Lors d’une conférence à la New York University en 1996, Jacques Derrida rappelait que «la philosophie traditionnelle exclut la biographie, elle considère la biographie comme quelque chose d’extérieur à la philosophie.  Vous vous souvenez de la formule d’Heidegger à propos d’Aristote : «Quelle fut la vie d’Aristote ?»  Eh bien, la réponse tient en une seule phrase : «Il est né, il a pensé, il est mort.»  Et tout le reste est pure anecdote.»  Or, Derrida entendait montrer que, contrairement à l’approche traditionnelle, la compréhension des idées est plus complexe et que, sans tomber dans des lectures psychologisantes, les grandes idées ne sont pas non plus extérieures à la vie, à leur genèse, et que la compréhension des dimensions de l’un peut aider à la compréhension de l’autre.  Une position qui, au fond, n’est pas loin de celle du spécialiste de la philosophie antique Pierre Hadot, qui mettait en relief dans La philosophie comme manière de vivre (Édition Albin Michel, 2001) que pour les Anciens, «la philosophie n’est pas construction de système, mais choix de vie, expérience vécue visant à produire un «effet de formation», bref un exercice sur le chemin de la sagesse.»

 

En ce sens, on peut considérer que Légère comme un papillon publié aux Éditions Grasset en mai 2012, une réflexion à teneur autobiographique de la philosophe Michela Marzano, est plus qu’une simple curiosité.  Spécialiste de réputation internationale des philosophies du corps, Michela Marzano a notamment dirigé le Dictionnaire du corps (PUF, 2007) et publié un «Que sais-je?» sur La philosophie du corps (PUF, 2007), un essai sur La pornographie ou l’épuisement du désir (Buchet/Chastel, 2003), La fidélité ou l’amour à vif (Buchet/Chastel, 2005), La mort spectacle : Enquête sur l’horreur réalité (Gallimard, 2007), Extension du domaine de la manipulation : de l’entreprise à la vie privée (Grasset, 2008) et Le contrat de défiance (Grasset, 2011), entre autres ouvrages.

 

Dans sa réflexion à teneur autobiographique intitulée Légère comme un papillon, Michela Marzano revient sur ses troubles anorexiques et, d’une certaine manière, sur une éthique de la vulnérabilité.  Voici la présentation de l’ouvrage par l’éditeur :

 

«Le savoir nous permet-il de triompher du corps ? Ou ne serait-il qu’une science sans conscience ?

 

À 42 ans et pour la première fois, Michela Marzano évoque, dans ce récit original sous forme d’autoportrait, l’anorexie dont elle a été victime de longues années. Et bouscule d’emblée les idées reçues : ce que trop de gens croient une maladie est en réalité un « symptôme ». L’élément révélateur d’une douleur enfouie et latente. À partir de ce mal, l’auteure développe une réflexion aux allures d’introspection sur l’être, ses rapports au monde, à l’autre et à lui-même. Un discours centré sur l’humain. Et sa capacité à affronter la vie, à appréhender la mort, à convertir en énergie vertueuse, les passions qui le martèlent.

 

En fondant son discours sur sa propre expérience, de son enfance auprès d’un père obsessionnel et tyrannique à la dépression, des amours contrariées à la tentative de suicide, des jours passés en hôpital psychiatrique à l’enseignement de la philosophie, et en invoquant Kant, Kierkegaard, Freud et bien d’autres, Michela Marzano se révèle. La force du livre réside dans ce que le personnel fait écho à l’universel : en expliquant la peur, le doute, la haine de soi, la volonté d’être aimé ou l’aspiration à l’absolu.

 

Avec sensibilité et justesse, Michela Marzano lâche, en même temps qu’une souffrance trop longtemps tue, un cri de douleur domptée et d’espoir.

Née à Rome en 1970, ancienne élève de l’ENS (Pise), philosophe, professeur des Universités en philosophie (Paris-Descartes), essayiste, Michela Marzano est l’auteure, entre autres, de Penser le corps (PUF, 2002), Le dictionnaire du corps (PUF, 2007), Extension du domaine de la manipulation (Grasset, 2008) et Le contrat de défiance (Grasset, 2011). Ses livres sont traduits dans plusieurs langues. »