NDLR : Nous publions ci-dessous le texte de Mariana Ferreira, lauréate du 2e Prix au concours d’écriture Femmes Philosophes 2026 qui s’est déroulé dans le cadre de la 14Semaine de la philosophie.

Ce concours sur des Femmes philosophes est organisé par le département de Philosophie du Cégep de Trois-Rivières, avec le soutien de la Chaire de recherche du Canada en éthique féministe (UQTR) remettant les prix aux lauréats et lauréates du concours, assortis aussi d’un exemplaire de Femmes philosophes de Maya Ombasic.

Toutes nos félicitations Mariana !



Mariana Ferreira

Lauréate du 2e prix Femmes Philosophes 2026

 

Citation : Carol Gilligan – « Cela fait des siècles que nous écoutons les voix des hommes et les théories que leur dicte leur expérience. Plus récemment, nous avons commencé non seulement à remarquer le silence des femmes mais aussi la difficulté d’entendre ce qu’elles disent quand elles prennent la parole »

 

Texte : Carol Gilligan est une psychologue, philosophe et militante pour les droits des femmes. Elle s’intéresse à l’évaluation morale, notamment dans sa théorie du « care », rattachée au féminisme. Cette théorie cherche à comprendre les relations sociales entre les genres fondées sur des stéréotypes intériorisés dès l’enfance par la société. Carol Gilligan donne une différente voix aux femmes marginalisées et dévalorisées. Ainsi, sa citation : « Cela fait des siècles que nous écoutons les voix des hommes et les théories que leur dicte leur expérience. Plus récemment, nous avons commencé non seulement à remarquer le silence des femmes mais aussi la difficulté d’entendre ce qu’elles disent quand elles prennent la parole », constitue un parfait exemple de sa théorie féministe.

 

On peut comprendre la citation de Carole Gilligan comme une allusion au silence imposé aux femmes lors de conflits ou de crises humanitaires. Bien que notre diffusion médiatique ne cesse de se multiplier, si peu d’articles portent sur le vécu des femmes en temps de guerre. En constatant cette absence de voix féminine, et en la soulignant, on réalise que ces témoignages sont peu répandus et mis à l’écart. Cela va au-delà des victimes de guerre. Les femmes en poste de direction ou commandantes de processus de paix sont fortement sous-représentées et, par conséquent, elles ne sont pas mises de l’avant. Pourtant, les accords de paix effectués par des femmes sont généralement plus solides et mis en œuvre pendant une longue période. Toutefois, la participation féminine à la prévention de conflits demeure très faible. En effet, les femmes en cheffes et défenseuses des droits humains sont davantage menacées et attaquées en raison de leur prise de parole. Cette violence menace la liberté d’expression et décourage d’autres femmes de témoigner leurs propos et de manifester leur soutien.

 

Malheureusement, l’instabilité et la violence sont en hausse, et leurs conséquences touchent notamment les femmes et les filles. Les femmes forcées de se déplacer lors de conflits sont davantage à risque de violence sexuelle. Dans un contexte de détresse, celles-ci, souvent apatrides, sont vulnérables en raison du manque de repères et de sécurité. Ainsi, la violence basée sur le genre augmente : leurs corps deviennent des champs de bataille, elles sont contraintes à servir l’ennemi pour survivre et doivent affronter quotidiennement des situations de vie ou de mort. Ce sont des voix réduites au silence, qui n’osent pas dénoncer par crainte d’être le prochain chiffre sur une liste. Les femmes sont ciblées, exploitées et violées comme une arme politique, une stratégie de guerre ou une menace de terreur. Elles sont privées d’accès aux services de santé, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive. L’éducation est également restreinte pour les filles. Ainsi, ce recul féministe empêche la participation des femmes dans plusieurs sphères de la société. Par exemple, les droits et libertés des femmes et des filles sont notamment précaires en Afghanistan, en Iran et en Arabie saoudite. Nombre d’entre elles ont été forcées d’abandonner leurs fonctions en raison des visions patriarcales effaçant ainsi tout progrès vers l’égalité entre les genres.

 

La citation de Carol Gilligan nous rappelle que la voix des femmes est encore aujourd’hui un sujet de controverse et qu’il faut un engagement militant soutenu afin de transformer ce silence en paroles capables de défendre, de témoigner et d’agir.



(Photo d’en-tête)