Dans le cadre de la semaine de la philosophie qui a eu lieu du 18 au 22 février 2019, les étudiant.e.s avaient la possibilité de participer à un concours d’écriture doté de trois bourses offertes par notre commanditaire René Villemure, éthicien. Le premier prix étant une bourse de 200$ et la publication du texte dans La Gifle, le Logos et sur PhiloTR ainsi qu’un deuxième et troisième prix de 100$ chacun. 

Pour se mériter l’une de ces trois bourses, l’étudiant.e devait choisir la citation d’une philosophe qui l’inspirait parmi la centaine de citations présentées dans le corridor de philosophie (HA-3355 à HA-3315) et rédiger une réflexion de 350 à 500 mots. 

Le jeudi 4 avril, lors d’une brève cérémonie, M. Villemure remettait les bourses à nos trois gagnantes: Pénélope Cossette-Fortin_(premier prix), Dali Léveillé_(deuxième prix) et Ève Beauchesne_(troisième prix). 

Encore une fois, cette activité a eu un franc succès et le choix des textes difficile étant donné la qualité des réflexions reçues! 

Merci à tout.e.s les participant.e.s et félicitations aux gagnantes!

Lire les trois textes qui ont respectivement reçu les 1er, 2eet 3eprix lors de l’édition 2019 de ce concours,

Pénélope Cossette-Fortin (premier prix)

Dali Léveillé (deuxième prix)

Ève Beauchesne (troisième prix)


1

Texte de Pénélope Cossette-Fortin

Récipiendaire du 1er prix 2019 du concours femmes philosophes

Citation choisie : « On ne nait pas femme, on le devient. »(Simone de Beauvoir)

On ne naît pas femme. La société nous façonne comme un forgeron forge le métal en épée de collection, comme un artiste travaille son œuvre jusqu’à ce qu’elle soit prête à être exposée. Elle nous taille à coup de mots : « Sois belle et tais-toi ». À coup de règles : « Le masculin l’emporte sur le féminin ». À coup d’insultes : « Tu lances comme une fille ». À coup de reproches : « Elle l’a cherché en s’habillant comme ça ». À coup d’injustices : « Elle a bu, elle aurait dû être plus responsable; il a bu, il ne savait pas ce qu’il faisait ». Une fille apprend à être belle sans être trop confiante, à être dépendante du sexe opposé, à être brillante sans toutefois détrôner l’homme, à ne pas marcher seule la nuit. À se taire. Elle assimile que son « non » ne suffit pas, qu’on ne la croira pas le jour où elle portera plainte, que son agresseur sera victimisé. Qu’elle est inférieure à l’homme. Chaque jour, chaque minute, chaque seconde, les journaux et ses pairs lui rappellent que le système de justice est insuffisant. Elle ne peut y échapper. Et une fois qu’elle l’accepte, elle devient enfin une femme : un trophée pour le genre masculin.

Le prix ne devrait pas être décerné à l’homme, mais plutôt à nous, les femmes. Changeons de direction, de définition. Nous devrions plutôt devenir femme lorsque nous protestons dans les rues pour réclamer nos droits, que ce soit celui de voter ou de se faire avorter. Devenons femmes le jour où nous nous insurgeons contre la cour qui excuse un viol, sous prétexte que la victime portait des sous-vêtements trop « osés ». Devenons femmes la minute où nous nous battons pour nos enfants arrachés de nos bras, à la frontière, par un certain président. Pour devenir femmes, nous devrions apprendre à tendre la main aux minorités LGBT, noires, latines, musulmanes, à venir en aide aux réfugiés, ainsi qu’à enseigner à l’homme qu’il n’y a rien de mal à pleurer. Pourquoi devenir femme ne signifierait pas apprendre à s’élever à sa juste valeur sans diminuer celle de l’autre? Apprenons plutôt aux jeunes filles à se regarder dans le miroir et à apprécier toute la beauté de ce qu’elles voient, à faire valoir leurs opinions, à s’épanouir sans l’homme, à lever la voix et à réclamer justice. Arrêtons d’exploiter leurs doutes et leurs complexes. Montrons-leur qu’elles sont capables d’ébranler l’univers afin de le remettre dans la bonne voie. Pourquoi nous arrêter à ce qui nous est imposé? Jamais ne l’avons-nous fait dans l’histoire. Alors pourquoi le faire aujourd’hui? Désormais devenir femme signifierait devenir forte et faire sa place dans la société. Devenons femmes.


2

Texte de Dali Léveillé

Récipiendaire du 2e prix 2019 du concours femmes philosophes

Citation choisie : « Connaître quelqu’un à fond est une illusion. À la différence d’une poche, les êtres humains n’ont pas de fond. » (Claude Habib)

Claude Habib a dit une fois une pensée philosophique : « connaître quelqu’un à fond est une illusion. À la différence d’une poche, les êtres humains n’ont pas de fond ». De nombreuses pistes peuvent être interprétées quand on analyse ce portrait de l’être humain. D’abord, l’analogie de la poche rapporte le fait que l’humain est indéfini, sans limites contrairement à la poche d’un pantalon par exemple qui est un espace défini et donc physique. Ça peut alors nous faire croire que sans fond, il n’y a aucune profondeur, que c’est ouvert à toutes possibilités, et donc, qu’on ne peut pas voir la réelle nature d’un être humain, sa profondeur, car nous ne sommes pas que chair et os. Quand vous mettez votre main dans la poche de votre veste, vous pouvez toucher toutes les parois, vous savez par où votre main est entrée. En regardant un humain, que ce soit d’un simple regard ou avec de la profondeur, il est beaucoup plus difficile de discerner l’entièreté du concept de « l’homme », contrairement à la poche. Nous ne sommes pas qu’un « fond » ou qu’une « poche » définie. Comme Claude Habib fait l’association à l’homme et la connaissance, on peut donc dire que la connaissance serait alors infinie, puisqu’on ne connaîtrait jamais à 100% une personne. Par contre, elle compare ensuite cette connaissance avec la poche, mais, personnellement, je crois que c’est la même chose pour les objets aussi. Cela revient à la connaissance du monde, dont on ne peut jamais être absolument certain. La poche est-elle vraiment ce qu’on croit qu’elle est? Ce n’est pas parce qu’elle a un fond et qu’on peut y toucher les parois que nous connaissons tout de la poche d’une veste ou d’un pantalon. Après tout, si on regarde finement la poche d’une veste, on remarque qu’elle a en réalité de minuscules trous, alors le fond serait aussi une illusion. Ce n’est donc pas juste l’humain que nous ne pouvons pas connaître totalement, mais tout notre monde. Dans un autre ordre d’idées, il est plutôt facile de « percer le mystère » d’une poche de pantalon ou d’une veste. Avec l’être humain, ça nous force à décrypter l’inconnu grâce à notre savoir. En regardant quelqu’un dans les yeux, on ne peut pas tout savoir de lui. C’est en approfondissant nos connaissances sur la personne que nous pouvons en savoir davantage, mais jamais au point de pouvoir tout dire de cette personne. Par contre, si on ne peut connaître les autres à fond, qu’en est-il de nous-mêmes? Certes, on se connait plus que les autres, car on vit dans ce corps, mais quand on y pense bien fort, si les autres ne peuvent pas nous définir, car nous n’avons pas de fond, comment le pourrait-t-on? Je ne crois pas qu’on ait le « pouvoir absolu » de décrypter notre entière personne, donc jamais on ne peut se connaitre soi-même, pas plus que les individus qui nous entourent.                                                                                     


3

Texte de Ève Beauchesne

Récipiendaire du 3e prix 2019 du concours femmes philosophes

Citation choisie :« Connaître quelqu’un à fond est une illusion. À la différence d’une poche, les êtres humains n’ont pas de fond.» (Claude Habib)

L’Homme est un labyrinthe. Rechercher les vérités régissant un être si complexe est un défi, autant qu’un devoir pour tout un chacun, mais peut-on vraiment connaître une personne ou peut-on même se connaître soi-même? D’un point de vue rationnel, c’est peu probable, voire impossible. 

Tout d’abord, la personnalité d’un individu est indubitablement influencée par son environnement, son passé et sa perspective de l’avenir. Ces éléments étant propres à chacun, il est donc irréel de pouvoir généraliser le fonctionnement de l’esprit humain. Nos capacités à juger et à analyser ne sont pas toutes au même niveau et encore là faut-il avoir un élément clair et fiable à observer. Connaître à fond quelqu’un implique la possession du savoir absolu concernant cette personne, hors, comment peut-on tout savoir sur ce qu’elle a vécu et les impacts que ces événements ont eus sur elle alors qu’elle ne le sait point elle- même? 

Les recoins de la mémoire sont multiples. Tout le monde a déjà oublié un moment de sa vie (et ce même si certains ont une importante influence sur notre vie de tous les jours). Pour comprendre un être, il faudrait d’abord posséder toutes les informations le concernant et à moins que cette personne ne soit très honnête et hypermnésique, on ne peut tout connaître. De plus, l’identité d’un individu n’a pas de fin. Chaque être vivant croît et se développe au cours du temps. L’esprit humain en fait de même. Tel un être à part entière, il ne cesse d’évoluer au gré des nouvelles expériences. En outre, cette constante effervescence empêche toute conclusion précise quant à qui est vraiment quelqu’un puisque sa personnalité se forge au fur et à mesure. 

Personne ne connaît donc véritablement qui que ce soit. Tels des enfants se laissant bercer dans le mirage de l’ignorance, nous nous affirmons en tant qu’individu à part entière sans même savoir qui nous sommes. Mais d’un autre côté, cette infinie réflexion laisse une multitude de possibilités. Chacun peut devenir ce qu’il souhaite et ne point se limiter à une seule interprétation de sa personnalité. 

En bref, on ne peut pas percevoir complètement les gens nous entourant ou notre propre identité, mais on peut tendre vers une connaissance assez poussée pour s’aider les uns les autres dans ce monde d’illusions. 



Photos des récipiendaires 2019, en compagnie de M. René Villemure

De gauche à droite sur la photo : Pénélope Cossette (1er prix), Dali Léveillée (2e prix), Ève Beauchesne (3e prix) et Renée Villemure (éthicien).