C`est du 19 au 29 mars 2015 qu`a lieu la 33e édition du Festival International du Film sur l`Art (FIFA) à Montréal. L`événement se tient dans quatorze lieux de diffusion du centre-ville de Montréal. Les billets sont en vente au guichet à la billetterie de la Place des Arts depuis le 5 mars dernier. Par téléphone : 514- 842-2112 (sans frais : 1-866-842-2112). Le FIFA, c`est 243 films issus de 29 pays.

 

Rendez-vous par excellence des artistes et artisans du milieu des arts et de la cinématographie aussi bien que des amateurs d’art et de cinéma, cet événement réputé dans son domaine présente, pendant dix jours, les meilleures productions de films sur l’art et des arts médiatiques provenant de tous les coins du globe. Il donne lieu à un palmarès établi par un jury international. Le Festival embrasse ainsi les multiples formes d’expressions telles que la peinture, la sculpture, l’architecture, l’art contemporain, la littérature, le design, la mode, le théâtre, la danse, la musique et la photographie. Le Festival a lieu à la fin du mois de mars dans de nombreux lieux à vocation culturelle de Montréal. Un marché pour les professionnels du film sur l’art, le MIFA, se tient aussi en parallèle des activités publiques du festival.

 

C’est le documentaire La machine, La véritable histoire du Radeau de la Méduse (2014, 90 min.) du réalisateur français Herlé Jouon, qui ouvrira les festivités, jeudi, le 19 mars à 20h00 au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Ce film s’intéresse au naufrage du radeau de la Méduse et à la genèse du tableau Le Radeau de la Méduse (1819) du peintre français Théodore Géricault (1791-1824), qui pour ses portraits est considéré comme un précurseur du réalisme.

 

Au niveau de la programmation, deux projections retiennent notre attention, dans la catégorie « Littérature ». D`abord, le film  « Jacques Derrida, le courage de la pensée » (52 min.) qui passe en revue les événements et les lieux qui ponctuent l`itinéraire du philosophe, théoricien de la déconstruction. Puis, le film « Foucault contre lui-même » (53 min.) qui trace le portrait d`un grand penseur du XXe siècle, dont les œuvres font autorité aujourd`hui.

 

Ces deux mêmes oeuvres cinématographiques seront à l`affiche vendredi, le 20 mars à 21h00 à l`auditorium de la Grande Bibliothèque de la BAnQ, samedi, le 28 mars à 18h30 également  à l`auditorium de la Grande Bibliothèque de la BAnQ ainsi que dimanche, le 28 mars à la Salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise.

 

 

Info. www.artfifa.com

 

 

Jacques Derrida 

 

Jacques Derrida : repères biographiques

 

 

Il naît le 15 juillet 1930 à El-Biar, sur les hauteurs d`Alger, dans une famille de Juifs séfarades. Il est le troisième fils d’Aimé Derrida et de Georgette Sultana Esther Safar. Son patronyme de naissance est Jackie. Jusqu`à l`âge de quatre ans, il  habite rue Saint-Augustin, à Alger. En 1942, il est victime des lois antisémites instaurées par le gouvernement de Vichy et expulsé du Lycée Ben Aknoun. En 1947, davantage intéressé au football qu`aux études, il échoue au baccalauréat. En 1948, il s`inscrit en lettres supérieures au Lycée Bugeaud, à Alger. En 1950, il fait ses études à l`École normale supérieure (ENS) où il a notamment suivi les enseignements des philosophes français Jean Hyppolite (1907-1968) et Maurice de Gandillac (1906-2006), ce dernier ayant dirigé les premiers travaux de Derrida. En 1952, après trois années de classe préparatoire au Lycée Louis-le-Grand, à Paris, il réussit le concours d`entrée à l`École normale supérieure, cela au terme de la troisième tentative. Il y devient alors l`ami du philosophe français Louis Althusser (1918-1990). En 1953-1954, il rédige sous la direction de Jean Hyppolite, son mémoire de maîtrise sur Le problème de la genèse chez Husserl (PUF, coll. « Epiméthée », 1990. Rééd. 2010).

 

De 1954 à 1983, il enseigne à l`École normale supérieure. En 1956, il est reçu à l`agrégation de philosophie et obtient une bourse special auditor qui lui permet d`aller étudier à l`Université Harvard, à Cambridge dans l`État du Massachusetts (États-Unis). De 1957 à 1959,  au cours de son service militaire, il enseigne comme enseignant dans une école d’enfants de troupe près d’Alger.

 

De 1960 à 1964, il enseigne, comme assistant, la philosophie générale et logique à la Sorbonne, à Paris, avant de venir enseigner à l`École normale supérieure (où il devient le collègue de Louis Althusser) jusqu`en 1984. Au début des années 1960, il met en place l`essentiel de la problématique qui sera connue plus tard sous le nom de « déconstruction ». En 1961, il obtient le prix Jean-Cavaillès (prix d’épistémologie) pour son introduction à l’Origine de la géométrie d’Edmund Husserl. En 1962, il publie Introduction à l`origine de la géométrie de Husserl (PUF). De 1965 à 1971, il collabore à la revue littéraire Tel Quel de l`écrivain français Philippe Sollers, moment où il se brouille avec ce dernier. En 1966, il participe, à l`Université Johns Hopkins, située à Baltimore, au Maryland (États-Unis), au colloque international sur la critique initié par le philosophe français René Girard, où il fera la connaissance de Paul de Man. En 1967, il publie son livre le plus célèbre l`Écriture et la différence (Seuil, coll. » Tel Quel »; aussi Seuil, coll. « Points Essais, no. 100, 2014). Le livre contient dix articles déjà publiés entre 1963 et 1966. En 1967 également, il publie De la grammatologie (Éd. de Minuit). Dans ce texte qui est son œuvre maîtresse, il est essentiellement question de mettre en acte une science de l’écriture sur le modèle de la linguistique, qui est la science du langage. Il y affirme que : « La prétendue dérivation de l`écriture […] n`a été possible qu`à une condition : que le langage « originel », « naturel », n`ait jamais existé, qu`il n`ait jamais été intact, intouché par l`écriture, qu`il ait toujours été lui-même une écriture ». En 1967 toujours, il publie La Voix et le phénomène : Introduction au problème du signe dans la phénoménologie de Husserl (PUF), où il rappelle la distinction faite par le philosophe   autrichien Edmund Husserl (1859-1938) dans Recherches logiques (trad. Hubert Elie, 4 tomes, PUF, collection » Epimethée », 2002) entre les deux sens du mot signe : « expression » (Ausdruck) et « indice » (Anzeichen). En 1968, il publie Sémiologie et grammatologie. En 1968 aussi, il prononce une célèbre conférence intitulée « La différance », texte repris, en 1972, dans Marges de la philosophie (Éd. de Minuit).

 

En 1972, il publie La Dissémination (Seuil, coll. « Tel Quel »), recueil de quatre articles dont les premières versions datent des années 1968-70. En 1974, il publie Glas (Éd. Galilée, coll. « Digraphe »), qui est une méditation parallèle sur l`œuvre de l`écrivain et auteur dramatique français Jean Genet (1910-1986) et sur celle du philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). À partir de cette date, il mêle philosophie et fiction autobiographique. La même année, il fonde la collection « La Philosophie en effet », hébergée par divers éditeurs. En 1975, il crée le Groupe de recherches sur l`enseignement de la philosophie (Greph), qu`il dirige jusqu`en 1979. En 1978, il publie La Vérité en peinture (Flammarion; coll. « Champs Essais », 2010) où il s`intéresse au problème des relations entre signes picturaux et signes scripturaux. En 1979, il participe aux États généraux de la philosophie, à la Sorbonne, où il contribue avec le philosophe français Valdimir Jankélévitch (1903-1985), à sauver l’enseignement de la philosophie en Terminale en France.

 

En 1980, il publie La Carte postale : De Socrate à Freud et au-delà (Flammarion; coll. « La Philosophie en effet », 2004), où à partir du philosophe grec ancien Socrate (v. 470-v. 399) et du médecin neurologue autrichien Sigmund Freud (1856-1939), il formule son rapport au psychiatre et psychanalyste français Jacques Lacan (1901-1981) – rapport de proximité et d`éloignement, dans une lecture du Séminaire sur La Lettre volée. En 1981, il fonde l’Association Jean-Hus avec l`historien français Jean-Pierre Vernant (1914-2007), spécialiste de la Grèce antique, organisme qui aide les intellectuels tchèques dissidents. Il est arrêté et brièvement emprisonné à Prague (des agents des services tchèques ont dissimulé de la drogue dans ses bagages) à la suite d’un séminaire clandestin. C’est le président français François Mitterrand (1916-1996) qui le fera libérer. En 1983, il est directeur d`études à l`École des hautes études en sciences sociales. En 1983 toujours, il fonde, avec un groupe de chercheurs et de professeurs, le Collège international de philosophie, qui permet à des enseignements de toutes disciplines et de toutes nationalités de mener des recherches inédites.

 

En 1990, il publie Du droit à la philosophie. Le livre  rassemble des textes écrits entre 1975 et 1990 sur la question de l’enseignement philosophique, de l’institution académique et de la politique de la philosophie à l’école et à l’université. En 1992, l`Université Harvard lui décerne un titre honorifique pour son œuvre. Cette distinction déchaîne les passions et déclenche un véritable tollé parmi les philosophes, qui reprochent – entre autres – à ses travaux leur manque de rigueur et de clarté. En 1994, il publie Politiques de l`amitié (Galilée, coll. « La Philosophie en effet »). En 1997, il publie, avec la philosophe et psychanalyste française Anne Dufourmantelle, De l`hospitalité (Calmann-Lévy, coll. « Petite bibliothèque des idées »). En 2000, il publie États d`âme de la psychanalyse (Galilée), conférence prononcée aux États généraux de la psychanalyse. En 2001, il publie Foi et savoir (Seuil, coll. « Points Essais, no. 447 ») où il s`entretient avec le sociologue français Michel Wieviorka. En 2001 également, il publie L`Université sans condition (Galilée, coll. « Incises »), conférence prononcée en anglais à l’université de Stanford, en Californie, en avril 1998, dans la série des Presidential Lectures. À partir de 2003, il souffre d’un cancer du pancréas et réduit considérablement ses conférences et ses déplacements. En 2004,  il meurt le 8 octobre, dans un hôpital parisien, à l’âge de 74 ans. Il est enterré le 12 octobre; il repose au cimetière municipal de Ris-Orangis, dans le département de l’Essonne en région Île-de-France.

 

En 2006, on publie L`Animal que donc je suis (Galilée), dernier livre publié par Derrida à titre posthume. Ce livre a été édité par Marie Louise Mallet à partir de textes et d’enregistrements de conférences données à Cerisy (Picardie). En 2011, on publie Politique et amitié (Galilée), entretien avec Michael Sprinker autour de Marx et d`Althusser. En 2012, on publie Histoire du mensonge : Prolégomènes (Galilée). Ce texte est issu d’une conférence donnée en avril 1997 au Collège International de Philosophie. Il a été traduit en anglais en 2002, et publié en français dans le Cahier de l’Herne Jacques Derrida dirigé par Marie-Louise Mallet et Ginette Michaud en 2004.