Étudiante au Cégep de Trois-Rivières, récipiendaire du Prix 2020 au Concours d'écriture sur les Femmes Philosophes (Prix 2020).

NDLR : Nous publions ci-dessous le texte de Justine Viviers, récipiendaire du 2e Prix au concours d’écriture Femmes Philosophes 2020 qui s’est déroulé dans le cadre de la 8e Semaine de la philosophie. Nous remercions René Villemure, Éthicien, pour son soutien à ce concours. Toutes nos félicitations à Justine Viviers !


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Justine Viviers

Étudiante au Cégep de Trois-Rivières

Récipiendaire au Concours Femmes Philosophes 2020

C’est dans l’altérité même que se construit l’amour, pas dans la fusion

« C’est dans l’altérité même que se construit l’amour, pas dans la fusion. Puisque la fusion, c’est le même.

Pour pouvoir être en relation avec l’autre, il faut qu’il soit différent de moi. À ce moment-là seulement, il peut y avoir manque et désir. » 

– Éliette Abécassis


Dans Le Banquet de Platon, Aristophane raconte que l’être humain prenait initialement la forme d’une sphère avec quatre bras, quatre jambes, une tête et deux visages. La puissance des hommes était immense et leur orgueil démesuré. Après qu’ils aient entrepris l’ascension des cieux dans le but de s’en prendre aux dieux, Zeus les punit en les séparant de façon à créer deux êtres distincts, les condamnant ainsi à passer leur vie à chercher leur moitié, leur âme soeur . Hélas, mon amour! Je ne l’ai pas trouvé, tu n’es pas ma douce moitié.

L’amour est une créature d’une force sublime et incontrôlable. Si elle est beauté et tendresse, elle est aussi violence et déchirure. Tu sais mon amour, pour qu’il existe un «nous », il doit d’abord y avoir un «toi » et un « moi». Si je m’approche de la bête, si je tente de l’apprivoiser c’est parce que tu es toi. Parce que tu es entier. Je suis tombée amoureuse de ton individualité, je t’en supplie conserve la.

La plus grande forme d’amour n’est pas de ne pas pouvoir vivre sans l’autre, mais bien de vivre ensemble alors que ce n’est pas nécessaire. Deux humains distincts qui se choisissent pour ce qu’ils sont. Mon amour, je te désire de tout mon être, mais je n’ai pas besoin de toi.

À travers 7,55 milliards d’humains sur terre, je ne t’ai pas trouvé. Mon amour, nous ne formons pas un tout. La recherche de l’autre afin de se compléter, mène inévitablement à la déception ; c’est la recherche vaine d’une extension de soi. Cette idée romantique pervertit l’amour, c’est ainsi que le désir devient peu à peu de la désillusion.

Je t’aime entier, libre et imparfait. Je ne te connais pas, je te découvre. Je navigue chacun de tes silences et j’explore une à une les pierres qui te composent. Je te sais complet, mais je ne te crois pas déterminé. Le temps laissera sur toi sa marque et je suis impatiente de te voir te construire.

Tu sais, la bête est imprévisible et je n’ai pas la prétention de la comprendre, mais avec toi je veux bien l’apprivoiser. S’il te plait mon amour, aime-moi suffisamment pour m’accepter toute entière et me laisser l’espace dont j’ai besoin pour grandir et t’aimer.