Le 8 avril 2019, est décédé à l’âge de 90 ans, après 68 ans de vie religieuse, le philosophe québécois Julien Naud, s.j. Ce dernier s`est éteint à l’infirmerie de la communauté à Richelieu, des suites d’un cancer au colon.

Homme discret et d’une grande bonté, il était toujours prêt à aider ceux qui recouraient à lui. À l’occasion de ses cinquante ans de vie dans la Compagnie de Jésus, le Supérieur général de la Compagnie de Jésus, Peter-Hans Kolvenbach (1928-2016) l’avait souligné dans une lettre qu’il lui écrivait : « Vos qualités d’accueil et d’écoute ont permis à plusieurs de passer des caps difficiles durant leurs études ».

Repères biographiques

Il naît le 8 octobre 1928 à Deschambault (près de Québec, comté de Portneuf). Il fait ses études classiques au Séminaire de Trois-Rivières et entre au noviciat des Jésuites du Sault-au-Récollet (Montréal), le 14 août 1950. Il suit le cycle régulier de la formation de la Compagnie de Jésus pour les quatre premières années (noviciat et juvénat au Sault-au-Récollet). Mais, avant la philosophie, il fait une année de régence au Collège de Saint-Boniface (Manitoba), en 1954-55, où il est professeur titulaire de la première année du cours secondaire.  Par après, il étudie la philosophie durant deux ans aux Facultés de la Compagnie de Jésus, à Montréal. Il complète sa régence à l’Université de Sudbury (Ontario) où il enseigne la philosophie durant deux ans.

Par la suite, il fait ses études de théologie au Collège de l’Immaculée-Conception, à Montréal. Le 21 juin 1962, il est ordonné prêtre par le Cardinal Paul-Émile Léger (1904-1991) en l’église de l’Immaculée-Conception. Après sa troisième année à Saint-Jérôme, dans les Laurentides, il part pour Rome où il étudie la philosophie à l’Université pontificale grégorienne. À l’été 1966, il y présente sa thèse de doctorat sur le philosophe français Gaston Bachelard (1884-1962), qui s`intitule « L’imagination dans les œuvres de Gaston Bachelard ». Le 15 août 1966, il prononce ses derniers vœux, à Rome, en présence du père Pedro Arrupe (1907-1991), le supérieur général de la Compagnie de Jésus, récemment élu.

De retour à Montréal, il débute sa carrière de professeur de philosophie aux Facultés jésuites, à l’automne 1966. Puis, à l’été 1967, avec les étudiants jésuites, il suit la Faculté de philosophie de la Compagnie de Jésus, qui se joint d’abord au Centre des Études Universitaires (CEU) de Trois-Rivières, qui devient par la suite une composante de l`Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Il y enseigne de 1967 à 2009. En 1967, il publie L`imagination dans les œuvres de Gaston Bachelard (Montréal, s.n., 47 p.). Le 27 février 1968, il prononce une conférence « La philosophie de Gaston Bachelard » au Cercle de philosophie de Trois-Rivières, à titre de professeur au Centre des Études Universitaires de Trois-Rivières. Le 4 décembre de la même année, il prononce une autre conférence « L`homme moderne et l`angoisse » au Cercle de philosophie de Trois-Rivières.

En plus d’être professeur, il occupe divers postes. De 1969 à 1975, il est le secrétaire de la Faculté de philosophie et directeur du Département de philosophie à quelques reprises. En 1971, il publie Structure et sens du symbole : L`imaginaire chez Gaston Bachelard (Tournai-Montréal, Desclée & Cie / Bellarmin, coll. « Recherches, no. 5 », 232 p.). Il y explore la philosophie de Gaston Bachelard selon un itinéraire philosophique précis, soit celui de la recherche de la structure fondamentale et du sens du symbole.

Au-delà de son travail, il manifeste toujours beaucoup de disponibilité aux demandes que lui adressent les supérieurs de la Compagnie de Jésus. À cet égard, il est le supérieur de la communauté jésuite de Trois-Rivières, de 1969 à 1975 et le responsable du comité de la formation de la province jésuite durant vingt ans. Il porte également une grande attention à tout ce qui concerne la vie intellectuelle. À ce titre, il est l’initiateur, avec le père Roger Marcotte, s.j. (1919-2004), de rencontres thématiques, à la maison de vacances des Jésuites à Barkmere dans les Laurentides, qui réunissent une vingtaine de jésuites, jeunes et moins jeunes, et qui sont, dit-on, très prisées.

En 1979, il publie Une philosophie de l`imagination (Montréal-Paris, Bellarmin / Desclée, coll. « Recherches, no. 23 », 172 p.). Il y propose une enquête sur la pluralité des opinions et des convictions en philosophie, en sciences humaines et religieuses, pour essayer de voir si celles-ci ne pourraient se ramener à une correspondance commune.

Au printemps 2010, il donne une communication intitulée « Nietzsche expliqué par Julien Naud » dans le cadre d’un cours d’esthétique pour le département de Philosophie et des Arts de l`UQTR et organisé par Suzanne Foisy, professeure titulaire au département de philosophie de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Au printemps 2012, à la fermeture du Centre Vimont (jadis résidence pour le personnel enseignant, formé de jésuites, située à l’aile arrière du Collège Jean-de-Brébeuf),  il choisit d’aller demeurer à l`infirmerie de la communauté à Richelieu avec ses compagnons malades. Le 12 juin 2018, il donne une entrevue « De l`importance des bons voisinages » au père Marc  Rizetto, s.j.

Outre ses confrères jésuites, il laisse dans le deuil sa sœur Thérèse, son frère Gérard, sa belle-sœur Bella Langlais, deux nièces dont il était proche Jacqueline Houle et Marie-Josée Naud et une grande amie Suzanne Foisy, qui est demeurée près de lui durant ses derniers jours.

Le corps sera exposé à la chapelle de la Résidence Notre-Dame de Richelieu, le samedi 13 avril à partir de 12h30. Les funérailles y seront célébrées le même jour à 14h00. L’eucharistie sera présidée par le supérieur des Jésuites de Richelieu, Jean-Guy Bilodeau, et l’homélie sera prononcée par le père Bernard Carrière, s.j.