre l`armée et l`État sont publiées pour la première fois, dans un ouvrage à l`époque très controversé intitulé The Soldier and the State : The Theory and Politics of Civil-Military Relations (Le Soldat et l`État : La théorie et la politique de relations entre civils et militaires). Réimprimé 15 fois, il est aujourd`hui considéré comme une référence. De 1959 à 1962, il est directeur associé de l`Institute of War and Peace Studies à l`Université Colombia, à New York.

En 1963, il corédige avec Zbigniew Brzezinski l`ouvrage Political Power : USA/USSR (Viking Press). Brzezinski, politologue américain d`origine polonaise, fut conseiller à la Sécurité nationale du Président américain Jimmy Carter, de 1977 à 1981. De 1967 à 1971, Huntington sert comme président du Department of Government de l`Université d`Harvard. En 1968, il participe à la campagne présidentielle comme conseiller aux affaires étrangères du candidat démocrate Hubert Humphrey (1911-1978), qui perd l`élection face au républicain Richard Nixon (1913-1994). À la fin des années 1960, concentré sur les ravages de la guerre froide, son travail s`oriente vers la situation économique et politique des pays du Tiers-Monde. En 1969, il publie Political Order in Changing Societies (Ordre politique dans les sociétés en mutation) où il analyse le développement politique et économique des pays du Tiers-Monde. En 1969 et 1970, il est membre du Conseil de l`American Political Science Association. Il en sera d`ailleurs le vice-président en 1984-1985 ainsi que le président en 1986-1987. En 1969-1970, il est membre du Groupe de travail présidentiel sur le développement international.

En 1970, il co-fonde avec Warren Demian Manshel, le journal Foreign Policy, aujourd`hui bi-mensuel. En 1973, il devient directeur adjoint du Centre pour les affaires internationales. En 1974-1976, il est membre de la Commission sur les États-Unis/Amérique latine. En 1976, il publie The Crisis of Democraty : On the Governability of Democracies. En 1977-1978, il travaille à la Maison Blanche à Washington comme coordonnateur de la planification de la sécurité pour le Conseil de sécurité nationale au moment de la présidence démocrate de Jimmy Carter. De 1978 à 1989, il est directeur du Centre pour les affaires internationales. En 1989, il est directeur de la John M. Olin Institute for Strategic Studies de l`Université Harvard.

En 1991, il publie The Third Wave : Democratization in the Late Twentieth Century. En août 1993, il publie dans la revue bimestrielle Foreign Affairs, un article The Clash of Civilizations ?, titre emprunté à l`islamologue Bernard Lewis. L`article lui vaut un début de renommée, mais aussi beaucoup de critiques. En 1996, il publie un essai retentissant The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order (Le choc des civilisations) Le titre passe du questionnement à l`affirmation avec la suppression du point d`interrogation. Dans cet ouvrage, vite devenu best-seller international, il développe l`idée que dans le monde de l`après-guerre froide, les conflits violents (davantage basés sur des clivages culturels que sur des clivages idéologiques) n`opposeraient plus les États-nations mais naîtraient des différences culturelles et religieuses entre les grandes civilisations. Il compte parmi elles, l`Occident (l`Europe de l`Ouest et les États-Unis), les civilisations latino-américaine, islamique, africaine, orthodoxe (autour de la Russie), hindoue, japonaise et sino-vietnamo-coréenne. Parmi les civilisations mondiales identifiées ci-avant, Huntington prévoit, dans son livre, que la civilisation occidentale et la civilisation islamique sont inéluctablement amenées à s`affronter. Sa théorie du « choc des civilisations » constitue en quelque sorte une réponse à l`un de ses anciens étudiants, Francis Fukuyama, philosophe et économiste américain qui, en 1992 publie chez Flammarion un livre intitulé La Fin de l`Histoire et le dernier homme (The End of History and The Last Man, The Free Press). Fukuyama y développe la thèse selon laquelle, après la chute du communisme, le seul espoir de l`humanité se situe dans la démocratie libérale et l`économie de marché et que cette évolution vers la modernité est « inexorable ». La thèse de Huntington, qui veut contrer celle de Fukuyama, déclenche donc un débat à l`échelle planétaire, notamment après les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone, aux États-Unis. Elle sert aussi de fil rouge à la politique menée par l`administration Bush de telle manière qu`elle est en quelque sorte le bréviaire des néoconservateurs américains. Traduit en 39 langues, son essai est rapidement devenu une référence incontournable en science politique. Ainsi, en quelques jours, la théorie du « choc des civilisations » devient, dans le discours médiatique, la clé de compréhension des attentats, effaçant toute autre explication. Par conséquent, par cet article prolongé par un livre, Huntington devient l`un des politologues les plus controversés de la fin du XXe siècle, tant par la véhémence de ses thèses que pour la vive dispute qu`elles ont provoquée.

En 1996 toujours, il est président de la Harvard Academy for International and Area Studies in The Center for International Affairs. En 2004, il publie Who Are We ? : The Challenges of America`s National Identity (Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures, Ed. Odile Jacob), ouvrage polémique dans lequel il argue que l`afflux massif d`immigrés mexicains aux États-Unis menace l`identité et l`unité nationales américaines. Il y prône une vision plus défensive qu`offensive. À l`automne 2005, sa santé décline. En 2007, il prend sa retraite, après 58 années d`enseignement à l`Université Harvard, située à Cambridge (Massachusetts). La même année, il affirme dans une interview à Islamica Magazine qu`il demeure persuadé que « les identités, les affiliations et les antagonismes culturels ne joueront pas seulement un rôle, mais unrôle majeur dans les relations entre États ».

Il est marié à Nancy Arkelyan depuis 51 ans. Il est le père de deux fils : Nicholas Phillips Huntington et Timothy Mayo Huntington; il a quatre petits-enfants. Il doit être enterré au cours d`une cérémonie familiale à Martha`s Vineyard. Au printemps, un service commémoratif aura lieu à l`Université Harvard.

Huntington est l`auteur, le coauteur ou l`éditeur de 17 ouvrages et 90 articles scientifiques portant essentiellement sur la gouvernance publique, les questions de démocratisation des sociétés et les relations entre le politique et le militaire. Ses dernières recherches portaient sur les liens entre religion et identités nationales.