Le Point Hors-série, no. 19 (septembre-octobre 2008), 130p. [10.25$] 

Le Dossier a pour thème « Les Textes fondamentaux de la pensée politique ».  

Son ambition est de faire connaître au plus grand nombre les textes qui ont donné les impulsions décisives à la pensée politique occidentale, en en montrant la richesse autant que les limites. Les textes sont regroupés en quatre parties : les textes fondateurs de l`Antiquité et du Moyen Âge, qui soulèvent les questions de fond constamment reprises par la suite (légitimité du pouvoir, justice,égalité); l`époque moderne, qui débute avec Nicolas Machiavel et la revendication nouvelle d`une indépendance de la politique à l`égard de la religion et de la morale; le XIXe siècle, qui, d`Emmanuel Kant à Karl Marx, est autant le fils de la Révolution française que de la révolution industrielle; enfin, le XXe siècle, de John Maynard Keynes à John Rawls et Michel Foucault, à l`âge du totalitarisme et de toutes les remises en cause. Cet Hors-série comprend aussi quatre entretiens avec les personnalités suivantes : Luc Brisson, Marc Sadoun, Gil Delannoi et Pierre Giacometti.  

Le texte d`introduction de la première partie « L`homme en sa cité : l`invention de la science politique » est signé par l`historien Jean-Marie Bertrand, historien spécialiste de la philosophie politique dans la Grèce antique. Ce dernier rappelle que c`est en Grèce que sont apparues les premières théories sur l`organisation et le fonctionnement du pouvoir. Pour lui, « c`est au Ve siècle avant notre ère que sont proposées les premières analyses d`une science politique capable de rendre compte des acquis de l`histoire et de proposer des réponses aux interrogations d`une société qui désire se stabiliser après les guerres contre les Perses » (p.12). Dans l`entretien, le philosophe et directeur de recherche au CNRS, Luc Brisson, à propos de l`idée de justice chez Platon, affirme que « Platon, c`est vrai, est un révolutionnaire : il veut changer les choses en profondeur, rapidement et par la force. S`il avait eu la possibilité de faire un coup d`État, il l`aurait fait. […] C`est l`éducation, pense Platon, qui peur amener les citoyens à comprendre et à respecter la rationalité des lois » (p.31).  

Le texte d`introduction de la deuxième partie « La politique comme contrat » est rédigé par Philippe Raynaud, professeur de philosophie politique à Paris-II-Panthéon-Assas. Il souligne que « le libéralisme n`est pas le tout de la politique moderne : sa grande affaire a d`abord été l`affermissement de l`État et du " souverain " comme source première du droit et artisan de la paix civile, contre l`héritage féodal et, surtout, contre les déchirements produits par les guerres de religion » (p.34). Dans l`entretien de ce second chapitre, Marc Sadoun, professeur d`histoire des idées politiques à l`Institut des études politiques de Paris, s`intéresse à la question du suffrage universel en démocratie. À propos du régime français actuel, beaucoup d`électeurs sont d`avis qu`il présente tous les traits de l`oligarchie. Ce qui fait dire à Sadoun que « le sentiment qui domine est bien celui d`une classe politique soudée par ses intérêts et coupée du peuple » (p.61).  

Le texte d`introduction de la troisième partie « Le XIXe siècle philosophe » est confié au philosophe Jean-François Kervégan, professeur à Paris-I-Panthéon-Sorbonne. L`auteur s`attarde à la philosophie politique du XIXe siècle. À propos du libéralisme politique, il affirme que « le libéralisme politique est composite, au point de faire douter qu`il y a une philosophie politique libérale. Il se fonde néanmoins sur quelques principes identifiables : l`antériorité de la " société " sur le " gouvernement ", le caractère limité des pouvoirs de la politique, l`insistance sur l`absolue indépendance de l`individu » (p.64). Dans l`entretien de cette même partie, le politologue Gil Delannoi, à propos de l`exaltation de l`identité nationale, affirme que « toute idéologie qui exalte la communauté et la fusion risque de dégénérer en fanatisme : c`est vrai pour la religion; c`est vrai pour le nationalisme » (p.91). 

Le texte d`introduction de la quatrième partie « Le XXe siècle, ou la critique de la démocratie » est celui de Myriam Revault d`Allonnes, philosophe et professeur à l`École pratique des hautes études. Elle est d`avis que « Les systèmes totalitaires ont été – dans les deux variantes majeures du national-socialisme et du communisme – la tentative la plus extrême que l`humanité ait jamais connue de destruction totale de la politique. […] L`atteinte portée aux fondements mêmes de la société politique se manifeste par le fantasme totalitaire d`une société homogène, sans divisions et sans conflits, qui maîtriserait pleinement son organisation de la vie politique » (p.94). Dans l`entretien de cette dernière partie, le politologue Pierre Giacometti, à propos de la désaffection à l`égard du politique avance les explications suivantes : « Le sens collectif a perdu du terrain. Et comme le vote répond à une responsabilité collective, le choix politique a perdu de sa force. Par ailleurs, il y a de moins en moins de citoyens, qui, dès leur jeune âge, votent régulièrement. Nombreux sont ceux qui sont dépourvus de toute affiliation partisane et qui votent " opportuniste ". Enfin, les systèmes de représentation ont perdu beaucoup de leur crédibilité. Les corps intermédiaires (Parlement, partis, syndicats, médias) ne suscitent plus la même relation. (p.108). 

Le dossier contient aussi un appareil critique important : soit un lexique (98 noms et notions) ainsi qu`une bibliographie (50 titres). 

Info. :   www.lepoint.fr