Le 15 janvier 2009 est décédé à l`âge de 87 ans, le théologien laïc et historien orthodoxe français Olivier Clément, à Paris. Il a été l`un des témoins les plus marquants de l`orthodoxie en Occident dans la deuxième moitié du XXe siècle. Il a beaucoup fait pour que les trésors de l`Église orthodoxe soient davantage connus en Europe occidentale. Parmi les théologiens orthodoxes contemporains, il fut celui qui a su se montrer le plus attentif aux interrogations de la modernité auxquelles il a cherché à répondre à travers une réflexion puissante et poétique, à la fois enracinée dans la Tradition de l`Église, mais en même temps créatrice et rénovatrice. Il fut également l`interlocuteur du patriarche orthodoxe Athénagoras (1886-1972), du pape Jean-Paul II (1920-2005), du frère Roger Schutz (1915-2005) de la communauté de Taizé (Saône-et-Loire), du prêtre et théologien roumain Dumitru Staniloaë (1903-1993), de l`archimandrite russe Sophrony (1896-1993) du monastère de Maldon (Grande-Bretagne) et d`Andrea Riccardi, fondateur de la communauté catholique Sant`Egidio à Rome. Il nouera donc des relations de confiance et d`amitié avec plusieurs grands spirituels de son temps. Ainsi, il acquiert une dimension internationale et devient un « maître de l`École de Paris ».

À 20 ans, il est étudiant à l`Université de Montpellier (L`Hérault). À cette institution, il plonge alors dans l`histoire des grandes religions et des civilisations. Il a pour professeurs d`illustres maîtres tels les historiens français Henri-Irénée Marrou (1904-1977), Marc Bloch (1886-1944) et Alphonse Dupront (1905-1990), repliés dans le Midi à cause de la Seconde Guerre mondiale. Agrégé d`histoire, il donne des cours d`histoire en classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il a également enseigné pendant près de 40 ans la théologie comparée et la théologie morale à l`Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris. En marge de son activité d`enseignement, il a été particulièrement engagé dans la vie et le témoignage de l`Église orthodoxe en France. Il était membre du Conseil d`Églises chrétiennes en France (CECEF)ainsi que membre du Comité mixte de dialogue théologique catholique-orthodoxe. Il était aussi docteur honoris causa de la Faculté de théologie orthodoxe de Bucarest (Roumanie) et de l`Université du Sacré-Cœur du Connecticut (États-Unis). Il donnera également des cours à l`Institut supérieur d`études œcuméniques, à l`École cathédrale de Paris et au Centre Sèvres. Démontrant qu`il était possible d`être orthodoxe tout en assumant pleinement son identité française, il a mis la langue française au service de la théologie dans une œuvre remarquable, tant du point de vue du style que de la pensée. Il a été pendant plusieurs années président de l`Association des écrivains croyants d`expression française, qui regroupe des écrivains juifs, chrétiens et musulmans.

Il naît le 18 novembre 1921 à Aniane (L`Hérault) dans les Cévennes. Il passe sa jeunesse dans le Sud de la France, au sein d`une famille athée, dans une « ambiance imprégnée d`anticatholicisme ». Il n`est pas baptisé et ne reçoit aucune instruction religieuse. Son environnement est marqué par le « paganisme et l`athéisme militant socialiste », où la mort n`est que le néant. À la fin des années 1940, venu d`un milieu déchristianisé, il reçoit le baptême orthodoxe, au sein de la paroisse francophone du Patriarcat de Moscou à Paris. Cette décision survient après une longue recherche dans l`athéisme et les spiritualités asiatiques. C`est sous l`influence de la lecture du philosophe russe Nicolas Berdiaev (1874-1948) et du théologien orthodoxe russe Valdimir Lossky (1903-1958), dont il devient l`élève et l`ami, qu`il découvre la pensée des Pères chrétiens d`Orient. Lossky fut l`une des principales colonnes du diocèse de l`Église orthodoxe russe en France. Olivier Clément a également étudié la théologie avec Paul Evdokimov (1901-1970), professeur de théologie à l`Institut Saint-Serge et observateur invité au Concile Vatican II. Dans les années 1960, il est devenu membre d`une paroisse de l`archevêché, la crypte de la Sainte-Trinité, auprès de la cathédrale, rue Daru.De 1967 à 1997, il est Consulteur interépiscopal orthodoxe de France. En 1989, il reçoit le titre de docteur honoris causa de l`Université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique). En 1993, dans un article publié dans Le Monde, il est l`un des premiers à dénoncer la dérive populiste et nationaliste de l`Église orthodoxe de Russie après la dislocation de l`empire soviétique. Après le démantèlement de la Yougoslavie, il se montre également sévère avec ses coreligionnaires engagés dans les guerres des Balkans : guerre entre la Serbie orthodoxe et la Croatie catholique, guerres de Bosnie, et plus tard guerre du Kosovo. En 1998, le pape Jean-Paul II lui confie la rédaction des méditations que le souverain pontife lut lors de la célébration du Chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée à Rome.

En 2001, il reçoit le Prix Logos-Eikon que lui décerne le P. Marko Rupnik, directeur du Centre Aletti, à Rome. En 2003, un jeune intellectuel français, Franck Damour, lui consacre un livre touchant à son parcours spirituel et à son œuvre intitulé Olivier Clément, un passeur (Éd. Anne Sigier).En 2004, il accorde un entretien à la revue Unité des Chrétiens où il y raconte sa conversion et fait part de son regard sur l`œcuménisme. La même année, dans un entretien accordé à l`hebdomadaire France catholique, il reconnaissait que « l`âge permet d`approfondir pas mal de choses. Et surtout de renoncer à la polémique ». Et Olivier Clément d`ajouter « J`ai renoncé à penser contre. Et c`est le patriarche Athénagoras qui m`a libéré de la peur, de la peur de l`autre, qui m`a donné la capacité d`aimer, et, quand il s`agit d`un chrétien, de le ressentir comme un frère. C`est venu avec l`âge, et ça s`est creusé avec l`âge, avec la rencontre de Jean-Paul II aussi ». En avril 2005, la revue Nunc lui consacre un important dossier dans le numéro 7. À la fin de sa vie, malade et fatigué, il ne quittait plus que rarement son appartement du 20e arrondissement de Paris, où il continuait à recevoir les quelques étudiants dont il suivait encore les recherches. Néanmoins, cela ne l`empêchait toutefois pas de travailler énormément. Notamment pour participer aux nombreux débats internes à l`orthodoxie sur lesquels il était constamment sollicitée.

Il a publié une trentaine d`ouvrages de théologie, d`histoire de l`Église et de spiritualité ainsi que de très nombreux articles, parus notamment dans la revue Contacts, dont il dirigeait la rédaction depuis 1959. Parmi ses publications, mentionnons : Transfigurer le temps. Notes sur le temps à la lumière de la tradition orthodoxe (Delachaux et Niestlé,1959), L`Église orthodoxe (PUF,1961), Byzance et le christianisme (PUF,1964), L`Essor du christianisme oriental (PUF,1964), Dialogues avec le patriarche Athénagoras (Fayard,1969), Questions sur l`homme (Stock,1972), L`Esprit de Soljenitsyne (Stock,1974), Le Christ, Terre des vivants (Bellefontaine,1975), L`autre Soleil (Stock,1975), Le Visage intérieur (Stock,1978), La Révolte de l`Esprit (Stock,1979), Sources (Stock,1982), Le chant des larmes (DDB,1982), Berdiaev : Un philosophe russe en France (DDB,1992), Corps de mort et de gloire (DDB,1995), La Vérité vous rendra libre (J.-C. Lattès/DDB,1996), Rome autrement (DDB,1997), Le Christ est ressuscité : propos sur les fêtes chrétiennes (DDB,2000), Espace infini de liberté. Le Saint-Esprit et Marie  » Théotokos «  (Éd. Anne Sigier,2005), Petite boussole spirituelle pour notre temps (DDB,2008). Il publie également deux recueils de poèmes : Déracine-toi et plante-toi dans la mer (Éd. Anne Sigier,1998)), Le Pèlerin immobile (Éd. Anne Sigier,2006) et de très nombreux articles, parus notamment dans la revue Contacts et dans le Service orthodoxe de presse (SOP), mais aussi dans de nombreux journaux français et italiens. Il a aussi été le maître d`œuvre, avec Jacques Touraille, de la traduction française de la Philocalie (DDB, 2 vol., 1995-1996). Ainsi, tant par ses livres que par ses articles, préfaces, conférences, émissions de radio ou de télévision, il n`a cessé de contribuer à cette rencontre entre la tradition byzantine, elle-même dépositaire des grandes intuitions de l`âge patristique, et de la culture d`aujourd`hui.

Dans un communiqué diffusé le 16 janvier 2009, l`Assemblée des Évêques Orthodoxes de France (AEOF) lui rendait hommage dans les termes suivants : « Olivier Clément était par excellence un être « philocalique « , un véritable amoureux de la beauté divine qu`il recherchait et décryptait dans le monde et dans toute personne et qu`il retraduisait par une pensée théologique puissante et abondante, s`exprimant dans une parole poétique pleinement enracinée dans la vie et la tradition de l`Église ». Ses funérailles ont eu lieu le 20 janvier 2009 à l`église Saint Serge, à Paris. Il était père de famille et grand-père.