NDLR : Nous publions ci-dessous le texte de Sofia Boily, lauréate du 3e Prix au concours d’écriture Femmes Philosophes 2026 qui s’est déroulé dans le cadre de la 14e Semaine de la philosophie.
Ce concours sur des Femmes philosophes est organisé par le département de Philosophie du Cégep de Trois-Rivières, avec le soutien de la Chaire de recherche du Canada en éthique féministe (UQTR) remettant les prix aux lauréats et lauréates du concours, assortis aussi d’un exemplaire de Femmes philosophes de Maya Ombasic.
Toutes nos félicitations Sofia !
Sofia Boily
Lauréate du 3e prix Femmes Philosophes 2026
Citation : Hannah Arendt – « On trouve sa place dans le monde quand on pense »
Texte : Hannah Arendt est une femme juive allemande ayant (sur)vécu à l’époque de l’Allemagne nazie et de la Seconde Guerre mondiale. Après des études en philosophie et en théologie, elle a publié plusieurs ouvrages concernant notamment le totalitarisme, la « banalité du mal », la société de consommation, etc. Femme engagée, elle s’intéresse beaucoup à la politique et critique la société de consommation.
« On trouve sa place dans le monde quand on pense » … C’est bref, c’est concis, mais il y a là de quoi ruminer pendant des heures, alors aussi bien commencer !
Imaginons d’abord quelqu’un qui ne pense pas, qui ne se questionne pas. Aura-t-il (ou elle) une place dans le monde ? Probablement. Du simple fait d’exister, nous occupons tous une place quelconque, mais laquelle ? Le « non-pensant » occupera la place qui lui est attribuée : celle qu’on veut qu’il occupe ou celle qui reste. Sans la chaleur de la pensée pour le couver, il sera comme un œuf parmi tant d’autres, classé dans une case quelconque, dans un carton quelconque, dans un but quelconque. Il aura une place quelconque dans un système. Dépendamment du système ou de l’environnement dans lequel il évolue, peut-être servira-t-il à la préparation d’un magnifique gâteau, peut-être servira-t-il à bombarder la porte de garage du voisin. Facile à manipuler, le non-pensant s’en moque. On lui dit : « Ceci est une place, tu l’occuperas », il ne questionne pas, il occupe la place. Mais est-ce vraiment la sienne ? Probablement pas.
Accepter de se laisser envelopper par la douce chaleur de la pensée, voilà l’unique façon de pouvoir sortir du carton. La pensée permet à notre esprit d’éclore et d’explorer. S’interroger sur ce qui nous entoure, être curieux, se demander qui nous sommes, qui sont les autres, quels buts nous souhaitons servir ou atteindre, c’est nécessaire pour trouver notre place dans le monde. Celui qui se laisse bercer par la pensée, peut-être sera-t-il confus, perdu. Peut-être trébuchera-t-il sur les cailloux, peut-être sera-t-il tenté par un ver et réalisera plus tard qu’il s’est trompé de cap. Ce n’est pas grave. Le pensant, contrairement au non-pensant dans son petit carton, cherche et s’interroge. Le pensant acceptera peut-être la place qu’on lui propose, ou peut-être préfèrera-t-il s’installer sur une branche d’arbre, se cacher dans un trou ou continuer à explorer. Mais peu importe la décision qu’il prendra et le chemin qu’il parcourra, la place qu’il occupera dans le monde sera la sienne car, en s’exerçant à penser, il s’exerce aussi à choisir, à prendre des décisions qui lui appartiennent.
Pour en revenir à la citation d’Hannah Arendt, non seulement « on trouve sa place dans le monde quand on pense », mais en trouvant notre place, nous ne faisons pas que répondre à un besoin égoïste : nous pouvons aussi éviter de tomber dans le piège de l’ignorance qui, comme Arendt l’a remarqué lors de la Seconde Guerre mondiale, peut avoir des conséquences terribles pour l’humanité.