Le 27 juin 2016 est décédé à Los Angeles, en Californie, à l`âge de 87 ans, l`écrivain, sociologue et futurologue américain Alvin Toffler.

 

Après avoir été correspondant de presse à Washington, il a rejoint l`équipe de rédaction de Fortune. Il a enseigné à la Cornell University. Il a également appartenu à la Fondation Russel Sage et a été professeur à la New School for Social Research. Auteur d`une douzaine de livres et d`innombrables articles, conférencier international, il a tenté de prévoir ce que deviendrait le monde de demain, avec, a-t-on dit, plus ou moins de réussite.

 

Alvin Toffler est assurément le futurologue qui avec Le choc du futur (1970) a le mieux pressenti l’importance des changements liés à l’avènement de l’ère de l’information. Le thème fondamental du livre est qu`il est plus difficile aux individus comme aux organisations de faire face au changement social et technologique.

 

Au cours de sa carrière, il a correctement pronostiqué plusieurs développements économiques et technologiques, comme le clonage, l’accélération de la transmission des informations et l’avènement des mariages homosexuels. Il a également popularisé l’expression « surcharge d’information ».

 

 

Repères biographiques

 

 

Il naît le 4 octobre 1928 dans l`arrondissement Brooklyn, à New York. Il est issu d`une famille d`émigrés juifs polonais. Il est le fils de Sam Toffler, fourreur et de Rose Albaum; il a une soeur plus jeune que lui.

 

En 1946, il entre à l’Université de New York, d’où il sort diplômé en littérature après quatre années consacrées essentiellement, de son propre aveu, au militantisme politique. En 1948, il participe à une initiative étudiante pour inciter les électeurs noirs à s’inscrire sur les listes électorales. La même année, il rencontre Adelaide Elizabeth Farrell (Heidi), également écrivain et futurologue, qui devient sa femme et la coauteure de plusieurs de ses livres.

 

Le 29 avril 1950, il épouse Adelaide Elizabeth Farrell. En 1950, le couple emménage à Cleveland (Ohio), où tous deux trouvent du travail à l’usine. Il passe cinq ans sur les chaînes de montage. Déjà dans les années 1950, il déplore l`incapacité des hommes politiques à se projeter dans l`avenir. En 1954, il décroche un poste de journaliste dans la presse industrielle, un début de carrière qui l’emmène trois ans plus tard à Washington pour couvrir les politiques sociales, comme correspondant à la Maison Blanche. En 1954 aussi, il publie The Culture Consumers (St Martin`s Press). La même année, leur fille Karen naît. De 1959 à 1961, il est rédacteur en chef adjoint au magazine américain Fortune, consacré à l`économie.

 

En 1964, il collabore aussi au magazine Playboy dans lequel il interview plusieurs personnalités, dont l`écrivain américain d`origine russe Vladimir Nabokov (1899-1977), auteur du roman Lolita (1955). En 1965, dans un article pour Horizon, il forge le terme de « choc du futur » pour, dit-il, « décrire la tension et le vertige qui saisissent un individu soumis à des changements trop brutaux en un temps trop bref ». De 1965 à 1967, il est professeur à la New School for Social Research. Au milieu des années 1960, il entreprend cinq années de recherche en vue de la publication de Future Shock, vendu à 6 millions d`exemplaires. En 1968, il publie The Schoolhouse in the City (Praeger editors).

 

Dès 1970, lui et son épouse Heidi annoncent les révolutions suivantes : Internet, les délocalisations, la standardisation des produits.

 

En 1970, il publie son premier essai Future Shock (Random House, New York). En 1971, l`ouvrage, traduit de l`américain par Sylvie Laroche et Solange Metzger sous le titre Le Choc du futur (Denoël, collection du défi), devient rapidement un best-seller mondial. D`ailleurs, sur le site de l`auteur, on apprend que Le Choc du futur a été publié dans 50 pays et vendu à 15 millions d`exemplaires dans le monde. Sa thèse est la suivante : un individu, une entreprise, un gouvernement, peut être très désorienté s’il est soumis à trop de changements, trop rapidement.

 

Toffler, Alvin-Le choc du futur

 

Concernant le processus général d`accélération, Toffler affirme dans Le Choc du futur que :

 

 

« Pour survivre, pour échapper à ce que nous avons appelé le choc du futur, l`individu doit devenir infiniment plus souple et plus compétent que jamais auparavant. Il doit être à l`affût d`un mode d`ancrage totalement nouveau, car toutes les vieilles racines – religion, patrie, communauté, famille ou profession – tremblent actuellement devant l`ouragan de cette tendance générale à l`accélération. Néanmoins, avant qu`il ne puisse s`adonner à cette quête, il doit étudier de plus près la façon dont les effets de l`accélération imprègnent sa vie personnelle, se glissent dans son comportement et modifient la nature de son existence. Il doit, en d`autres termes, comprendre l`éphémère » (p. 46).

 

En 1972, il édite et signe l`introduction du collectif The Futurists (Random House, New York). En 1974, il publie Learning for Tomorrow : The Role of the Future in Education (Random House, New York). En juillet 1974, les responsables de la revue Esquire lui demande d`entreprendre une analyse détaillée de ce pourrait être la prochaine crise économique. Cela donne un long article intitulé : « Au-delà de la dépression » publié par ce même magazine mensuel américain. Il y analyse la crise qui sévit à ce moment dans les pays industrialisés et qu`il appelle un « éco-spasme ». En 1975, il publie The Eco-Spasm Report (Bantam Books). Dans cet essai, il analyse la situation de la société industrielle ainsi qu`un certain nombre de propositions en vue de l`améliorer. La même année, l`ouvrage est traduit de l`américain par Solange Metzger sous le titre Éco-Spasme (Denoël, coll. « Regards sur le monde »).

 

Dans les années 1980, il conseille, à plusieurs reprises, des dirigeants politiques tels le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le milliardaire mexicain Carlos Slim, le premier ministre chinois Zhao Ziyang (1919-2005) et l`homme politique américain Newt Gingrich. Durant cette même période, il est souvent présenté comme le gourou du futur. 

 

En 1980, il publie The Third Wave (William Morrow and Company, Inc., New York). La même année, l`ouvrage est traduit de l`américain par Michel Deutsch sous le titre La Troisième Vague (Denoël). Dans ce livre, il montre comment nous entrons dans la troisième phase de l’histoire de l’humanité, celle de la civilisation ouverte de la connaissance. En effet, il y décrit trois types de sociétés et le concept de « vague ». Ainsi, chaque nouvelle vague pousse l’ancienne société et établit la nouvelle. La société de la 3e Vague est la société dite postindustrielle (après les années 1950) et est caractérisée par l’information, la technologie et la très grande diversité des sous-cultures.

 

Toffler, Alvin-La 3ème Vague

 

À propos de l`environnement intelligent inhérent à la civilisation de la Troisième Vague, Toffler affirme dans La Troisième Vague que :

 

 

« On peut prévoir que dans les prochaines décennies, l`intelligence, l`intuition et l`imagination humaines continueront d`avoir infiniment plus d`importance que les machines. Néanmoins, attendons-nous à voir les ordinateurs enrichir notre conception de la causalité, améliorer notre compréhension de l`interdépendance des choses et nous aider à construire des  » ensembles  » signifiants et synthétiques à partir de données ponctuelles qui tourbillonnent autour de nous. L`ordinateur est un antidote à la culture éclatée » (p. 220).

 

 

En 1983, il publie Previews and Premises (William Morrow and Company, Inc., New York). Après avoir exposé les principes et les modalités de l`irruption de l`avenir au cœur du présent (Le Choc du futur, La Troisième Vague), Toffler définit ici des perspectives et propose des solutions originales pour sortir de la crise. La même année, l`ouvrage est traduit de l`américain par Michel Deutsch sous le titre Les Cartes du futur : Précursions et prémisses (Denoël). En 1985, il publie The Adaptive Corporation (McGraw-Hill). En 1986, ce même ouvrage est traduit de l`américain par Michel Deutsch et publié sous le titre S`adapter ou périr : l`entreprise face au choc du futur (Denoël).

 

En 1990, il publie Powershift : Knowledge, Wealth and Violence at the Edge of the 21st Century (Bantam Books), à New York. L`ouvrage se concentre sur le pouvoir, sur ceux qui le posséderont dans la décennie à venir et à l’aube du XXIe siècle, et sur le rôle déterminant du savoir en tant qu’outil de pouvoir. En 1991, Powershift est traduit de l`américain par André Charpentier sous le titre Les Nouveaux Pouvoirs. Savoir, richesse et violence à la veille du XXIe siècle (Fayard). En 1993, après avoir misé sur une croissance continue, il se ravise et dans une interview donnée à Wired Magazine, de San Francisco; il affirme que : « Nous avons fait l`erreur de croire aux économistes de l`époque ». En 1993 également, il publie War and Anti-War chez Little, Brown and Company, à New York. L`ouvrage traite de l`art et de la science militaire à la fin du XXe siècle. Il passe en revue toutes les formes que peut prendre la guerre sans oublier les armes nouvelles. En 1994, ce même livre est traduit de l`américain par Pierre-Emmanuel Dauzat sous le titre Guerre et contre-guerre : Survivre à l`aube du XXIe siècle (Fayard; Hachette Littératures, 1996). En 1995, il publie Créer une nouvelle civilisation : la politique de la Troisième Vague (Fayard), avec un avant-propos de Newt Gingrich. L`ouvrage pose les jalons d’un calendrier pour une Troisième Vague. En 1996, il fonde en compagnie de Tom Johnson, la société de conseil Toffler Associates.

 

En 2000, leur fille Karen décède à l`âge de 46 ans. Elle est atteinte du syndrome de Guillain-Barré depuis les dix dernières années. En 2006, il publie avec son épouse Heidi, Revolutionary Wealth. Dans cet ouvrage, ils effectuent une analyse détaillée de la société actuelle dans laquelle la clé de la prospérité est la connaissance et non plus l’argent. En 2007, le livre est traduit de l`américain par Bernard Blanc et Dominique Brotot sous le titre La Richesse révolutionnaire (Plon).

 

Alvin Toffler fut inhumé lors d’une cérémonie privée à Los Angeles, selon son cabinet de consultant, qui a précisé qu’un hommage public serait organisé ultérieurement.