Exemple de dissertation entière
«Philosophie et rationalité»

340-101-MQ
(Introduction à la philosophie)

(Les étapes sont identifiées en gras)

 

 

Libellé de la question : Traitez de la question philosophique suivante : « Au niveau des jugements de valeur, est-il raisonnable de croire qu’une vérité est possible au-delà des opinions personnelles? »

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Titre :

L’enjeu de faire pareil comme tout le monde en se disant différent (ou l’inverse?)

Section #1 : Introduction

Sujet amené, incluant une référence à un ou des philosophes à l’étude :

Au Ve siècle avant Jésus-Christ, alors qu’Athènes était autonome politiquement et faisait l’expérience d’une démocratie directe comme mode d’organisation sociopolitique, tant Socrate que Protagoras et les sophistes s’interrogeaient sur la valeur à accorder aux différentes opinions sur les valeurs. Alors que Socrate s’efforçait de trouver des définitions véridiques et universelles concernant des vertus comme la justice, Protagoras et les sophistes soutenaient au contraire que ce que l’on considère comme étant la « vérité » est relatif à notre sensibilité, notre époque et notre culture, estimant que toutes les opinions se valent de par leur expression d’une expérience, puisqu’elles reflètent toutes à leur manière un ensemble complexe et particulier de ce qui est vécu. Ainsi donc, pour les sophistes, la vérité n’existe pas au niveau des jugements de valeur et d’interprétation, puisque l’universalité serait impossible à établir à ce niveau.  Environ 2500 ans plus tard, le débat est toujours présent, mais parfois de manière beaucoup plus sanglante. Par exemple, l’attentat dirigé le 7 janvier 2015 contre le Journal satirique Charlie Hebdo où 11 personnes furent tuées parce que certains jugeaient qu’il était « mal » et « irrespectueux » que ce journal trouve « bien » et « convenable » de se moquer d’un Dieu, indique qu’on ne s’entend toujours pas sur une vérité universelle lorsqu’on formule des jugements de valeur. Qu’est-ce que le Bien?  Qu’est-ce que la tolérance?  Qu’est-ce qu’une saine ouverture aux différences des autres sans se renier soi-même?  Qu’est-ce que la liberté en contraste avec l’abandon? Qu’est-ce qu’une organisation sociale juste et équitable? Combien de personnes pensent qu’être rigoureux, c’est au besoin de se faire un plaisir à rabaisser les autres?  Ou combien de personnes considèrent qu’être strict et impartial, c’est se permettre d’humilier ou d’être sourd à ce qui est vécu? Être franc, est-ce cibler ce qui abaisse, ou expliquer et voir comment des faiblesses pourraient être surmontées, au moins en partie? Au fond, ce débat n’est pas présent seulement que dans des cas où il ressort de manière sanglante.  Après tout, combien de fois est-ce qu’on entend des phrases telles que : « à chacun sa vérité ».  Pourtant, si chacun a « sa » vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité (universelle), puisque si la « vérité » de l’un peut s’opposer à la « vérité » de l’autre, malgré les mots utilisés ça revient à dire qu’il n’y a pas de vérité et que tout ne serait au fond qu’une affaire d’opinions et de convictions personnelles. Et ce, même lorsqu’on se plaint de l’égoïsme d’une personne ou de son manque de compassion, par exemple. Est-ce donc à dire que les jugements de valeur, si fréquents au quotidien, ne sont que des nuances verbales un peu plus raffinées que les coups de poing, les pleurs et les câlins? Cette situation m’amène donc à me poser la question suivante :

 

Sujet posé (la question philosophique)

Au niveau des jugements de valeur, est-il raisonnable de croire qu’une vérité est possible au-delà des opinions personnelles ?

 

Section #2 : conceptualisation du sujet posé

 

Formulation de la définition réelle du premier concept-clé de la question philosophique

Vérité : c’est une idée (ou affirmation, ou pensée) qui est conforme à la réalité, qui a une valeur universelle.

Exemple venant illustrer clairement le premier concept-clé

Si j’affirme que : je suis «ici» et pas «ailleurs».  Cette affirmation est conforme au réel, puisque je ne vois pas comment je pourrais être «ailleurs» lorsque je suis bel et bien «ici».

 

Formulation de la définition réelle du deuxième concept-clé de la question philosophique

Opinion : c’est une idée (ou affirmation, ou pensée) qui est personnelle.

 

Exemple venant illustrer clairement le deuxième concept-clé

Je trouve qu’une petite dose d’ironie peut être agréable.  C‘est ma manière de concevoir cette forme d’humour de situation, mais c’est quelque chose de personnel puisque d’autres pourraient très bien trouver que l’ironie peut engendrer des confusions lorsqu’elle n’est pas comprise, ou encore trouver que de toute manière, l’humour, ça ne fait pas très sérieux.

 

Reformulation de la question philosophique à la lumière des définitions réelles [il s’agit ici de remplacer les concepts-clés par les définitions réelles, en s’assurant de maintenir le sens]

Au niveau des jugements de valeur, est-il raisonnable de croire qu’une idée qui est conforme à la réalité (qui a une valeur universelle) est possible au-delà des idées personnelles ?

 

Section #3 : problématisation

 

Démonstration du caractère philosophique de la question

  1. a) Faire la démonstration du caractère fondamental de la question (en identifiant clairement au moins une conséquence significative) :

Si je réponds qu’on ne peut pas croire qu’une vérité est possible au-delà des opinions en ce qui concerne les jugements de valeur, alors cela signifie qu’il sera toujours impossible de trouver une définition, une vérité universelle dans la conception des différentes valeurs, ce qui implique qu’une entente entre tous les peuples, tous les êtres humains, est irréalisable. La guerre sera donc inévitablement toujours présente sur la Terre, tout comme les conflits d’interprétation entre les individus.  De plus, ça implique que tout discours qui évoque des jugements de valeur, qui sont les plus fréquents, ne sera toujours au fond qu’un point de vue tentant de s’imposer sur d’autres points de vue.  D’une certaine manière, l’idée de « vérité », à proprement parler, devrait alors être remplacée par l’idée d’un « jeu de pouvoir » où le choix des mots serait à peu près l’équivalent d’un choix des armes.  Est-ce qu’il faudrait alors penser que les normes et idées dominantes d’une société ne sont rien d’autres que les idées de sa classe dominante ?  Ainsi, si une vérité n’est pas possible au niveau des jugements de valeur et d’interprétation, à chaque fois qu’une personne émet un jugement de valeur ou d’interprétation, ça ne serait au fond que l’équivalent d’un baratin, de la bullshit – et qu’il n’y aurait pas véritablement de sens à parler de générosité, de tolérance, de mépris, de compassion, d’honnêteté, de gentillesse, de justice, d’entraide, de liberté, etc., puisqu’il s’agit là de jugements de valeur qui pourraient être définis et utilisés selon le point de vue de la personne qui aime ou non une situation.  Cela pose cependant quelques difficultés : dans la vie quotidienne, qui voudrait faire des affaires avec une personne qui n’a pas la même conception de l’honnêteté qu’elle?  Ou bien, qui voudrait faire confiance à une personne qui considère que tout est relatif lorsqu’elle promet d’être fiable et de tenir parole? Ou encore, qui voudrait être en couple avec une personne qui n’a pas du tout la même conception de la fidélité qu’elle?  Tout ça est pourtant en jeu dans la question de savoir si une vérité est possible lorsque l’on formule des jugements de valeur et d’interprétation, et ça nous concerne tous qu’on le veuille ou non.

 

  1. b) Faire la démonstration du caractère controversé de la question :

Cette question est très certainement controversée, et en y songeant, on peut se demander qui peut établir ce qui est vrai, qui peut légitimement décider qu’une opinion ou une interprétation est meilleure qu’une autre.  D’ailleurs, est-ce possible de le faire?  Certains, comme Protagoras et les sophistes, croient que des opinions divergentes peuvent être aussi valables l’une que l’autre, car nos opinions proviennent de nos impressions et de nos expériences, qui elles ont bien une «existence» et qu’en cela elles ne peuvent être fausses. Cependant, le problème est qu’il peut y avoir autant d’impressions concernant une même chose que de personnes pour en juger, ce qui pourra nous conduire à des contradictions.  Aussi, certaines autres personnes, comme Socrate, affirment que des opinions différentes ne peuvent être toutes deux porteuses de vérité, car la vérité en tant que telle ne doit comporter aucune contradiction. Or, des opinions contraires sont justement basées sur un ensemble de contradictions.  Il faudrait donc, selon eux, admettre qu’il existe une vérité au-delà des opinions, afin de ne pas sombrer dans l’incohérence.

 

 

Section #4 : la prise de position et l’argumentation

 

Votre thèse (votre prise de position sur la question philosophique ; il n’y a pas de point, c’est personnel !)

Au niveau des jugements de valeur, je crois qu’il est raisonnable de croire qu’une vérité est possible au-delà des opinions personnelles.

 

 

Formulation du 1er  argument :

 

Formulation du premier argument (« je crois que p parce que q ») 

Je crois qu’il est raisonnable de croire qu’une vérité est possible au-delà des opinions personnelles, parce que dans le cas contraire on serait conduit à admettre que des contradictions sont valables.

 

Explication du lien entre l’argument et votre thèse 

Si on n’admet pas qu’une vérité est possible, ça signifie qu’il n’y a pas de repère pouvant servir à évaluer le degré d’exactitude d’un jugement de valeur ou d’un jugement d’interprétation.  Non seulement vérité et fausseté sont deux notions qui se présupposent, mais en plus, sans ces notions il n’est alors même plus possible de dire qu’une interprétation est meilleure qu’une autre.  Car en quoi une interprétation pourrait être meilleure qu’une autre si ce n’est pas justement parce qu’elle apparaît comme plus conforme à ce qui en est véritablement ?  Il faut croire qu’une vérité est possible pour pouvoir croire que certaines interprétations sont meilleures et que d’autres sont moins valables.  Étant donné que les opinions varient, il peut arriver que deux personnes aient une opinion totalement contraire sur un même sujet.  Or, si on exclut la possibilité de la vérité, on est obligé de dire qu’il n’y a pas une opinion meilleure que d’autres et que, par conséquent, deux opinions contradictoires sont aussi valables l’une que l’autre.  On se souvient d’ailleurs que c’est, en quelque sorte, la raison pour laquelle même si Socrate ne prétendait pas détenir la vérité (il disait que la seule chose qu’il savait, c’était de savoir qu’il n’avait pas de certitude), il croyait tout de même que la vérité existait et que par conséquent elle se devait d’être universelle (c’est-à-dire, qu’elle ne pouvait pas changer d’une personne à l’autre, ou d’une époque à l’autre, sinon on retournerait aux contradictions et ce ne serait plus une vérité).  En somme, si on ne croit pas qu’une vérité est envisageable, du moins en principe, on exclut aussi la notion de fausseté et, qu’on le veuille ou non, on est alors obligé de présupposer que des contradictions sont aussi valables, ce qui devient absurde.

 

Exemple venant illustrer votre argument, développé en prenant le soin de faire ressortir les liens entre votre illustration et l’argument

Par exemple, avant la guerre de Sécession aux États-Unis, dans les États du Sud plusieurs croyaient que l’esclavage était moralement acceptable (sous prétexte que ceux-ci étaient logés et nourris, notamment).  Aujourd’hui, il est clair que l’esclavage nous semble moralement inacceptable, car il nous semble que ça ne respecte pas la liberté des individus, ni la dignité humaine (même si en même temps, on accepte que dans notre société des individus vivent dans des conditions extrêmement précaires…).  Si on ne croit pas qu’une vérité puisse être possible au-delà des opinions, alors on est forcé d’admettre que l’esclavage est une chose à la fois moralement acceptable et inacceptable, ce qui devient absurde comme affirmation.

 

Section : être en mesure de concevoir une objection pertinente que l’on pourrait adresser à votre prise de position et être en mesure d’y répondre par un autre argument

 

Argument que l’on pourrait vous objecter

(c’est-à-dire, un argument en faveur de la position adverse – la question philosophique ayant forcément un caractère controversé)

 

Formulation du lien entre l’objection et son argument (« certains pourraient m’objecter que p parce que q »)

Certains pourraient m’objecter qu’il n’est pas raisonnable de croire qu’une vérité soit possible au-delà des opinions, parce que les jugements de valeur et d’interprétation sont toujours inévitablement formulés selon un point de vue qui est relatif à notre sensibilité ou à notre culture et notre époque.

 

Explication du lien entre l’argument et la position de l’objection

Protagoras, l’un des plus célèbres sophistes, disait que « l’être humain est la mesure de toutes choses ».  C’est-à-dire que tout ce qui peut être jugé ou connu l’est toujours par un individu, ou par une communauté d’individus.  Cela ne pose pas de problèmes criants pour les jugements de fait ou pour les sciences pures, puisqu’il est alors question de décrire une réalité extérieure à nous, où notre sensibilité n’a pas à entrer en jeu.  Par contre, dans les jugements de valeur et les jugements d’interprétation, il ne s’agit pas seulement de décrire une situation, un comportement ou un état de fait : il s’agit de lui donner un sens, une signification, une valeur.  En faisant cela, il y a un apport humain, puisqu’il ne s’agit plus d’une réalité complètement extérieure à l’humain et qu’il s’agit en quelque sorte de la saisir précisément pour donner un sens à cette réalité ou à telle ou telle expérience ou comportement.  Pour Protagoras, cela ne peut alors pas être fait sans qu’entre en jeu comme balises d’interprétation, un mélange de repères constitués de notre sensibilité, notre culture, notre éducation, les croyances et modes de vie de notre époque, etc.  En somme, Protagoras voulait rappeler que l’on n’est que des êtres humains et qu’on ne peut jamais prétendre avoir un point de vue absolu, neutre et intemporel, ce qui serait prétendre à une sorte de point de vue de « Dieu ».  Puisqu’il n’y a pas une sorte d’au-delà où résiderait une pure vérité à laquelle on aurait un accès direct (on n’est pas des dieux!), il faut reconnaître selon lui que toutes nos interprétations et tous nos jugements de valeur ne sont que le produit de l’être humain et qu’en définitive, elles ont une origine « humaine, trop humaine » pour prétendre à l’universalité.  Ainsi, ce qu’on appelle habituellement « vérité » est un leurre, une illusion : n’étant pas des dieux, ne sachant pas tout et n’étant pas neutre (culturellement, temporellement, émotivement, etc.), tout ce que l’on peut prétendre concevoir n’est au fond que des opinions, ou une extension de nos opinions.  Bien sûr, on peut très bien aboutir à des consensus sur certaines choses qui nous semblent plus plausibles que d’autres.  Mais après tout, un consensus n’est qu’un consensus, en aucun cas on ne peut dire que le fait d’avoir obtenu un consensus est la preuve que ce qui est affirmé par ce consensus correspond bel et bien à la réalité.

 

Exemple venant illustrer l’argument de l’objection, développé en prenant le soin de faire ressortir les liens entre l’illustration et l’argument de l’objection

Par exemple, un vent a la valeur d’être « froid » pour la personne qui le ressent comme « froid » et il est « très froid » pour la personne qui le ressent comme « très froid ».  Il peut certainement y avoir consensus pour dire que ce vent n’est pas chaud.  Mais on ne peut pas avoir un point de vue extérieur (impartial, neutre) permettant de dire que le jugement de valeur correspondant véritablement à la réalité est que le vent est « froid », ou « très froid ».  Dans cet exemple, on voit bien qu’on reste au niveau des opinions en fonction de la manière de ressentir, même s’il peut y avoir un consensus.  De même, une personne qui rend constamment des services peut être jugée comme généreuse par certains, alors que d’autres peuvent trouver qu’elle se fait simplement « manger la laine sur le dos » et laisse simplement les autres profiter d’elle sans s’affirmer, et là encore il n’y a pas un point de vue parfaitement neutre permettant de dire lequel de ces deux jugements de valeur est le bon, bien que l’un est positif (la générosité) et l’autre plutôt négatif (la difficulté à dire non, à mettre ses limites).

 

 

Argument et explication de l’argument pour répondre à l’objection

 

Réponse à l’objection (argument et explication de celui-ci), en prenant le soin de bien montrer en quoi la réponse remet en cause la valeur de l’objection 

Je reconnais que cette objection est de taille et qu’elle mérite d’être sérieusement prise en considération.  Une des grandes forces de la position de Protagoras et des sophistes est sans doute de nous rappeler qu’après tout, même nos théories les plus complexes et les plus raffinées conservent une origine « humaine, trop humaine ».  Ça a le mérite de nous forcer à plus de modestie, à plus d’humilité en nous rappelant que ce qui nous convainc et que nous tenons pour vrai ne correspond pas nécessairement à ce qui en est réellement.  Il est d’ailleurs bon de s’en rappeler, ne serait-ce que pour éviter de confondre notre point de vue ou celui de notre groupe avec la réalité.  Cependant, il me semble que je ne peux raisonnablement pas céder tout à fait à l’objection.  La justification de Protagoras et des sophistes repose sur l’idée qu’on est tellement englué dans notre subjectivité, notre sensibilité, notre culture et notre époque qu’il devient impossible de formuler une interprétation ou un jugement de valeur pouvant être conforme au réel.  C’est là la base de l’objection, car si on admet que malgré cette condition bien humaine, il demeure possible d’établir ne serait-ce qu’une affirmation vraie dans ce type de jugements, alors ça implique qu’il est possible (au moins en principe) de se déprendre suffisamment de notre subjectivité afin de témoigner d’une réalité commune au-delà de nos simples opinions personnelles sur celle-ci.  Or, il faut remarquer que c’est bel et bien là une « action » accomplie par Protagoras lui-même, lorsqu’il dit qu’il n’y a rien au-delà des opinions : en disant cela, il ne pousse pas un simple cri, il prétend dire quelque chose de valable, quelque chose qui correspond à la réalité.  Bref, en disant qu’il n’y a pas de vérité et qu’il n’y a que des opinions et des consensus… eh bien, il prétend dire par là quelque chose de vrai à propos de la valeur à accorder aux jugements de valeur et d’interprétation.  C’est comme si, en examinant quelle est la valeur à accorder aux jugements de valeur, il disait qu’il est vrai qu’il n’y a pas de vérité possible en formulant un tel type de jugement.  C’est contradictoire, ce n’est pas cohérent logiquement.  Par conséquent, si au moins à cette occasion on peut prétendre pouvoir se déprendre suffisamment de notre subjectivité pour faire un tel jugement, alors pourquoi est-ce qu’on n’admettrait pas que notre condition humaine n’empêche pas que la vérité demeure possible au-delà de nos opinions personnelles – même si on doute des certitudes.  Du moins, cette position semble plus raisonnable et plus conséquente que l’inverse, même si l’objection mérite aussi notre attention.

 

Exemple venant illustrer l’argument de la réponse à l’objection

Ici, il s’agit d’une cohérence interne.  Par exemple, je ne peux pas dire à une personne que j’aimerais souper avec elle, tout en lui disant que je n’aimerais pas souper avec elle.  Ça serait contradictoire et absurde.  Je ne dirais pas non plus qu’il est juste qu’une décision soit injuste, ni que l’injustice est juste, car ça serait incohérent.  Il en est de même si une personne dit qu’on doit la croire que c’est un jugement de valeur vrai, valable, d’affirmer qu’il n’y a pas de vérité dans les jugements de valeur. Le simple fait de prononcer un tel jugement pose une contradiction logique, puisque la valeur de l’affirmation présuppose ce qu’elle nie

 

Conclusion 

En examinant s’il était raisonnable de croire qu’une vérité soit possible au-delà des opinions personnelles en ce qui concerne les jugements de valeur, il m’a semblé que oui.  Tout d’abord, parce que la vérité est en elle-même présupposée en tant que possibilité de mesure pour départager la valeur et la validité de diverses interprétations pouvant être contradictoires.  Cela dit, il m’a cependant semblé que l’objection méritait d’être considérée sérieusement : nous ne sommes après tout que des êtres humains et nous n’avons jamais un point de vue absolu.  Il me semble qu’il faut en tenir compte.  Quoiqu’il m’a cependant semblé que cette objection tend à se contredire.

 

Finalement, il me semble raisonnable de croire qu’en ce qui concerne les jugements de valeur et d’interprétation, une vérité est possible au-delà des opinions, même s’il me semble tout aussi difficile de prétendre que cette vérité soit établie une fois pour toutes, sans l’ombre d’un doute quant aux autres possibilités.  Mais après tout, j’en viens à me demander si ce n’est pas un peu pour ça qu’on peut dire que toutes les interprétations n’ont pas la même valeur, en même temps qu’on peut aussi reconnaître que bien des questions fondamentales conserveront toujours un caractère controversé ?