Roger-Pol Droit, « Voltaire-Rousseau, la guerre sans fin », Le Point, no. 1870 (17 juillet 2008), p. 68-76. [5.50$]

Dans la section Culture dudit hebdomadaire français, Roger-Pol Droit pose la question suivante : À qui faire confiance ? À la société avec Voltaire ou à la nature avec Rousseau ? Bien que menant un même combat contre l`obscurantisme, leurs cibles sont néanmoins différentes, affirme l`auteur. Voltaire opte pour la démystification; aussi il ferraille contre le fanatisme, les superstitions, les préjugés contraires à la raison. Rousseau, lui, cherche l`authenticité; il s`attaque donc aux progrès des sciences et des techniques, à l`hypocrisie et à l`égoïsme des civilisés. Bref, tout oppose les deux écrivains. Roger-Pol Droit mentionne qu`« En scrutant la querelle qui a opposé ces deux figures, on s`aperçoit que leur antagonisme engage des conceptions totalement inconciliables de l`homme aussi bien que de la nature, du progrès, du politique. […] En réalité, le duel entre ces deux monstres géniaux inaugure les temps modernes. Ce n`est pas un épisode lointain d`une histoire de la pensée. C`est l`apparition d`une fracture, dont on découvrira qu`elle est toujours à l`œuvre, en sous-main, dans bon nombre de débats de notre actualité culturelle, sociale ou politique » (p.70).

Traitant de la mésentente entre les deux hommes, l`auteur considère que « C`est un choix fondateur qui oppose Voltaire et Rousseau. Objet du désaccord : la définition même de l`humain. Options incompatibles : la primauté de la culture, ou celle de la nature ». (p.73). À propos de leur haine mutuelle, Roger-Pol Droit relisant la Lettre du 17 juin que Rousseau adresse à Voltaire, conclut que Rousseau y exprime plus sa souffrance et sa propre déception que sa détestation de Voltaire. En guise d`épilogue, l`auteur rappelle que bien que reposant tous deux dans la crypte du Panthéon à Paris, le duel de ces deux philosophes ennemis se poursuit aujourd`hui, dans les débats autour de l`environnement tout comme dans les débats actuels relatifs à la paix mondiale, aux institutions internationales, au féminisme ou aux biotechnologies.

Le lecteur prend également connaissance de deux courts textes. Dans le premier texte, l`historien Pierre Milza voit en Voltaire, le défenseur des droits de l`homme. Milza est d`avis qu`il faut parfois rappeler à ceux qui l`auraient oublié que « la tolérance et la liberté de penser et d`adhérer à telle ou telle religion, à telle ou telle famille idéologique comptent parmi les vertus cardinales de la démocratie » (p.74). Dans le second texte, le philosophe Paul Audi affirme qu`« On doit également à Rousseau de nous aider à comprendre pourquoi et comment nous sommes devenus la proie d`un narcissisme standardisé et dégradant qui nous rend étranger à notre être en nous faisant perdre la jouissance de nous-mêmes. Mais le plus important est ce qui fera toujours de Rousseau un scandale vivant : être le premier penseur à avoir rattaché l`Universel au principe d`égalité ». (p.75).

Sur ces deux monstres sacrés, les intéressés peuvent consulter l`ouvrage d`Henri Gouhier intitulé Rousseau et Voltaire. Portraits dans deux miroirs paru chez Vrin dans la collection « Bibliothèque d`histoire de la philosophie », en 1983.

Info. : www.lepoint.fr