L`année 2012 marque le 50e anniversaire de décès du philosophe et épistémologue français Gaston Bachelard. On lui doit d`importants travaux sur la philosophie des sciences ainsi que des recherches sur la poésie et l`imaginaire. Durant sa carrière, il s`applique à refondre les cadres de l`épistémologie comme en témoigne les ouvrages suivants : Le Nouvel Esprit scientifique (PUF, 1934; réédition Alcan, 1937), La philosophie du non (PUF, 1940), Le matérialisme rationnel (PUF, 1953).

Spécialisé d`abord dans la philosophie des sciences (Le Nouvel Esprit scientifique), il s`intéresse ensuite à l`imagination humaine et fait une sorte de psychanalyse des images à travers les éléments naturels (eau, air, terre, feu) qui leur servent de support : Psychanalyse du feu (Gallimard/NRF, 1938), L`Air et les Songes (Corti, 1943), L`Eau et les Rêves (Corti, 1942).

 

BIOGRAPHIE

 

Il naît à Bar-sur-Aube, en Champagne, le 27 juin 1884. Petit-fils de cordonnier, ses parents tiennent un débit de tabac. Dès l`école primaire, il se révèle être un individu surdoué qui rafle tous les prix; il continue à le faire au lycée. En 1902 et 1903, il est répétiteur au Collège de Sézanne, commune de la région Champagne-Ardenne. Il s`agit d`une fonction qui allie surveillance et soutien éducatif et qui s`insère habituellement dans le cursus des étudiants qui se destinent à l`enseignement. De 1903-1905, il effectue son Service militaire dans le 12e Dragons de Pont-à-Mousson, région Lorraine.

En juillet 1902, après son baccalauréat de philosophie, il abandonne les études, faute de ressources financières. Il gagne alors sa vie comme surveillant de collège. De 1907 à 1913, il est successivement commis des Postes et Télégraphes à Paris (bureau de la gare de l`Est). En 1912, il termine troisième au concours d`ingénieur des télégraphes. De 1913 à 1914, il est en disponibilité pour raison d`études; il se prépare pour le concours d`élèves ingénieurs des Télégraphes. À cette période, il reçoit une bourse en mathématiques spéciales au lycée Saint-Louis. Le 8 juillet 1914, il se marrie avec Jeanne Rossi, jeune institutrice à Maison-lès-Soulaines, dans la région Champagne-Ardenne. Du 2 août 1914 au 16 mars 1919, il est mobilisé pendant 38 mois dans les unités combattantes; il reçoit la Croix de guerre comme citation à l`ordre de la division. En 1916, à l`occasion d`une permission, il quitte l`enfer des tranchées et s`initie à l`enseignement. Il remplace dans sa classe de Maison-lès-Soulaines son épouse, alors souffrante. Nommé à Paris, il obtient de suivre les cours de mathématiques spéciales, le soir, et passe ses licences de mathématiques (1912) et de philosophie. Après la Guerre 1914-18, sa carrière prend un tour définitivement universitaire. Sa fille Suzanne naît le 18 octobre 1919.

De 1919 à 1930, il est professeur de physique et de chimie au Collège de Bar-sur-Aube. Son épouse Jeanne Rossi meurt le 20 juin 1920. En 1922, il obtient l`agrégation de philosophie. En 1925, il donne deux heures de philosophie par semaine à l`Université de Dijon. En 1927, il rédige une thèse d`État sous la direction du philosophe français Léon Brunschvicg (1869-1944) intitulée Essai sur la connaissance approchée. Cette dernière marque l`avènement d`une nouvelle épistémologie. En 1930, au moment de la retraite du philosophe et historien des sciences Abel Rey (1873-1940), il effectue de la suppléance à la Faculté des Lettres de Dijon (Bourgogne). De 1930 à 1940, il enseigne à cette même institution. À la même époque, il se lie d`amitié avec l`historien français Gaston Roupnel (1871-1946). En 1934, il publie Le Nouvel Esprit scientifique, ouvrage dans lequel il étudie les principes de la science à la lumière des grandes théories physiques. Le 25 août 1937, il est Chevalier de la Légion d`honneur. En 1938, il publie chez Vrin, La Formation de l`esprit scientifique, dans lequel il tente un rajeunissement de l`épistémologie par le freudisme. De 1940 à 1955, il est professeur d`histoire et de philosophie des sciences à la Sorbonne, à Paris. Il est également Directeur de l`Institut d`Histoire des Sciences et des Techniques. Le 10 juillet 1951, il est Officier de la Légion d`honneur. En 1954, il est professeur honoraire à la Sorbonne. En 1955, il est membre de l`Académie des sciences morales et politiques, au fauteuil du philosophe français Édouard Le Roy (1870-1954). En 1959, il est Commandeur de la Légion d`honneur. Le 6 novembre 1961, il reçoit le Grand Prix national des Lettres. Il meurt à Paris, le 16 octobre 1962; il est inhumé le 19 octobre à Bar-sur-Aube.

 

PUBLICATIONS

 

Analysant les conditions de la connaissance scientifique, il soutient qu`elle ne progresse que par une victoire sur les obstacles épistémologiques (perception immédiate, opinion, résultats considérés comme définitifs), qu`il tente de déceler, cherchant « à fonder les rudiments d`une psychanalyse de la raison ». Philosophie ouverte (dialectique), capable d`intégrer les grandes révolutions du savoir, la philosophie des sciences peut ainsi se définir comme un rationalisme appliqué. Au monde de la rationalité s`oppose l`univers complémentaire de l`imagination poétique et de ses symboles, qu`inspirent les éléments naturels (feu, eau, air et terre) et dont il a essayé de faire la psychanalyse dans les ouvrages suivants : La Psychanalyse du feu (NRF, 1938), L`Eau et les Rêves (Corti, 1942), L`Air et les Songes (Corti, 1943), La Terre et les rêveries du repos (Corti, 1946), La Terre et les rêveries de la volonté (Corti, 1948), La Poétique de l`espace (PUF, 1957), La Poétique de la rêverie (PUF, 1960).

Parmi ses autres oeuvres, mentionnons : Essai sur la connaissance approchée (Vrin, 1928), La valeur inductive de la Relativité (Vrin, 1929), Lautréamont (Corti, 1939), Le Rationalisme appliqué (PUF, 1948), L`Activité rationaliste de la physique contemporaine (PUF, 1951), La Flamme d`une chandelle (PUF, 1961), L`engagement rationaliste (PUF, 1972, posthume).

 

ICONOGRAPHIE

 

Tombe-Gaston Bachelard

 

Tombe de Gaston et Suzanne Bachelard, à Bar-sur-Aube.

 

Le Collège Bar-sur-Aube

 

L`ancien collège de Bar-sur-Aube où Bachelard fut élève avant d`y être nommé enseignant à la rentrée 1919.

 

Bachelard-fille Suzanne

 

Gaston Bachelard et sa fille Suzanne. Vers 1935.

 

Bachelard-Sorbonne

 

Gaston Bachelard en 1955 lors de son dernier cours à la Sorbonne, à Paris.