Présentation de l’éditeur :

«Sans confiance entre les individus, c’est toute notre société qui s’écroule. La peur, la déraison, la faillite, la guerre, la paranoïa menacent. Pourtant : la judiciarisation des rapports contractuels, le désir de contrôle, la difficulté d’accepter notre part humaine de fragilité, sans laquelle la confiance n’existe pas, engendrent une société de défiance.

L’essai magistral de Michela Marzano offre une double perspective historique et philosophique : de la banqueroute de Law (1720) à la crise du prêt interbancaire (2007-2008), de l’égoïsme libéral au doute systématique des théories du complot, du don de soi dans l’amour à la multiplication des conflits juridiques dans la sphère privée (sait-on que 70 % des contentieux au TGI sont familiaux?), de la crainte de tout perdre à l’éloge de la dépendance, Michela Marzano construit et déconstruit notre rapport à la confiance. Le pilier de notre civilisation.

Née à Rome en 1970, philosophe, professeur des universités (Paris Descartes), essayiste et éditorialiste à La Repubblica, Michela Marzano est l’auteur, entre autres, de Penser le corps (PUF, 2002), Dictionnaire du corps (PUF, 2007), La philosophie du corps (PUF, «Que sais-je ?», 2009), Extension du domaine de la manipulation (Grasset, 2008; Pluriel, 2010). Ses livres sont traduits dans plusieurs langues

Extrait de l’introduction :
«Dans une célèbre histoire juive, un père demande à son fils de sauter par la fenêtre. Au départ, l’enfant, effrayé, hésite. «Tu n’as pas confiance en ton propre père ?», dit ce dernier pour rassurer son fils. Celui-ci se décide enfin à sauter. En tombant par terre, il se blesse. «Désormais tu le sais, dit le père devant l’enfant en larmes. Tu ne dois avoir confiance en personne. Même pas en ton propre père !» Cette histoire bizarre pose une question fondatrice. Si je peux être trahi même par mon propre père, comment puis-je tout simplement avoir confiance en quelqu’un ? Si je ne peux avoir confiance en personne, comment puisse imaginer qu’on me fasse aussi confiance ? Et il faut aller plus loin. Si nous ne pouvons pas compter les uns sur les autres, comment bâtir une société digne de ce nom ?

 La confiance est le ciment de nos sociétés. Pourtant, si tout le monde l’évoque, rares sont ceux qui en saisissent réellement la nature. Chacun de nous voudrait vivre dans un monde où les gens sont «dignes» de confiance. Mais encore faudrait-il savoir ce que cela signifie réellement. Aujourd’hui, la confiance est partout. Elle est même prétexte à slogans publicitaires. Les entreprises comme les hommes politiques parlent du «contrat de confiance» qu’ils voudraient passer avec leurs consommateurs ou leurs électeurs. Durant la crise des subprimes, les économistes n’ont cessé d’évoquer la confiance. Pourtant, qui s’est jamais soucié de sa nature profonde ? Or, de la confiance dans une banque à la confiance dans la politique, en passant par la confiance en ses parents, ses amis ou ses partenaires, chacun mesure qu’il y a bien des nuances, pour ne pas dire des différences. Peut-on comparer le crédit qu’on accorde aux hommes de pouvoir avec la confiance que l’on fait à son conjoint ? Parle-t-on exactement de la même chose ? Et si on ne parlait autant de la confiance que parce que nous vivons dans un monde où les gens sont de plus en plus méfiants ?» (Extrait de l’introduction ; Michela Marzano, «Le contrat de défiance»))

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Lire aussi :
– Aude Lancelin, «Se méfier de la méfiance» (Le Nouvel Observateur, 21 octobre 2010)
– Martine Jacot, «« Le Contrat de défiance », de Michela Marzano : questions sur la confiance» (Le Monde, 2 novembre 2010)
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AUTEURE : Michela Marzano
TITRE : Le contrat de défiance
ÉDITEUR : Grasset (Paris, France)
PAGES : 320
DATE DE PARUTION : 6 octobre 2010
ISBN : 9782246758518